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Polynie - Mélanie Vincelette

Par Venise19 @VeniseLandry
Polynie - Mélanie VinceletteAvec ma manie de ne pas lire les quatrièmes de couverture, j’ai parfois l’impression d’être projetée dans un pays que je n’aurais pas pointé sur le globe terrestre. À la lecture des premières pages, je me suis entendu crier « Mais où donc suis-je abouti ? ».
Le personnage avec qui on fera corps est Ambroise, cuisinier dans un camp de mine d’or à même la terre de Baffin où il nous relate un pan de sa vie. L’histoire commence le jour où il apprend le meurtre de son frère avocat, Rosaire, vivant à Iqaluit, à deux jours de traineaux de la mine. Il vivra son deuil à la manière introspective, définissant mieux sa relation fraternelle en reconstituant la vie de cet aîné qu’il a toujours envié pour son panache. Nous apprendrons à connaître jusqu’au détail de la vie sexuelle de celui qui est décédé, accidentellement ou par meurtre, telle est la question à élucider par une enquête à laquelle Ambroise tient à se mêler. En fait, nous apprendrons à connaitre aussi bien, sinon mieux, le disparu que le survivant.
Avez-vous déjà pensé que, même si nous sommes le personnage principal de nos rêves endormis, rarement y sommes nous bien définis, ce sont plutôt les autres s'articulant autour de nous qui nous définissent. Avec Ambroise, même chose ! Une intimité dans le ton s’installe, créant l’impression de partager une même bulle, sans autocritique. Donc, pas de recul et la difficulté qui en découle de ne pas cerner le sujet, en l’occurrence, le personnage principal.
Le repère temps m’a parfois échappé. Un tel foisonnement de pensées habitaient Ambroise que j’avais l’impression que des jours s’écoulaient, tandis que c’était des heures. On l'accompagne dans son malaise progressivement, je dirais timidement. Il nourrit la ferme intention de se rendre sur les lieux du crime, mais tout l’en empêche. Son patron qui lui commande, comme si de rien n’était, un grandiose festin pour son mariage, son attraction envers Marcelline qu’il observe et adore en silence, avec la peur de la perdre avant de la gagner.
Cette lenteur, ce peu de mots, cet écart de temps entre les décisions et les actions, rende bien l’ambiance des grands espaces où l’on est confiné à un froid excessif qui ralentit, immobilise, gèle gestes et actions. L’effet de mystère s'amplifie par les doutes et tergiversations du cuisinier qui nous fait danser sur place. Son sentiment d’amour vis-à-vis la belle glaciologue, Marcelline est-il assez fort pour vivre au plein air ? La complicité entre les deux est amicale, est-ce qu’elle en restera là ? C'est une part d’intrigue se rajoutant à celle de l’enquête.
Aimez-vous cuisiner, aimez-vous vous pencher sur la gastronomie ? Eh bien, vous serez royalement servi si c’est le cas. Une gastronomie nordique puisant dans les denrées du terroir alimente grassement le récit et nous ménage des surprises. L’auteure s’arrête et prend le temps d’expliquer dans le détail, ne brisant pas tant le rythme qu’il est déjà lent.
Nous pénétrons les mœurs et coutumes du Nord avec ce quelque chose tout à la fois surprenant, rafraichissant et instructif. Quoi demander de plus pour ma première visite dans le Grand Nord ?!

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