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SIRE SURIÀN (4e épisode)

Publié le 05 juin 2011 par Venetiamicio
SIRE SURIÀN (4e épisode)...Il saute sans hésitation et atterrit sur une bâche roulée dans un coin, il s'y roule sous un pli, incognito. Lorsqu'il se réveille la barque est en train de glisser le long d'un canal, il a du mal à se repérer lorsqu'il aperçoit un petit embarcadère, sans hésiter, profitant d'un fort ralentissement, il quitte le bateau, le grand marin aux cheveux ondoyants n'a même pas vu qu'il avait un passager clandestin !
Il réalise qu'il est face à sa librairie préférée : L'Acqua Alta. Une vraie gondole remplie à ras bord de livres trône dans cet étrange lieu parmi des barques et autres baignoires très bien venues en cas de marée haute. Il furette parmi les piles incroyables de revues et autres cartes postales sans trouver son vieux compère. Sergio, le royal maître des lieux, en pleine conversation mi française mi italienne avec une superbe brune aux yeux bleus, lui fait signe de loin.
SIRE SURIÀN (4e épisode)
SIRE SURIÀN (4e épisode)©photo Marie Daynié
SIRE SURIÀN (4e épisode)La faim s'empare de ses pensées, ses moustaches frémissent, il vient de se rappeler qu'il n'est pas très loin de la Corte de la Mer, il la rejoint en courant. Il s'installe sur le puits dont la margelle présente un col crénelé et reprend son souffle. Le soleil s'écoule en cascades le long des façades orangées. Le revêtement écaillé des bas de murs joue à cache-cache avec le camaïeu de verts des potées de lauriers roses, de lavandes et de solanums. Les fenêtres aux paupières d'un bleu sombre sont cernées de jardinières d'où débordent de vaporeux pétunias. Une clématite constellée de petites fleurs blanches investit un pan de mur puis étire ses deux longs bras pour coloniser les deux jardinières qui l'encadrent. Noil accroupi en une boule de douceur se laisse habiter par toutes les délicates odeurs de la végétation. Des herbes courent entre les longues dalles du sol les ornant de leurs vives broderies. Il adore cet endroit, il fait partie de ses adresses favorites mais pas seulement pour la beauté de la cour, là vit une de ses amies. Justement la fenêtre est entrouverte, une odeur sèche aux forts arômes s'en échappe, il se glisse à l'intérieur.
SIRE SURIÀN (4e épisode)
SIRE SURIÀN (4e épisode)La pièce est vaste mais très encombrée. Un savant mélange d'objets s'entasse sur les murs et les étagères. Une femme de haute stature se tient là comme une reine en son royaume. Ses cheveux auburn sont attachés en un lourd chignon roulé sur sa nuque. Penchée sur son établi, elle se concentre sur sa tâche. Noil l'observe en silence, attendant qu'elle s'aperçoive de sa présence. Il aime regarder les belles mains de Morgana travailler le bois. Des copeaux jonchent le sol irradiant cette odeur qui grise tant notre ami. Soudain Morgana lève ses grands yeux noirs et les plonge dans ceux de Noil, une fossette anime ses joues. "Tu as encore failli me surprendre vieux nomade mais l'intensité de ton regard de braise m'a happée, alors quelles nouvelles m'apportes-tu ? " Pour toute réponse Noil s'approche d'elle et se frotte à ses jambes. "Si tu veux avoir ton repas il faudra t'armer de patience, regarde la merveille que je suis en train d'extraire de ce vieux cerisier. " Morgana lève un morceau de bois à peine dégrossi. " Vois les veine du bois, ce sont elles qui me content leur histoire, la forme est là, cachée, elle m'attend pour prendre vie. " Fasciné Noil s'installe confortablement et Morgana reprend sa plane pour sculpter la forcole qu'elle tient bien en main. Ses doigts guident avec précision la plane qui creuse les courbes qui serviront d'encoches aux rames des gondoles. Son tablier bleu lavande qui moule ses formes voluptueuses est empreint des odeurs mêlées des essences de bois qu'elle façonne mais aussi de colle et de peinture. Autour d'elle des outils dont les manches sont alignés avec soin cohabitent avec des scies sauteuses, plus loin des morceaux de bois à différents stades de taille. Sur d'autres étagères débordent des boites et des flacons divers étiquetés de couleurs vives. Sur une petite table, une radio d'où sort le long ruban d'une musique entraînante et une bouteille d'eau. Des bois en attente tapissent toute la pièce d'un camaïeu d'ocres, de marrons, de blonds ou d'acajou et servent d'écrin aux objets finis. Des forcoli aux lignes sensuelles, des rames patinées aux belles veines, d'autres zébrées de rouge ou de bleu, toutes ces sculptures dressent leurs formes serpentines sous l'oeil tendre d'un bel homme brun, immobile dans sa photo, avec dans les bras une adorable petite fille aux boucles d'un blond vénitien. De-ci de-là jaillissent les têtes pensives de pantins en cours d'élaboration. Dans cet univers foisonnant Noil, les yeux lointains et songeurs le dos bombé, les poils luisants sous un rayon de soleil, déguste chacun des instants qui s'écoulent mais soudain une des forcoli se jette sur lui.
Il recule d'un bond. Le serpent s'éloigne en ondulant de colère sur le sol, les herbes sèches crépitent sur son passage. Il regarde incrédule autour de lui, un troupeau de gazelles passe dans le lointain, la chaleur enferme tous les bruits dans une étrange torpeur. La jeune femelle a rejoint les siens, son petit est assez grand maintenant pour suivre les adultes. Elle s'y sent plus en sécurité. Son faon joue avec les autres petits, la doyenne de la troupe veille et les guide, le coeur de la jeune mère a repris un rythme plus apaisé.
La main de Morgana sur sa tête le ramène dans l'atelier. " Suis moi mon grand, allons manger ! " Noil la regarde avec reconnaissance. Elle enlève son tablier et ils s'éloignent ensemble. La cuisine les attend. Morgana semble se démultiplier. Elle court d'un bout à l'autre de la pièce. Elle sort les ingrédients, les ustensiles, allume la plaque de cuisson et bientôt une odeur alléchante emplit la pièce. Une petite fille rousse entre alors avec un très grand homme brun aux larges épaules. En voyant Noil, elle se précipite vers lui. " Maman, tu m'avais annoncé que ton ami viendrait et le voilà, comment as-tu fait pour le deviner ? "....[à suivre]
Marie -Sol MONTES SOLER



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