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Graffiti illégal et Ville de Montréal

Publié le 28 juin 2011 par Raymondviger

Plan d’intervention 2007 de la Ville de Montréal

Graffiti illégal à Montréal : Dialogue de sourds

Depuis les années 1990, la Ville de Montréal engloutit des millions de dollars pour effacer les graffitis. Sans l’aide des graffiteurs, elle réfléchit actuellement à une solution pour les laisser s’exprimer à leur guise, tout en diminuant le nombre de graffitis indésirables. D’après la Ville, ils insécuriseraient les citoyens et enlaidiraient la métropole.

Charles Messier   Dossiers : Graffiti, Hip-hop, Culture

La Ville de Montréal est bien déterminée à trouver une solution à long terme aux graffitis illégaux. Elle est en ce moment en pourparlers avec le gouvernement du Québec pour obtenir de l’argent pour adopter un nouveau plan d’intervention d’ici la fin de l’année 2007.

Le responsable du dossier graffiti à la Ville, Raymond Carrier, discute également avec les écoles montréalaises, les organismes œuvrant auprès des jeunes et la police pour trouver une façon de contrôler la prolifération des graffitis indésirables.

Si chacun joue son rôle, on va finir par vaincre ce phénomène-là, juge le porte-parole en matière de graffiti au Service de police de la Ville de Montréal, le commandant Serge Boulerice.

Le graffiti sans graffiteurs

Pour mieux comprendre le graffiti illégal, les discussions réunissent plusieurs acteurs du milieu, sauf les graffiteurs.

J’ai déjà mentionné au gouvernement que nous pourrions les faire venir pour qu’ils s’expriment 35-40 minutes, dit Raymond Carrier. Mais, j’ai pas eu l’accord des ministères. C’est fort complexe. Chacun d’eux a ses particularités. C’est extrêmement long d’avoir l’avis de tous. Mais, moi, je n’y vois pas d’inconvénients.

Cette situation choque le fondateur d’Under Pressure — événement graffiti le plus important au Canada —, Sterling Downey. Pour lui, la complexité du mouvement demande d’étudier en profondeur toutes ses dimensions.

40 minutes pour connaître une culture qui existe depuis les années 1960? Y’a tellement de mentalités différentes de graffeurs, qu’ils n’auront jamais le temps, en 40 minutes, d’entendre tous les points de vue.

En juin, Sterling Downey a rencontré Raymond Carrier pendant plus de 3 heures. Le graffiteur est sorti satisfait de cette rencontre. Il a eu l’impression d’avoir été entendu. Trois semaines plus tard, il attendait cependant toujours l’annonce de changements concrets dans l’approche de la Ville.

La Ville dit préconiser une approche adaptée au mouvement graffiti montréalais, mais Sterling Downey en doute.

La plupart des fonctionnaires de la Ville ne savent pas ce qu’ils font. Je ne comprends pas pourquoi ce monde-là mérite un salaire… Ils n’ont aucune compréhension du problème. Pour eux, « nettoyer » veut dire que ça disparaît.

La communication pourrait être meilleure avec les graffiteurs:

Il devrait y avoir plus de discussions entre eux et la Ville pour trouver des solutions, admet Raymond Carrier.

Graffiti: sentiment d’insécurité?

On fait quoi quand les citoyens se sentent insécurisés par les graffitis sur les murs? se demande Raymond Carrier. La solution est dans la prévention, dans la sensibilisation et dans l’application de la réglementation.

Sterling Downey a perdu foi en ces bonnes intentions.

Ça fait longtemps que la Ville parle d’éducation et de prévention, mais elle ne le fait presque pas. Et, ce qu’elle fait, la plupart du temps, ce n’est pas la bonne approche.

Les graffitis insécuriseraient les résidents des quartiers prisés par les graffiteurs. Le conseiller craint que les citoyens finissent par régler eux-mêmes leur compte avec les graffiteurs si la Ville n’intervient pas efficacement.

Le résident n’a pas peur du graffiteur, croit Raymond Carrier, mais ça provoque en lui un sentiment d’insécurité, parce que ce n’est pas net. Jusqu’où les citoyens vont accepter tout ça? J’ai participé à des rencontres dernièrement où des citoyens disaient vouloir se faire justice eux-mêmes. Prendre un batte de baseball.

La possibilité d’un tel scénario est une raison suffisante aux yeux du commandant Serge Boulerice pour déployer tous les moyens afin d’apaiser les craintes des citoyens. « C’est un problème social, si ça dérange les gens d’un quartier. »

Pourtant, aucun graffiteur interrogé ne pratique cette activité avec l’intention de susciter ce sentiment. Leur démarche n’est pas violente, même si une infime minorité de graffitis expriment de la haine et de la colère.

J’aimerais que les gens voient ça d’une façon positive, qu’ils ne pensent pas que c’est une activité de gang, explique un graffiteur, Fred. Il faut se dire que les graffeurs ne sont pas dangereux.

Raymond Carrier tient à nuancer de tels propos. Les graffitis enlaidiraient la métropole, croit la Ville, ce qui est l’autre raison principale pour trouver une solution à la prolifération de graffitis.

Y’a d’autres motivations qui mènent le tagueur à faire des throw up (signature en lettres « ballounes ») et à passer des messages politiques ou haineux. C’est pas uniquement positif, le graffiti , dit-il, jugeant que les graffiteurs éprouvent du plaisir à endommager le bien public. Quelqu’un qui arrive de l’extérieur et qui voit toutes les autoroutes graffitées, quelle image que ça donne de la Ville? Du Québec? se demande Raymond Carrier.

Un vox pop mené par Reflet de Société, auprès d’une trentaine de personnes, montre que le sentiment d’insécurité n’est pas venu spontanément à l’esprit des répondants. La plupart voit plutôt le côté positif de cette pratique.

Graffiti: faire payer les parents ?

Raymond Carrier pense à la possibilité d’imposer aux parents des graffiteurs illégaux des amendes s’élevant jusqu’à 10 000 $, comme à Saskatoon. Raymond Carrier envisage même la possibilité que ce soit les parents qui fassent des travaux communautaires.

Mais, il faudrait voir si en pratique une telle réglementation a un impact positif.  Ce sont des dimensions qu’on regarde aussi avec le ministère de la Justice.

Pour lui, l’achat de bonbonnes de peinture est trop accessible. Il aime l’idée de la ville de London, en Ontario, qui a adopté un règlement interdisant leur vente aux moins de 18 ans.

Mais qu’est-ce qu’on fait de la vente sur Internet? se demande-t-il. Ça, ce n’est pas contrôlable… » ajoute-t-il, constatant la lutte sans fin qu’entraînerait une telle la réglementation.

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