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La critique a-t-elle bien fait de me donner envie de voir "Le gamin au vélo" des frères Dardenne ?

Par Tred @limpossibleblog
La multiplication des blogs et avec eux des bloggeurs s’offrant un statut plus ou moins établi de critique a largement posé la question ces dernières années de l’évolution de la critique cinéma. Autrefois si influente, pouvant faire ou défaire la carrière d’un film, a-t-elle encore aujourd’hui un impact sur les longs-métrages, a-t-elle encore une influence notable sur les choix des spectateurs ? A l’heure où tout un chacun peut se faire critique en quelques clics, c’est un débat qui revient souvent.
Pour moi la question ne se pose même pas, la critique est une composante essentielle au 7ème Art, et j’ai beau les lire avec parcimonie, je serais bien attristé de voir les internautes supplanter le travail journalistique. Je ne lis pas les critiques des films que je veux voir. Chacun a ses propres attentes de la critique, et pour moi il ne s’agit pas de savoir ce qu’untel a pensé d’un film qui m’intéresse et que je n’ai pas encore vu. Si je tiens vraiment à voir le film, tout le monde peut cracher dessus, j’irai tout de même.
Là où le rôle de la critique est cruciale, c’est lorsqu’il s’agit de convaincre. C’est d’attirer l’attention du spectateur sur un long-métrage sur lequel ses yeux ne se seraient peut-être pas penchés sans elle. C’est pour cela que j’aime les critiques. J’aime le désir qu’elles font naître en moi. Parfois je le regrette après avoir vu le film, parfois je leur suis reconnaissant. En ce moment, j’ai le nez plongé chaque matin dans les quotidiens, à l’affût des petites perles cannoises recensées et encensées dans la presse, histoire de caler les titres dans un coin de ma mémoire en attendant d’avoir l’occasion de voir les films en question.
Et puis la critique, c’est aussi l’occasion de redonner leur chance à des cinéastes auquel on ne croit pas. Des cinéastes que l’on a suivis sur recommandation de la critique ou du bouche-à-oreille et qui ont déçu. Des cinéastes qui vont recueillir quelques critiques qui vont taper dans le mille et donner envie d’y retourner. Je viens d’en faire l’expérience avec Le gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne.
Les frangins belges, j’y avais goûté il y a une dizaine d’années, suivant une unanimité cinéphile qui les couronnait comme des cinéastes majeurs de notre époque. Et je me suis cassé les dents dessus. Rien à faire, je suis resté hermétique au cinéma des Dardenne, l’œil torve face à leur sombre cinéma social. Du coup j’avais un peu laissé tomber les Dardenne. Je n’étais allé voir ni L’enfant ni Le silence de Lorna, découragé par avance, sûr de mon manque d’intérêt pour eux. Et voilà qu’est arrivé Le gamin au vélo en compétition (une fois de plus) au 64ème Festival de Cannes. Sur le papier, sans rien savoir du film avant sa présentation cannoise, il me semblait peu probable que j’aille le voir en salles.
C’est là que les critiques sont intervenues. Le nez zigzaguant entre les journaux, j’ai lu plus que de raison les articles consacrés au film, juste assez pour savoir ce qu’en pensaient les critiques. Sans surprise, comme il est de coutume avec les Dardenne, les critiques sont unanimes, enthousiastes. Avec les frères belges, il m’en faut plus pour me convaincre. Et justement, il y a eu ce petit plus. Il a été écrit que le film était plus léger que leurs précédents. Qu’il s’en dégageait une forte émotion. Que c’était un film lumineux. Merde, je ne pouvais tout de même pas rater ça ! Et du coup je n’ai pas traîné, et avant que le festival ne s’achève, voici que j’ai déjà vu Le gamin au vélo… et que j’en suis ressorti avec la nette impression d’avoir trop fait confiance en ces échos cannois à la limite du dithyrambe.
Eh non, ce n’est finalement pas avec ce nouveau film que les Dardenne me compteront parmi leurs admirateurs. Il n’y a rien à faire. Oui les frères ont un excellent sens de la mise en scène, oui le regard qu’ils posent sur leurs contemporains est précis, oui ils ont le don pour aller débusquer de bons acteurs (ce jeune Thomas Dorcet, au-delà du personnage, s’impose nettement)… Mais la sauce ne prend pas avec moi. Je n’arrive pas à voir par-delà l’ordinaire. Je n’arrive pas à dépasser l’irritation que peuvent provoquer les personnages en moi. Je n’arrive pas à déceler la légèreté ou la lumière. Peut-être que grandir dans un HLM de Seine-Saint-Denis m’a immunisé contre l’émotion de la grise Belgique des Dardenne, je ne sais pas. Je ne ressens ni force, ni émotion devant ce gamin que le père a abandonné et qu’une jeune femme va tenter de prendre sous son aile alors que lui ne pense qu’à rejoindre ce père qui ne veut plus de lui. Les personnages m’ont même agacés, que ce soit ce gamin borné ou cette femme m’apparaissant quasi masochiste (c’est fou ce qu’on est capable d’endurer pour un gamin qu’on ne connaissait pas quinze jours plus tôt et qui est capable de vous frapper). J’ai du mal à accepter et assimiler l’évolution que leur donne les Dardenne, une évolution en un claquement de doigts qui ne me convainc pas. Je n’y crois pas. C’est dur pour un tel film. Je n’aime pas les personnages, bien que je trouve le jeune garçon formidable dans le rôle titre. J’ai l’impression que l’on parle de lumière parce que le film est tourné dans un cadre plus ensoleillé que d’habitude et que les frères nous bouclent le film en deux temps trois mouvements par un happy end, peut-être pas déplacé mais qui laisse un peu incrédule. Si c’est cela la lumière, ça me fait de la peine pour les cinéastes sachant l’apporter même dans la grisaille.
Depuis, j’ai parcouru les critiques de Melancholia de Lars Von Trier, un autre des cinéastes que j’appréhende et fuis parfois. Et elles m’ont donné envie, les malines. Malgré les propos inacceptables et inconscients que le cinéaste a tenus à la conférence de presse cannoise, il est fort probable que je me laisse tenter lorsque le film sortira en salles… Heureusement, parfois, les critiques m’aiguillent vers des pépites, aussi. Vivement la prochaine.

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