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Tuer (une second fois) le père

Par Borokoff

A propos de Le complexe du castor de et avec Jodie Foster 4 out of 5 stars

Tuer (une second fois) le père

Dans une banlieue américaine, Walter Black (Mel Gibson) a tout pour être heureux. Inventeur de génie et PDG d’une société de jouets pour enfants, il peut s’enorgueillir de sa réussite sociale et d’être à la tête d’une famille qui l’aime. Rien ne prédisposait donc ce quinquagénaire, père de deux fils et marié à Meredith (Jodie Foster), à tomber en dépression. Au bord du gouffre, proche d’attenter à ses jours, il trouve un soir dans une poubelle une marionnette de castor qui va bientôt lui servir de double et l’aider à relever la tête…

Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Jodie Foster a « tapé dans le mille ». Depuis Le petit homme (1992), on connait le don de l’actrice/réalisatrice pour capter les failles psychologiques de ses personnages, fouiller avec pudeur dans les recoins et les souffrances intimes d’une famille.

Dans Le complexe du castor justement, une famille explose à la suite de la dépression du père. La place qu’occupe Foster, à la fois devant et derrière la caméra, lui permet de scruter les choses d’un point de vue omniscient. Elle dresse un portrait sensible et intimiste de cette famille aisée qui va soudain descendre aux enfers. Touchés de plein fouet, les enfants (remarquablement dirigés) sont les premières « victimes » de l’autodestruction du père.

Tuer (une second fois) le père

Pas de pathos ni de misérabilisme chez Foster mais un art subtil de l’observation des comportements et des séquelles psychologiques causées par la folie du père chez ses deux fils. La mise en scène de Foster va de toute évidence à l’encontre des canons hollywoodiens. Pas de complaisance ni de niaiserie non plus dans  la manière dont elle observe ce père à bout de nerfs et las de vivre.

La grande force de Le complexe du castor est d’osciller constamment entre rire et sérieux, dérision et drame, loufoque et grave. Derrière l’humour grinçant de Walter, c’est toute sa folie qui apparait, un gouffre béant en forme de cataclysme pour sa famille. Walter s’est inventé un double qui l’aide à tenir le coup. Cette marionnette bavarde qu’il tient au bout du bras est tout son contraire : elle parle fort avec un accent populaire anglais. Mais Walter ne peut s’en passer. Après tout, ce castor ne lui a-t-il pas redonné goût à la vie et l’envie de se battre ? La manière dont Foster filme la marionnette la rendrait presque vivante. Que représente ce castor exactement pour Walter ? C’est le lieu d’un monologue aux allures de combat avec lui-même en même temps qu’un lien social certes fragile mais qui le rattache encore à la vie. Le castor symbolise un paradoxe, une tendance au soliloque en même temps que le seul moyen de communiquer avec les autres pour Walter, de ne pas se replier complètement sur lui-même.

Tuer (une second fois) le père

Seul hic, l’effroi suscité par Walter qui prend peu à peu le castor pour une vraie personne, un ami en chair et en os dont il ne peut plus se passer. Comme si vouloir s’en débarrasser signifiait pour lui devoir tuer une seconde fois son père. Et c’est là que le film devient passionnant, lorsque l’on s’aperçoit, derrière le rire et le grotesque de façade suscités par cette marionnette, que Walter est vraiment malade, et le mal que cela produit sur ses enfants et sa femme. Son fils aîné est fou de chagrin et de haine envers ce père qui se ridiculise et ne pense qu’à lui. Mel Gibson est éblouissant dans le rôle de Walter. Pour une fois, Gibson n’en fait pas trop, jouant avec une retenue inhabituelle ce personnage délirant au bout du rouleau et de lui-même.

Il faut saluer également la composition du jeune Anton Yelchin, qui joue Porter, son fils ainé de 17 ans. Très touché par la maladie de son père, Anton veut éviter à tout prix éviter de devenir comme lui. Pour cela, il colle des tas de « post-it » sur les murs de sa chambre où il décrit les tocs de son père à ne pas reproduire.

C’est un film vraiment poignant, qui fait un peu penser dans la manière intimiste de décrire la destruction d’une famille à De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (1972) de Newman . Quant à Jennifer Lawrence, qui joue la petite amie de Porter, elle est éblouissante, dans la foulée de sa composition dans Winter’s bone. Avec son personnage d’adolescente brisée à nouveau par un drame personnel, elle irradie littéralement la pellicule.

www.youtube.com/watch?v=Yz94__qXNHc


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