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Diana Damrau : sacré tempérament

Publié le 10 février 2008 par Philippe Delaide

Tout comme le Jardin Baroque, je ne raffole pas de ces disques "récitals" que sortent actuellement les chanteurs lyriques à grand renfort de Marketing.

D'une façon générale, l'interprète en question aligne des arias qui n'ont d'autre vocation que d'éblouir le public à coup de vocalises, de façon souvent impersonnelle, sans forcément de ligne directrice. En outre, bon nombre de ces récitals en studio souffrent d'un manque flagrant de cohérence et de complicité entre le ou la soliste et l'orchestre.

Il y a toutefois quelques exceptions comme Cecilia Bartoli, pour laquelle ce type de disque résulte d'un vrai travail musical, d'une véritable démarche esthétique (cf . exemple le plus récent sur Maria Malibran).

Je viens de trouver une autre exception avec l'enregistrement éblouissant fait par la chanteuse allemande Diana Damrau avec Le Cercle de l'Harmonie sous la Direction de Jérémie Rhorer.

Cette soprano, véritable bête de scène, a un sacré tempérament. Je trouve que  c'est l'une des rares sopranos actuelles associant une agilité impressionnante de la voix avec une véritable incarnation de ses personnages, un engagement que l'on sent total.

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Dans ce disque, elle réussit au moins deux exploits indéniables : rendre les arias de Salieri vivants et pétillants mais, surtout, incarner une des Reines de la Nuit de la Flûte enchantée de Mozart, les plus effrayantes qui soient. Elle aligne les deux fameux airs  ("O zittre nicht" et "Der Hölle Rache") avec une forme d'insolence. C'est la chanteuse qui m'a semblé la plus décomplexée par rapport à la monumentalité de ce rôle. Elle s'affranchit avec brio des obstacles techniques célèbres de ces airs et surtout, avec un phrasé extraordinaire, marque les accents de haines avec les bonnes intontations sur un texte germanique, qu'elle maîtrise nativement. Tout ceci donne enfin vie à cette femme diabolique. Enfin une Reine de la Nuit faite de chaire et de sang ! C'est prodigieux.

La voix est limpide, d'une agilité indéniable. Elle est capable de rendre de belles nuances. On peut ne pas forcément aimer un léger vibrato mais le timbre est suffisamment charnu pour que l'on tombe sous le charme.

A noter, une perle rare de ce disque à savoir l'aria "Ombra dolonte", tiré de l'opéra Il natale d'Apollo, de Vincenzo Righini. Avec une sensualité indéniable, la soprano chante en duo avec un hautbois qui apporte une touche de mélancolie certaine à ce superbe air qui s'égare dans les méandres des tonalités en mineur.

La réussite de ce disque est aussi largement attribuable au jeune et fougueux chef d'orchestre Jérémie Roher. Sa direction énergique et nerveuse n'est aucunement synonyme de raideur et confirme une maturité exceptionnelle. Je l'avais découvert au Festival de Beaune en 2006 (cf. note du 31 août 2006), où il avait donné un Idoménéé "démoniaque". C'est un vrai chef mozartien qui regroupe tous les ingrédients que l'on peut rechercher pour servir le génie salzbourgeois : fraîcheur, vivacité, sonorités riches mais aériennes, aucune dureté mais bien quelque chose de pétillant.

La complicité entre la chanteuse et le chef semble bien réelle. Ils sont tout à fait sur la même longueur d'onde.

Beau disque pour faire le plein d'énergie avant la fin de cet hiver.

Diana Damrau - Arie de Bravura - Mozart, Salieri, Righini - Le Cercle Harmonique - Direction Jérémie Rhorer - label Virgin Classics.


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