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Le Moine

Publié le 12 juillet 2011 par Mg

Depuis ses débuts, Dominik Moll nous a habitué à l’étrange, l’inquiétant. La maîtrise de l’atmosphère pour des films inspirant un suspens intéressant. Nous devrons désormais faire avec le demi-Moll (pardon), celui qui pense transcender une oeuvre décrite comme culte, l’histoire d’un moine pas forcément éduqué au bon endroit. Un film non dénué de sens, mais manquant plutôt de maîtrise et de convictions.

Le Moine n’est pourtant pas une création de Dominik Moll, mais bel et bien un ouvrage culte, concocté voici quelques siècles par un Matthew G. Lewis, auteur phare du mouvement gothique. Ou quand un moine, élevé depuis ses origines en monastère, découvre les affres du monde extérieur, jusqu’à plonger au milieu du péché et du drame… De tout cela, Moll garde l’extrême symbolique d’un homme des plus vertueux, voir trop (l’extrémisme religieux, pas trop loin du fanatisme intégral), qui sait regarder le monde extérieur sans forcément pardonner les écarts. Un homme de Dieu, intègre et droit. Jusqu’au moment où la coquille se fissure… Assez fascinant sur le fond, Le Moine joue à un exercice donné, celui de la foi et du doute, mâtiné d’une couche de drame pas trop loin de Dallas. Et oui, les couloirs du monastère peuvent aussi renfermer quelques secrets.

Mais là où Le Moine n’arrive pas à convaincre, c’est bel et bien sur la forme. Multiplication d’effets kitsch, foncièrement voulus (fermeture à l’iris, zoom ou dézoom…), ambiance pataude et sans rythme, acteurs au jeu monolithique (pas sûr que Cassel est adoré..), Moll tente d’imposer une vision grotesque et factuelle des choses, sans l’éclair de génie qu’on lui connaît. Pourtant cette ambiance cloîtrée et poisseuse lui réussit plutôt bien d’habitude, et c’était là le cadre parfait. Au lieu de cela, on est contraint d’assister au spectacle de l’émancipation du Moine sans le vouloir, spectacle aussi peu spectaculaire que surprenant. Tentatives de bousculer le visuel (des plans en négatif pour une scène de nu…), volonté de casser le cadre… Tout rappelle les vieux téléfilms sans moyens ni astuces, sans être trop nostalgique, qui tentaient de dynamiser leur récit par des mouvements de caméra capricieuse.

Ce Moine, collaboration attendue entre deux grands artistes français, se révèle totalement grotesque et difforme, handicapé par une réalisation maladroite et indigente, piètre volonté de vouloir bousculer les formes (ou alors en y oubliant la construction du récit). Aussi borné qu’une fin inconséquente, le film ne sera définitivement pas la passe de 3 pour Moll, et risque bien de le renvoyer vers quelque chose de plus mainstream, alors que sa volonté de livrer un film plus abrupt et difficile ne passe définitivement pas.


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