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À la cour du roi pétaud

Publié le 17 juin 2011 par Jlaberge
Minuit! chrétiens, c'est l'heure solonnelle où l'Homme-Dieu descendit jusqu'à nous.
À LA COUR DU ROI PÉTAUDCes jours-ci, suite à la démission de quatre de ses députés, le Parti Québécois vit l’une de ses crises cycliques. Nous nous croirions à la cour du roi Pétaud, pour reprendre le mot de Lucien Bouchard dans sa diatribe récente contre Amir Khadir. La chef, Pauline Marois, étant contestée, chacun se convertit en gérant d’estrades et se croit en mesure de diriger le parti. C’est que, dans ce parti politique, sans commune mesure, le chef est davantage qu’un dirigeant. Il doit être un SAUVEUR. Puisque ce n’est pas le pouvoir qui importe, mais LA CAUSE, à savoir la souveraineté, le chef doit ceindre le diadème du saint ou du héros mythique dont les gestes et les paroles sont admirables, sublimes et transcendants. Avec le PQ, nous ne sommes pas loin du SACRÉ. Le chef est tenu comme un mythe vivant, et les chefs qui se sont succédés furent soumis à des travaux surhumains dignes d’Héraclès. Aussi, on entre au PQ comme on entrait jadis en religion. Les députés démissionnaires l’ont confirmé en s’élevant contre le parti qui, à leurs yeux, ne serait devenu qu’un simple parti politique aspirant au pouvoir reléguant aux oubliettes LA CAUSE.
Le PQ ne veut pas le pouvoir pour le pouvoir. Madame Marois aussi souhaite ardemment la souveraineté du Québec, mais celle-ci passe inexorablement, du moins en démocratie, par l’obtention du pouvoir. Tout se joue sur cette subtilité. Or, puisque, même dans l’opposition, le pouvoir corrompt - du moins, le goût du pouvoir -, la chef est corrompue. Même si les militants l’ont récemment plébiscité à hauteur de 93% et quelques poussières, Marois a perdu de vue LA CAUSE, de sorte qu’elle doit être impitoyablement déchue. Elle n’aurait plus, selon les purs, l’étoffe sacrée qui font du chef du PQ un SAUVEUR.
Deux axes commandent donc la vie au PQ, un axe profane et un axe sacré; le premier, horizontal, le second, vertical.
D’abord, l’axe profane horizontal est la vertu démocratique, c’est-à-dire la croyance inébranlable que la souveraineté doit se faire démocratiquement, comme René Lévesque l’a si souvent affirmé avec force. En somme, un bon péquiste doit d’abord être un admirable démocrate. Le radicalisme, voire l’autoritarisme de certains touchant LA CAUSE, est condamnable. Il va sans dire que le chef d’un tel parti doit être un modèle au plan de la vertu démocratique.
Le PQ n’est évidemment rien sans son autre axe essentiel, vertical celui-là. C'est l’axe sacré qui l’anime, celui de LA CAUSE : la souveraineté. Nous pénétrons alors dans le sanctuaire du PQ. L’historien des religions Mircea Eliade (Le sacré et le profane) a proposé le terme de « hiérophanie » (du grec hieros, sacré, et phanein, se manifester) pour désigner l’irruption du sacré dans la vie de tous les jours. Les religions s’alimentent d’hiérophanies. Certains partis politiques aussi, dont le PQ. Pour le PQ, l’hiérophanie aura consisté dans l’élection du PQ le 15 novembre 1976. Moment inoubliable et transcendant, s’il en fut. Tous les péquistes espèrent et œuvrent ardemment à l’avènement d’un second 15 novembre béni où le peuple québécois accédera enfin à la souveraineté, c’est-à-dire au Royaume des cieux.
Mais l’accession au Royaume des cieux de la souveraineté ne peut se faire que par l’intermédiaire de l’autre axe horizontal, non moins sacré lui aussi, celui de la démocratie. L’axe profane, celle la démocratie, n’est qu’un véhicule certes, mais un véhicule indispensable et inévitable. Pas de souveraineté sans démocratie.
Les purs et durs de LA CAUSE paraissent parfois oubliés l’inéluctable axe horizontal du PQ, rivés comme ils sont à l’axe vertical du sacré. Un dilemme irrésoluble et insoluble semble donc marquer la destinée du PQ, cherchant à concilier l’inconciliable, telle une quadrature du cercle. D’où les crises cycliques, comme celle à laquelle nous assistons actuellement, qui chavirent le parti jadis fondé par son premier sauveur, René Lévesque, et qui font parfois de ce parti la cour du roi Pétaud.

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