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Hôtel des quatre chemins

Par Céline

hoteldesquatrecheminsFrance Théorêt
Pleine lune
120 pages

Résumé:

Cette histoire d’oppression, au sein d’une famille catholique bien pensante, met en scène des interdits et des censures. Grandeurs et misères se succèdent. En échange de l’obéissance servile de ses filles, la mère promet de les soutenir contre le père tyrannique.
Alors que les ménages s’établissent à Montréal ou dans les banlieues, les parents s’installent dans un hôtel aux quatre chemins d’un village désert. Une forêt impénétrable entoure le commerce où les clients habituels ressemblent aux personnages de Hugo et de Gorki. À l’arrivée, la mère jette aux ordures les livres destinés aux enfants. Le père multiplie ses discours d’arrière-garde condamnant la vie intellectuelle. Les deux sœurs rêvent très tôt d’une idylle, la seule réussite conséquente à Saint-Colomban. La cadette trouve un mari tandis qu’Évelyne, l’aînée, poursuit de longues études contre la volonté de ses parents. «J’avais une obligation de déracinement. Mes interrogations dépassaient ma personne, j’avais à vaincre l’inertie ambiante, la somnolence collective, la pensée qui avait capitulé

Mon commentaire:

Hôtel des quatre chemins est un roman marquant, où la psychologie d'une famille est analysée au geste près. C'est un roman qui nous hante, longtemps après sa lecture. L'histoire est celle d'une famille catholique qui prône des règles rigides, la politesse et le respect jusqu'à l'oubli de soi. Il faut être raisonnable et plier l'échine. C'est à une obéissance aveugle envers les adultes que sont soumises Lorraine et Evelyne, deux jeunes filles bien différentes. Leurs parents proscrivent l'imagination, les désirs ne sont pas tolérés et il est préférables que les filles n'aient aucune aspiration. On ne déroge pas de son rang.

Dans ce cadre familial rigide, les filles rêvent de mariage, seul échappatoire possible à une vie restreinte. Une se mariera, pas l'autre. Le roman s'attarde plutôt sur Evelyne, qui est différente. Car elle aspire à faire des études qui ne sont pas valorisées et à s'élever à un autre niveau. Son éducation difficile explique sa vie vécue sur le bout des pieds, par peur de s'affirmer, d'avoir des idées, des convictions, des émotions. Habituée à être étouffée, à ne déranger personne, à ne pas être elle-même, Evelyne doit à son propre regard, légitimer son envie d'études et de lectures, toutes choses qui sont mal perçues par ses parents.

Ce roman est tout à fait étonnant, prenant. L'écriture est concise et me plaît énormément. Les mots sont justes, la psychologie des personnages est tellement fouillée qu'il est étonnant que le roman n'ait que 120 pages! L'auteur décortique toute l'éducation qu'a reçu Evelyne et les conséquences sur sa vie d'adulte. Sa relation avec ses parents a toujours été difficile, l'incompréhension et la déception étant toujours au coeur des conflits et des non-dits. Pour Evelyne, l'écriture et les mots deviennent une soupape à l'endoctrinement perpétué par l'éducation familiale et accentué par la vie religieuse.

Hôtel des quatre chemins est un roman qui force l'admiration. Il est court, simple, merveilleusement bien écrit, en plus d'offrir une analyse intéressante de ce qui est transmit dans un cadre familial. On parle beaucoup de la place de la femme et de son rôle traditionnel au sein d'une famille. Le ton est tellement juste que l'on vit littéralement avec Evelyne ses déceptions et ses espoirs. Certaines phrases sont si éloquentes qu'il est difficile de ne pas être happée par cette famille qui transmet un héritage malsain à ses enfants.

Une auteure que je découvre et qui me plaît décidément beaucoup!

Quelques extraits:

"Nous vivions entassés dans deux étroites pièces doubles. Aucun de nous ne possédait un espace personnel. Je n'en avais jamais eu, alors cela ne me manquait pas. Avoir un espace à soi, l'idée était trouble, presque malhonnête, supposait la cachotterie." p.14

"Il existait une seule image de la vraie jeune fille, un archétype, une seule conduite possible. Je maintenais mes distances avec ce prototype. Je l'étudiais. Il me servait de repoussoir pour m'inventer autrement." p.55


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