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Balada Triste (Balada Triste de Trompeta) d’Alex de la Iglesia

Par Geouf

Balada Triste (Balada Triste de Trompeta) d’Alex de la IglesiaRésumé: 1937. En pleine guerre civile espagnole, un clown est enrôlé de force par les troupes républicaines. Après avoir massacré les troupes adverses à la machette, il est arrêté et meurt en détention. Son fils Javier (Carlos Areces), qui a tenté de le faire évader, grandit et décide de marcher sur ses traces. Dans les années 70, il rejoint donc une troupe de cirque en tant que clown triste. Il va vite découvrir que Sergio (Antonio de la Torre), qui incarne l’Auguste, est un alcoolique agressif. Tombé amoureux de la petite amie de celui-ci, Javier va décider de l’affronter…

Alex de la Iglesia est certainement un des meilleurs réalisateurs espagnols en activité, et cependant l’un des moins (re)connu. Sa filmographie est pavée de petites perles, du délirant Le Jour de la Bête à l’hilarant Le Crime Farpait, tout en passant par l’émouvant 800 Balles. Avec Balada Triste, il continue de passer au vitriol les travers de la société espagnole.

Balada Triste est probablement un des films les plus originaux à débarquer sur les écrans de cinéma cette année. Avec ce nouveau film, Alex de la Iglesia offre un spectacle fou et imprévisible, mélange boulimique de genres a priori aux antipodes les uns des autres. S’ouvrant sur une scène d’introduction dans laquelle les rires des enfants ne tardent pas à être étouffés par le bruit des fusils, le film démarre sur les chapeaux de roues. Difficile de ne pas être immédiatement emporté par la maestria d’un plan séquence de folie au cours duquel un clown massacre des soldats à la machette. Tout le long métrage est à l’image de cette ouverture tonitruante, évoluant tel un funambule sur le fil du rasoir. On passe constamment du rire (les multiples tentatives du cascadeur et sa moto) aux larmes (la très belle scène du cinéma), de scènes empreintes d’humour non-sensique et décalé (la fuite de Javier dans la forêt et son retour à l’état sauvage) à d’autres de pure horreur (la transformation des deux ennemis), sans que cela ne paraisse incongru. La maestria du réalisateur permet de faire passer les idées les plus étranges, qui rendent le film totalement imprévisible passé son premier tiers. Le spectateur consentant se laissera alors porter au gré des rebondissements du film sans chercher à prévoir la suite, jusqu’à un final jouissif rendant un bien bel hommage à Hitchcock.

Balada Triste (Balada Triste de Trompeta) d’Alex de la Iglesia

Mais plus qu’une péloche azimutée, Balada Triste est aussi et avant tout un portrait d’une noirceur rare de l’Espagne et de ses contradictions. De la Iglesia continue de s’inquiéter pour une société coincée entre un machisme rétrograde (symbolisé par Sergio) et une foi religieuse destructrice par les préceptes qu’elle enseigne (nullement étonnant que Javier revête un habit papal dans la dernière bobine, lui à qui son père a conseillé de vivre par la vengeance). Un pays dans lequel le rire des enfants a été sacrifié sur l’autel d’une guerre civile sanglante et inepte. A l’instar de Mes Chers Voisins ou du Crime Farpait, les héros de Balada Triste ne sont pas vraiment attachants ni aimables. Ils sont même plutôt effrayants, de la Iglesia se plaisant à sonder les tréfonds de l’âme humaine  pour en faire ressortir le pire (Javier avouera même que s’il n’était pas clown, il tuerait des gens). La charge est féroce, et l’humour souvent grinçant, beaucoup moins bon enfant que dans les autres métrages du réalisateur.

Au final, Balada Triste n’est peut-être pas le film le plus abouti de son réalisateur, mais il s’agit certainement d’un de ses plus passionnants. Un ovni cinématographique complètement barré et jouissif tout autant que profond. A ne manquer sous aucun prétexte pour ceux qui ont la chance qu’il soit projeté près de chez eux.

Note : 9/10

Espagne, 2011
Réalisation : Alex de la Iglesia
Scénario : Alex de la Iglesia
Avec : Carlos Areces, Antonio de la Torre, Carolina Bang

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