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La crise en Polynésie: par ici la sortie: mon discours au congrès de l'ACCDOM qui a fait grand bruit

Par Teaki

Indépendance, voilà un mot qui a scandé mon existence. Enfant je l'ai entendu dans les discours des Présidents Neto, Chadli, Moubarak, lu sur les panneaux de propagande étatique en Angola, en Égypte, en Algérie. L'indépendance menait l'économie et justifiait tous les abus, tous les sacrifices, tous les manquements.

L'indépendance c'était l'alibi des dirigeants pour dire au peuple et surtout à ses enfants, vous n'êtes guère instruits mais vous êtes indépendants, vous ne mangez pas à votre faim mais plus aucun colon ne vous dicte votre manière d'être, ne vous cloitre, ne vous restreint.

L'indépendance était une idée de la fierté, de l'orgueil national qui sous-tendait le fossé  entre les plus riches que mes parents fréquentaient et les plus pauvres que mes parents aidaient.

Un passage obligé diront certains. Ce sont aussi les guerres d'indépendance qui ont forgé la liberté ou l'aspiration à la liberté des peuples. Mais les polynésiens sont-ils prêts à en payer le prix, sont-ils prêts à dépendre de puissances internationales dont la politique sociale est inexistante? L'indépendance, belle révolution? L'indépendance, habillage d'une nouvelle prison? 

Depuis l'Afrique de mon enfance, une génération a grandi au fil des crises successives. Internet a remplacé les panneaux géants peints à la main sur la Marginale, la grande avenue qui longe Luanda. Et d'Internet, aucun dirigeant  n'en mesure la portée, n'en maitrise les effets. De ce réseau à l'échelle du monde où les antipodes sont illusoirement proches, la Polynésie n'est pas à l'écart. Elle-même est dans un temps rétréci, une urgence quotidienne, elle, terre autrefois protégée par une vision du temps hors du temps.

L'instabilité politique et économique a affaibli la Polynésie. Le récent vote du sénat en faveur d'un nouveau mode de scrutin assure une majorité stable à l'issue des prochaines élections de janvier 2013. Ce projet de loi a été voté mardi 30 mai à l'unanimité moins une voix, celle de Gaston Flosse. Pourtant il est urgent de restaurer un véritable dialogue démocratique en Polynésie ainsi qu'une vraie relation de confiance avec la France.

Cette voix manquante de Gaston Flosse est la preuve que l'avenir de la Polynésie passe par tourner la page des politiques anciennes. Cette ère opposant les anciens chefs de courants d'idées a fait son temps et nous lègue un lourd héritage à porter. La Polynésie accuse de grandes disparités sociales, des problèmes sanitaires majeurs, des taux d'illettrisme et de chômage inquiétants, ses ressources budgétaires sont obérées et en particulier celles finançant les retraites. Voilà les vrais problèmes auxquels les polynésiens sont confrontés et attendent des réponses claires, des politiques d'investissements stables et porteuses.

La crise que nous traversons nous montre que nous sommes tous interdépendants, que notre survie dépend de la solidité de notre réseau, de notre capacité à réagir positivement.

Pourquoi embourber notre énergie politique dans l'idéologie de l'indépendance? Quelle est l'urgence soudaine à inscrire la Polynésie sur la liste de l'ONU des pays à décoloniser?

Le temps est compté. Nous devons mettre en place une vraie justice sociale, instaurer l'équité des chances pour l'éducation, l'emploi, la formation professionnelle. Une formation pour tous habilitée par les standards européens et internationaux.

Il est temps de dire à nos enfants, nous avons été lessivés par les crises politique, économique, la perte de nos repères, certains ont cédé à l'argent facile, d'autres les ont laissé faire, croyant naïvement qu'ils feraient mieux.

Oui, disons à nos enfants, nous ne vous léguons pas l'argent comme diktat mais comme un moyen de vous réaliser. Nous pouvons remplir les caisses qui ont été vidées en réduisant nos coûts de fonctionnement, en apprenant à faire mieux avec moins. Prenons le chemin exigeant mais valorisant de l'efficience budgétaire. La prochaine étape est évidente, c'est la sortie de la crise par le haut, par l'ambition d'une Polynésie nouvelle, plus forte, plus consciente de ses limites financières et naturelles. Nous vivons dans un univers géographique riche mais limité. Avec moins de 270 000 habitants répartis sur une territoire vaste comme l'Europe, la Polynésie française dispose d'un sérieux atout: son exceptionnel environnement naturel propice aux industries comme la perle, la pêche, le tourisme mais aussi les médias, le cinéma, les industries de luxe, du développement durable comme le photovoltaïque, les énergies marines, le commerce international de l'immatériel donc de la culture par excellence. La fiscalité devra être revue pour accorder une plus large place au micro-crédit et favoriser l'initiative privée. La société de consommation peut et doit prendre une autre forme en Polynésie, plus responsable, plus centrée sur le durable, le recyclable, l'économie locale, l'importation de produits et services qui créent de la richesse, de l'emploi.

La Polynésie peut sortir de la crise à condition de restaurer sa relation avec ses partenaires historiques, rationaliser ses dépenses, moderniser son éducation, son économie, renouveler ses traditions et retrousser ses manches.


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