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Les forces et les faiblesses de Jonathan Levine (by Nico)

Par Lifeproof @CcilLifeproof

Jonathan Levine est un réalisateur et scénariste américain né le 18 juin 1976 à New York. Il a réalisé quatre films, mais dont deux, Shards et Love Bytes, échappent à notre jugement car, introuvables sous quelque format que ce soit, ils cachent toujours leurs secrets aux yeux des français, entre autres.

Même son troisième film, le très intéressant All the boys love Mandy Lane, est resté boudé par les distributeurs en Europe et aux Etats-Unis, comme pour nous priver d’une révélation cinématographique qui aurait pu nous enrichir. All the Boys Love Mandy Lane est un film surprenant, reflétant à la perfection l’adolescence américaine moderne dépravée, comme savent si bien en générer les cultures ultra-puritaines et moralisatrices. Le film semble commencer comme un teen movie, mais Jonathan Levine n’est pas un réalisateur comme les autres.

Jonathan Levine travaille ses personnages, les creuse pour leur donner de la complexité, et surfe sur les clichés et les vieux styles éculés pour donner du corps à son scénario, en faisant du très neuf avec de l’ultra vieux. Si l’on n’avait peur de le surcoter prématurément, on pourrait oser la comparaison avec un certain Quentin Tarantino qui recycle (ou recyclait, peut être) la série Z, ou avec un Gus Van Sant et ses obsessions adolescentes. Dans All the Boys Love Mandy Lane, Jonathan Levine nous livre un film plein de surprises et d’émotions inattendues. Avec, en prime, une mise en images et une bande son impressionnantes de maturité et de technicité, et une inspiration qui n’a rien à envier à ses illustres références. Là où beaucoup ont essayé de recycler un style jadis prolixe, en nous prémâchant le travail avec redondance et prévisibilité, Jonathan Levine réinvente.

Le quatrième film de Jonathan Levine, The Wackness, a connu plus de succès, notamment au très accélérateur festival de Sundance. The Wackness est une fable hip hop rythmée au son des basses new yorkaises des années 90, avec toujours en fil rouge cette obsession adolescente illustrée par une représentation toujours un peu caricaturale, mais très représentative, de l’une de ces jeunesses américaines enfermées dans un carcan culturel et une réalité économique qui façonnent la vie sans que personne ne puisse avoir quelconque prise dessus. Cette représentation nous fait hésiter entre l’envie de trouver ça ridiculement fleur bleue, et le ressenti d’une émotion authentique, celle de l’amour adolescente et de l’envie de mordre la vie à pleines dents.

 The Wackness tire en partie son épingle du jeu grâce à un Ben Kingsley décalé et exacerbé, marié à une ex-James Bond Girl transformée en cancer du poumon sur pattes. Cela aurait pu donner un film ordinaire et déjà vu sur la vie dans la jungle, et finir en gros navet pathétique et décevant comme le ridicule Gran Torino. Mais Jonathan Levine développe un style très personnel, en patinant son image pour lui donner une véritable authenticité et lui conférer certaines émotions instantanées, comme si l’on regardait un de ses propres souvenirs embrumé au fond de son esprit (ex : 54ème minute et 54ème seconde du film, une image = une émotion).

En résumé, une œuvre intéressante mais pas suffisamment consistante (du moins pour le moment) pour se hisser à la cheville d’un Tarantino réhabilitant avec une facilité déconcertante des thèmes obsolètes. Déjà vue aussi, mais suffisamment puissante pour être comparé sans état d’âme aux œuvres de réalisateurs inspirés et obsessionnels comme Sophia Coppola ou Gus Van Sant.

Jonathan Levine n’est pas un gosse de riche. Il n’a pas grandi dans le rêve américain des campus blindés de Cheerleaders et de confréries festives et décadentes. All the boys Mandy Lane reste une critique tendre et affectueuse, mais acerbe, d’une jeunesse dans laquelle il ne se reconnait pas, et qu’il semble essayer de tenter de sauver du basculement par une espèce d’exercice miroir, en la mettant face à ses propres contradictions. Dans The Wackness, il semble livrer quelque chose de personnel et d’autobiographique. En attendant, espérons le, d’autres œuvres de la même veine.


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