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David abiker, l'homme qui tisse sa toile

Publié le 21 juin 2011 par Tika

david abiker,europe 1,styl is tikaA l’heure du retour de Wonder Woman sur les écrans, quoi de plus logique que d’interviewer un autre super héros surnommé l’homme araignée des ondes, le Spiderman du son, le dit chroniqueur radio et télé David Abiker.

C’est donc concentrée,  la tête dans la toile (et non dans les étoiles, quoique !) que je me dirige d’un pas volontaire vers ce petit café non loin du Trocadéro pour rencontrer le bien connu chroniqueur. Assise en face de lui, je savoure mon moment de blogueuse reconnue; je rencontre enfin une de mes « voix » préférée.

David Abiker, c’est un homme d’idées, un homme pressé. Il a les yeux bleus, il est grand. Il est direct et très ouvert. Une heure de discussion-interview s’engage à la vitesse du son à la découverte de l’homme qui tisse sa toile.

Styl is Tika : Quelle est votre position culturelle préférée ? Assis dans un fauteuil rouge, couché sur un transat, debout dans la fosse?

David Abiker : La position assise, celle du lecteur, celle de l’écrivain aussi.

Quelles sont les histoires que vous aimez que l’on vous raconte ?

J’aime les détails qui font sens, ce qui est révélateur. J’aime les romans, Moravia, une veine écologiquement incorrecte, une surprise, une culture, comme Pas son genre, une histoire d’amour de Philippe Vilain. Ou bien j’aime les tweets photos de Nikos Aliagas, sorte de jardin secret de l’animateur (depuis que j’ai fait l’interview, Nikos sort une version éditée de ses photos sur Twitter !). Philippe Caubert et son attitude, il joue Molière, Pagnol, Dominique Baudis et son concert de musique marocaine érotique ! Les bio des stars de Rock, comme Led Zeppelin et Janis Joplin, Sur la route de Janis Joplin par Jeanne-Martine Vacher est à découvrir. Les bienveillantes

Les vacances autorisent-elles une lecture lente ? Ou êtes-vous « é »pris de vitesse ?

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Les vacances sont un moment privilégié avec les livres. C’est une lecture lente, moins autoritaire. J’ai aimé Les bienveillantes, de Jonathan Littell (Prix Goncourt et Prix du roman de l'Académie française 2006). Alexandre Jardin et son rapport au père dans Des gens très bien, Philippe Roth pour Good bye Colombus. Mon dernier choc littéraire : Conquistadors d’Eric Vuillard. J’aime le « côté web » de la lecture.

Justement, qu’est-ce qu’un bon livre pour vous aujourd’hui ?

C’est un livre partage, que l’on peut lire en mode 3D. La lecture ne se fait plus comme avant. Aujourd’hui on lit les netbooks, on collabore. On ne lit plus qu’avec les yeux, on clique aussi. Il est extraordinaire d’enrichir ses contenus, les technologies nous donnent l’envie d’aller plus loin dans la lecture, d’où mon expression de lecture en 3D, audio, vidéo, documents, forum, réseaux sociaux, tout est à porté de clic !  Un bon livre et internet vous permet de rentrer plus facilement dans l’univers de l’écrivain. On est dans un livre qui se vit comme un docu web. Un livre se doit d’être puissant, bon, pour qu’il nous fasse sortir de sa structure, et susciter le plus de partage possible. Le livre, c’est aussi la transmission à l’enfance, comme la collection d’Universal music, la musique racontée par Jean Rochefort, ou la lecture du Petit prince par Jean-Louis Trintignant.

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Petit, vous vous preniez déjà pour Spiderman, c’est quoi être un homme araignée ?

C’est avant tout de la couleur dans la vie, du bleu, du rouge ! Quand j’ai décidé de faire un blog, l’analogie entre Spiderman et moi était naturelle. Mon héros grigri, est un héros psychologiquement normal qui fait des choses extraordinaires. A l’instar de Batman, personnalité trop écrasante, Spider man est un jeune homme universel, il a un job compliqué, il est fragile, duel, humain, et animal  à la fois.

