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Roland Petit : un géant s'en est allé

Publié le 12 juillet 2011 par Etrangere
Hier, j'ai passé une journée à flâner en ville avec des amies. A mon retour, alors que je m'apprêtais à rédiger un message sur l'exposition Doisneau qui a actuellement lieu au château de Malbrouck, ma mère mentionna un fait passant pour assez anodin vis-à-vis de la terre entière, et atomique pour le microcosme dont je suis issue.
Roland Petit est mort, ce 10 juillet 2011.
Roland Petit : un géant s'en est allé
 D'abord Béjart, après Pina, et maintenant lui. 
Si vous me demandiez de citer un géant de la danse actuel, je crois que je serais marrie de devoir hésiter encore quelques secondes de plus. 
Parce que c'est bien d'un géant dont il s'agit.
La Mort fait certes partie de la vie ; j'ai néanmoins toujours eu du mal à concevoir celle des artistes comme une disparition banale.
C'est un univers qui s'éteint avec eux. Un univers que nous possédons tous, mais que seuls certains ont le courage de révéler.
Et curieusement, cet univers qui semble être un feu ayant animé son auteur jusqu'à le consumer entièrement se perpétue telle une empreinte incandescente sur les voilages de nos propres ressentis et de nos propres expériences. Une braise parmi les glaces de ce monde froid et stérile. Et une ouverture sur quelque chose qui, à défaut d'être éternel, sera l'éphémère expression d'une humanité mise à mal, mais une expression sincère.
Dans un temps où l'on chipote sur le verbiage, la signification d'un lever de bras, où l'on va même jusqu'à intellectualiser un coton-tige déposé sur une table, c'est ce qui manque le plus, je crois.
Qu'un "artiste" présente des WC en les nommant "le Trône" et en demande des millions m'insupporte. Qu'un plasticien récupère une poubelle, la place devant l'ONU et grave à l'encre rouge dessus "la Politique", en laissant les gens y déposer les effigies des dictateurs et des corrompus, m'aurait enchanté. 
Et assurément, Roland Petit était de ceux-là. De ces génies au caractère fougueux et insupportable, mais eu talent sans conteste. Non-content d'être un jeune danseur à l'avenir prometteur, il quitta l'Opéra de Paris et devint un des chorégraphes les plus doués et reconnus de son époque. Sa muse et sa femme, Renée aka Zizi Jeanmaire, devint une des danseuses les plus célèbres, à la fois digne technicienne à la plastique de rêve dans ses ballets classiques, et meneuse de revue sensuelle.Outre cette collaboration fructueuse, il s'entoura de gens comme Cocteau (voir ci-haut), Picasso ( pour Le rendez-vous), Queneau ( parolier pour certaines des chansons de Zizi), Orson Welles ( pour The Lady in the Ice), les Pink Floyd ( le novateur Pink Floyd Ballet) et de grands danseurs :  Jean Babilée, Dominique Khalfouni, Denis Ganio...Ces partis-pris lui permirent de créer pas moins de 170 ballets, pour une carrière ayant débuté en 1942. Le génie du Maître fut sans doute de toujours suivre son temps, le précéder même, alliant étonnante modernité et pas de deux inspirés et envoûtant.
Parmi son actif, j'ai sélectionné pour vous quelques-unes de ses œuvres majeures (bien qu'il y en ait tellement !)
Sa Carmen est sublime (ici, avec sa femme.)

Son Proust ou les intermittences du cœur aussi sulfureux que son éponyme ( par les étoiles Stéphane Bullion et Denis Ganio- lui-même fils de deux des danseurs vedettes de Petit).

Et celui que je préfère parmi tous : Le Jeune homme et la Mort, sur un livret de Cocteau. (ici, une version spécialement adaptée pour le cinéma,et le ballet White Nights). Je me souviens avoir lu un jour dans une interview, qu'il souhaitait lui-même "mourir sans le savoir". J'espère que tel fut le cas.
Celui qui montra l'amour, le désir et la Mort comme bien peu s'en est allé.
A nous de perpétuer sa danse. A nous de contribuer au mouvement du monde.

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