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No Country For Old Men

Par Thomz

Je ne sais pas si les frères Coen se sont trompés en adaptant No Country For Old Men de Cormac McCarthy. Entendez par là au niveau de l’interprétation même du texte, du sens qu’il aurait fallu ou non lui donner. Pour ce qui est du reste, je pense, mais d’autres me contrediront sûrement, que tout est là. Je pense pour ma part, qu'ils ne se sont pas trompés.

Leur grammaire narrative reflète et restitue parfaitement le style adopté par McCarhy, faite d’alternances sèches et rapides et de passages plustrainants, transcrits en une sorte de patois texan dans le roman, et que la lenteur de la camera et le regard fatigué de Tommy Lee Jones restituent brillamment.

Les critiques qui n’ont vu dans ce film qu’un road movie « sanglant et hilarant » (Le Monde) se trompent. Ceux qui d’autre part l’encensent pour sa violence se trompent aussi. Elle ne prend qu’une place somme toute assez réduite dans l’ensemble. Le spectateur est beaucoup plus confronté aux conséquences de la violence, à ce qu’elle provoque chez l’homme, qu’à des effusions sanglantes, qui certes ont leur place dans le film, mais qui sont loin d’en être l’essence. Le point emblématique est sûrement le fait que l’on assiste pas à la mort de Moss, mais que l’on est confronté à ses conséquences sur sa veuve, et sur Bell, ne la rendant que plus forte, car désincarnée de toute passion dans sa figuration. L’imagination fait ici tout le travail nécessaire, le puzzle se reconstitue, et c’est dans l’agencement des pièces menant à la mort de Moss que se produit une révélation.

Il n’y a pas de héros dans le livre ni le film. Il n’y a pas à proprement parler d’histoire, d’intrigue. Un homme en chasse un autre, et cette obsession de la violence, mais aussi sa gratuité et le fait qu’elle se manifeste dans les moindres actes de Chigurgh, tissent un écheveau de la déchéance des rapports humains dont Bell est le témoin.

A la manière d’un évangile, Bell raconte, dès la première page du livre, et dès les premières secondes du film, ce dont il a été témoin. Cette lenteur accusée du propos, fait d’un lancinement permanent sur lequel on sent passer la chaleur du désert et le poids de sa propre réflexion, est celle d’un homme qui déplore la violence comme fin et comme moyen.

On déplorera là, à mon humble avis, mais je peux me tromper, m’étant déjà trompé auparavant, l’inanité de la traduction française du titre : Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme. La singularité ici mise en avant n’a aucune valeur dans le titre original, qui vise plus une forme d’universalité, ou plutôt de généricité que d’unicité. Car au travers de Bell, c’est une stance face à l’Histoire. Pas tant une stance « réactionnaire » comme certains journalistes ont pu le dire, et dans le sens purement dépréciatif porté de nos jours au terme, quoique le terme, dans une acception classique pourrait lui convenir, mais un regret, pesant, prenant, faisant perdre toute envie, plongeant dans une lente déchéance quand on réalise que l’on a plus une seule prise.

C’est je crois, la raison de la fin à rallonge, tant décriée, mais qui est bien là dans le roman. La fin de la « partie de chasse » n’a été ni le début ni la fin de la narration. Celle –ci dans les vingt dernières minutes, poursuit son cours, laisse vivre ses personnages, concluant une intrigue qui n’existait pas pour commencer. Pour corriger, nous dirons plutôt qu’elle n’est qu’un prétexte, un propos du film, nullement sa raison d’être. Dans cet étirement puis sa fin brusque, alors que rien ne laissait le présager, à la vérité pas plus que les vingt dernières minutes se trouve toute la distance du propos. Chigurgh continue sa route, même diminué, Bell la sienne, différemment du temps d’avant, maintenant que ce pays n’est plus fait pour ceux de sa race.


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