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Une mascarade au XVIe siècle

Par Choupanenette

La Maurienne est une vallée de Savoie d’environ vingt lieue de long, ce qui ne l’empêchait point de porter jadis le titre de comté. Elle s’étendait jusqu’au mont Cenis qui la séparait du Piémont. Si petite qu’elle soit, elle tint sa place dans notre histoire, et eut plus d’un jour de marque. Déjà, aux temps des Romains, elle avait son importance, et César, qui parle des Brannovices, ses habitants à l’époque de la guerre des gaules, n’a garde de la passer sous silence. Des chroniqueurs du XIe siècle lui consacrent plus d’une page de leurs annales lorsqu’ils parlent de Humbert aux blanches mains, un des plus célèbres comtés de Maurienne, une petite ville de grand renom. Elle n’était en effet petite que par sa superficie, puisqu’elle était le siège d’un évêché et que le titulaire de ce diocèse avait un revenu de 22 OOO livres. Disons en outre que ses habitants étaient fiers de leurs traditions. Ils contaient - avaient-ils raison ou n’était-ce que gloriole ? - qu’au temps des guerres puniques, Annibal était passé par là quand il opéra sa mémorable expédition à travers les Alpes. D’autres soutiennent, il est vrai, que le général carthaginois prit par le mont Saint-Bernard ; mais, dans des controverses historiques, à qui faut-il ajouter foi ? Ce qui est plus certain c’est que Charles le Chauve mourut à Saint-Jean-de-Maurienne en 877, au retour de sa chevauchée en Italie ; il avait été empoisonné par un médecin juif.
Un autre souvenir historique de Saint-Jean, et celui-ci est resté plus vivant dans toutes les mémoire, date du XVIe siècle. C’était en 1548, Henri II, passant par la Savoie, arriva dans la Maurienne, dont il visita la capitale. Les habitants voulurent lui donner une fête. Cent jeunes gens des plus avisés se couvrirent de peaux d’oeurs avec tant d’habileté qu’on les eût, dit un témoin oculaire, pris pour ces animaux eux-mêmes, «d’autant mieux qu’ils imitaient parfaitement les grognements, les gambades de maître Martin, si bien qu’on s’y serait mépris.» Cette mascarade réussit au point que les chevaux des valets et écuyers de la suite du roi jetèrent bas leurs cavaliers, et s’enfuirent en passant sur le ventre de ceux qu’ils rencontraient. Le roi s’amusa beaucoup de l’aventure.

MEMOR - 1891


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