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Souffle en mon coeur un vent de Patagonie de Nacho Carranza

Publié le 11 juillet 2011 par Noann

Comment parler d’un livre aussi fouillé sans le travestir, le dénaturer, ou l’interpréter de façon trop personnelle ? « Souffle en mon cœur un vent de Patagonie » est un recueil… j’allais dire un recueil de nouvelles, mais s’agit-il de nouvelles ? Pas telles que d’autres écrivains les conçoivent, avec leur mouvement, trames, points d’orgues et leurs chutes. Je les appellerai plutôt des « textes », seule manière de dénommer ces tranches de vie, d’histoire, de philosophie, de géographie, tous ces ingrédients associés avec brio et soin.

Il me semble impossible de parler d’un livre pareil sans se tromper…

Je n’en dirai donc rien.

Bon. Alors on en reste là ? Mais ce serait dommage…! Il y a tant à en dire !

Alors, je vais tout de même tenter d’évoquer le style. De mon point de vue (ça y est je deviens déjà perso), ces textes ont une grande qualité qui manque à beaucoup d’autres. Le style n’est pas statique. Il porte le contenu, et s’adapte à merveille pour nous faire ressentir, tantôt un frisson, tantôt une larme, ou un étonnement, un désarroi, une tension, etc… Ceci peut paraitre élémentaire, mais combien de nouvellistes adoptent un style, pour ne plus en bouger par la suite ? Ce n’est point le cas de Nacho Carranza, dont l’écriture peut se parer de toute sorte de formes et nuances.

souffle en mon coeur

Une tirade de deux pages décrit à merveille les émotions d’une rencontre, avec ses indécisions, ses toquades et ses bizarreries…

que quoi ? que faire l’amour avec toi… que cela me plairait moi aussi ! qu’on appelle ça un coup de foudre, que t’as encore rien vu, que tes seins insolents, que ta peau douce, que tes mains d’artiste, que tes yeux…

Une lettre avec des mots simples d’une personne quasi-illettrée :

« Mon sieur Martin, si vous savé la trouille que jé d’allé chez vous. »

Une autre est plus austère :

« Je me rappelle ce besoin compulsif que nous avions de vivre en harmonie avec nos idées fondamentales. On essayait de trouver une cohérence avec notre pensée… »

Mais quel que soit le style emprunté, il est adapté et dresse un merveilleux portrait des êtres et situations qu’il invoque.

Bon alors, maintenant que je suis lancé, je poursuis…En fait, « souffle en mon cœur.. » est beaucoup de choses à la fois, œuvre multiple qui va allègrement de la Patagonie (Argentine) où l’auteur a vécu ses plus jeunes années, à la Belgique pays d’adoption, en passant par Rome… Et d’une phrase à l’autre, nous voilà embarqués et chahutés d’un bout à l’autre du globe, mais aussi d’une époque à l’autre, depuis l’enfance et les souvenirs de l’auteur à une période plus récente. Nacho entrelace les personnes, les instants et les lieux, oui c’est cela, ce livre est plus qu’un recueil, c’est un entrelacs d’une infinité de choses et de  gens, qui parlent et se répondent à travers décennies et continents. Toutefois, j’avais entendu son interview à la radio, et je m’attendais à un livre plus auto-biographique (et je m’étais dit : encore quelqu’un qui raconte sa vie). Et que nenni, l’auteur n’est point narcissique, et s’il nous parle de sa Patagonie natale, ce n’est pas pour nous encombrer l’esprit de vieux souvenirs personnels, mais pour nous donner toute la couleur chamarrée de ce pays lointain. S’il nous parle de son enfance, c’est pour donner du relief et du crédit à ses personnages truculents. « Souffle en moi… » fait à la fois des emprunts à la réalité et à la fiction, de sorte à utiliser la force de l’un et de l’autre, la puissance empirique du vécu et les possibilités imaginaires de l’autre.

Et avec ça, je bavasse, je bavasse, et finalement je m’étale en raisonnements persos, ce que je voulais éviter. Tant pis ! De cette œuvre profonde, je tire à la surface le peu que j’en ai compris, alors que d’autres y verraient des millions d’autres choses. Mais n’est-ce pas la particularité d’une toile dense, de pouvoir capter mille regards de mille façons ? Nacho n’impose rien. Il peint d’infimes nuances d’humanité, de plaisir, de douleur. Il peint des êtres vrais, avec tout ce qui fait la noblesse de l’âme, ses écorchures, ses doutes, ses désirs, ses erreurs, tout ce dont un être digne de porter le nom d’homme est chargé. Il touchera forcément en différents points tout lecteur sensible. Et chacun verra en lui ce que son expérience de la vie lui montrera !

« Comme en retour de cette offrande, le corps de la femme se met à frémir, puis à vibrer sous ses mains impérieuses, ses lèvres avides, sa langue impatiente. La femme s’étonne du plaisir qu’elle prend et s’y abandonne, sa peau réagit à chaque infime effleurement dont est est l’objet obsédant, à chaque délicieux câlin que le jeune amant prodigue avec application, ne voulant pas faillir à sa nouvelle tâche  : le désir de l’autre lui semble tout à coup une priorité, et sa satisfaction, la sienne propre. »

Souffle en mon coeur un vent de Patagonie de Nacho Carranza. Le Castor astral

Date de parution : 03/03/2011   Isbn : 2859208607

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