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Au nom de la mère

Par Borokoff

A propos de Le gamin au vélo de Luc et Jean-Pierre Dardenne 2.5 out of 5 stars

Au nom de la mère

En Belgique, Cyril, un garçon de 12 ans, vit dans un foyer qu’il déserte systématiquement pour aller retrouver son père, un cuisinier qui ne veut plus entendre parler de lui… Lors d’une course-poursuite avec l’un des responsables du foyer, Cyril tombe sur Samantha, une coiffeuse qui, touchée par son histoire, lui propose de venir passer les week-ends chez elle…

Comme souvent chez les frères Dardenne, l’histoire de Le gamin au vélo oscille entre conte social et chronique réaliste d’un gamin aussi malheureux qu’obstiné par sa quête de son père.

On n’est pas loin du documentaire tant le décor et les personnages du Nord que plantent les frères Dardenne semblent proches de la réalité. Le Nord, avec ses personnages abîmés (figures de Samantha, du père de Cyril) ou de marginaux (le dealer Wes). L’action se passe dans une cité : une « petite frappe » au style ringard tente d’embrigader Cyril dans un coup « foireux » que l’enfant accepte pour ne pas se démonter et « passer pour un homme ». On sent chez le personnage de Samantha (Cécile de France) une certaine tristesse, une douleur intime dont intelligemment, le scénario ne dévoile pas les origines.

Au nom de la mère

Pourquoi Samantha s’attache-t-elle aussi vite à ce garçon têtu mais qui a grandi trop vite, parle avec un ton autoritaire et la voix grave d’un adulte ? Trouve-t-elle en cet enfant un réconfort ou un soutien moral aux difficultés de sa propre existence ? Ce qui lie Samantha à Cyril, c’est le manque affectif dont ils souffrent intrinsèquement.

Le mérite de la mise en scène des frères Dardenne est de ne pas trop en faire dans l’émotion, de rester dans une distance qui lui évite de tomber dans le pathos. Mais on a du mal à croire à cette histoire, notamment lors de la première rencontre entre Samantha et Cyril. Il y a dans le jeu de Cécile de France et la réalisation de cette scène une certaine froideur qui rend peu crédible l’attachement soudain qu’elle est censée éprouver pour l’enfant, joué par un extraordinaire Thomas Doret. La suite du film est plus convaincante.

Car ce qu’il y de proprement fascinant dans Le gamin au vélo, c’est l’entêtement de cet enfant, la tête de chien battu qu’il fait lorsque son père lui annonce qu’il préfère « ne plus le voir ». Les rares confrontations entre Cyril et son père font partie des scènes les plus poignantes du film. Jérémie Renier est très bon dans le rôle de ce père qui croulant sous les problèmes d’argent, décide de renoncer à un fils aussi borné que l’enfant de Requiem pour un massacre de Klimov (1984).

Au nom de la mère

Il y a de la poésie dans ce film, l’idée d’une fuite en avant que les frères Dardenne filment avec grâce comme dans ces travellings de Cyril fonçant sur son vélo. Pourtant, malgré un certain équilibre trouvé entre la mise en scène, les compositions de Beethoven (concerto N°5) et le jeu des acteurs, il y a une dimension dramatique qui manque, quelque chose à quoi l’on s’attend mais qui ne vient pas. Cette déception avait déjà été ressentie dans Le pacte de Lorna, leur dernier film.

Peut-être que le film aurait gagné en faisant en peu plus dans les émotions, en creusant davantage la relation et les liens ténus qui se tissent entre Cyril et Samantha. Le gamin au vélo n’aurait-il pas dû se couper plus tôt aussi, lors d’une accolade poignante entre Cyril et Samantha, figure de la mère de substitut par excellence ? On aurait d’ailleurs aimé que le personnage de Samantha soit plus fouillé psychologiquement. Sans doute les frères ont-ils privilégié la morale de l’histoire et tenu à (dé)montrer leur optimisme. Cyril, malgré tous les coups qu’il reçoit, est un personnage positif et qui s’en sortira. Mais on sent chez les frères Dardenne, en même temps que de la rigueur, le souci extrême de vouloir tout contrôler et de maîtrise formelle. C’est peut-être un frein qui les empêche de se libérer, de se laisser aller à des envolées lyriques, une émotion qui fait parfois défaut dans ce film très (trop ?) pudique mais dont l’analyse psychologique (personnage de Samantha) manque de recherche, de profondeur.

www.youtube.com/watch?v=DT6XiMwcrjk


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