Etre un homme araignée, c’est tisser sa toile ? Je suis récent sur le net, mais j’essaye d’étendre le fil du savoir.

Se nourrir des plus petits, plus gros que soi ? Oui, se nourrir de autres, faire la revue de presse de quatre millions de blogs, faire ma cuisine du web.

« Ndlr » : La cuisine de l’homme araignée, c’est une bonne idée. Quelles en seraient les recettes ?  Le vieux papillon mâché, la guêpe enrobée, ou la mouche Tsé Tsé farcie ? En tout cas, l’homme araignée fait sa cuisine tous les soirs sur Europe 1 avec son Petit stream entre amis..

Piquer ? Non, quelle horreur, j’ai horreur de la critique frontale.

Voir la vie autrement ? Je préfère être dans l’empathie, le but est de proposer une autre vision de la vie. Ma chronique dans Marie Claire est une bonne illustration de cet état d’âme, c’est une nouvelle de la vie quotidienne, le côté positif. C’est mon tropisme*.

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La vie de David Abiker est-elle comics ?

La vie est drôle, si l’on la considère en mode BD, Comic book, il y a le côté planche, bulle.

Oui, on pourrait dire que vous mettez des bulles  là où il n’y en a pas ! A méditer..

Oui, mettre des bulles sur mes images. J’ai une grande culture de l’image, quand je travaillais avec Daniel Schneidermann pour Arrêt sur images, c’était une belle période. Ou de l’image commentée, par exemple la série de portraits dans Libé, comme celle de Villepin. Dans Zizi the kid, il y a des repères visuels, il a ses madeleines visuelles. Je suis un homme fait de visuel et de culturel.

Clôturons et profitons de votre expérience et de votre bienveillance. C’est quoi une bonne chronique ? La qualité principale du chroniqueur ?

Etre content de soi, et savoir que c’est bon, c’est personnel. Comme un chef d’orchestre, c’est l’histoire que l’on raconte. C’est quoi un bon concert ? Si je le fais bien, je le sais. Une bonne chronique, c’est planter le clou en une fois ! Dans le travail, on est seul, il faut être le bon témoin, au bon moment, dans son cœur, dans son oreille (Exemple : quand j’ai trouvé le Pisschrist d’Avignon, en tant que capteur de tendance). Il y a tout un travail de création de l’info, il faut aussi accepter sa voix, s’accepter, il faut peut-être dix ans pour devenir un bon chroniqueur. J’ai l’impression de débuter chaque matin, mais avec une maturité bienveillante, un but à atteindre.

Je ne laisse dans le texte, comme dans un roman, que ce qui est essentiel à l’histoire.

J’écoutais une voix 

Après Yolaine de la Bigne qui me ravissait de sa voix onctueuse dans Epoque épique sur France Info pendant une petite décade, jusqu’en 2001, David Abiker est La voix masculine que j’écoutais dans ma voiture sur France Info tous les matins. Je connaissais toutes ses intonations, ses respirations. David Abiker, c’était un moment quotidien. C’était les années 2005. C’était aussi dans les années 2000 le collaborateur de Daniel Schneidermann dans Arrêt sur Images. Depuis, entre autres animations côté entreprises, David Abiker a animé, et jouté dans  Semaine critique cette année sur France 2 aux côtés de Franz Olivier Gisbert, et d’autres animateurs radio. Malheureusement l’émission a été supprimée.

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Sur Europe 1, retrouvez David Abiker la semaine, en soirée dans Petit stream entre amis, l’émission qui assassine son invité sans le tuer ! Une émission où les questions des internautes sont traitées, et où interactivité rime avec pertinence. Et le matin, autour d’Ailleurs sur le web. Tous les dimanches pour La semaine à l’envers, l’actu de la semaine.

Il a publié de nombreux romans et essais, dont Le musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin, aux éditions Michalon, 2005, et Zizi the kid, aux éditions Robert Laffont, 2010

Penchez-vous sur l’homme araignée et découvrez son univers, sur le blog de David Abiker :  La toile de David Abiker

*Tropisme : l’idée de « réaction psychologique élémentaire peu exprimable »

Crédits photos : Ouest France, David Abiker, Fnac, Europe 1, Amazone


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