Magazine Bien-être

Sortir de la souffrance - Jacques Vigne (2)

Par Guimay

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (2)

Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

 

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Roue du samsara


Une autre définition du yoga qui permet de voir comment cela s'articule avec la souffrance
« Karmasu Kosalam », l'habileté dans les actions. Si on est idiot dans les actions, on se prend des claques et c'est une source de souffrance. Et donc, la Bhagavad-Gita dit : soyez habiles dans les actions, soyez intelligents dans l'action pour que ça puisse marcher, pour ne pas prendre des claques à chaque coin de rue, et cela aussi vous évitera la souffrance. Ça paraît du bon sens mais cela donne des idées pratiques pour faire une vie qui vous donne de la joie et qui ne provoque pas des souffrances. Dans la Bhagavad-Gita, chap. II, un passage très connu : quand on est dans le contact avec un objet, il se crée un attachement. De l'attachement vient la colère, parce que si vous êtes attaché à un objet et que vous ne pouvez pas l'avoir, ça provoque une colère. De la colère vient la confusion du mental, et de cette confusion vient la perte de la mémoire, et à la fin l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère, de la perte de la mémoire vient la destruction. Toute une psychologie qui montre comment on passe de désirs qui paraissent anodins, je ne parle pas des besoins, mais des choses qui sont inutiles, mais dont on a quand même envie; ça crée ce lien entre association qui crée frustration, colère, confusion, perte de la mémoire et destruction. Dans le Bouddhisme aussi, on dit ça. D'après le Bouddha, le centre de la roue du monde, du samsara, c'est le désir. Il explique à peu près le même processus qui mène aussi de façon ultime à la renaissance. On dit en Inde que si on meurt avec des désirs, on renaîtra en fonction de ces désirs. Le dernier désir au moment de la mort est un tremplin qui nous envoie dans une direction donnée, puis le missile va dans cette direction donnée par le tremplin et ensuite on se réincarne; alors on peut dire que c'est facile, il suffit d'avoir un bon désir au moment de la mort, mais justement au moment de la mort on n'est pas dans un état brillant et ce qui remonte ce sont les désirs profonds, ceux sur lesquels on n'a pas travaillé, et si on a vraiment travaillé sur ces désirs, à ce moment-là, on peut en être libre, sinon ces désirs profonds remonteront et ça nous orientera vers une nouvelle réincarnation qui ne sera pas forcément fameuse. Il y a toute une sagesse. En philosophie aussi, on parle de l'importance de savoir se détacher des désirs et c'est ce qu'on appelle le travail de deuil. Le deuil ce n'est pas simplement quand on a perdu quelqu'un d'aimé, mais ça peut être par exemple, n'importe quel objet de désir : on était attaché à une image sociale et puis on a des problèmes, on est accusé faussement et le monde vous laisse tomber; là il faut faire un travail de deuil, parce qu'on avait ce désir d'avoir une bonne image sociale et après on tombe à zéro, et la plupart des gens sont très perturbés.

A ce propos, il y a une histoire très jolie, une histoire de Hakuin qui était déjà un grand maître Zen et commençait à être connu comme maître Zen et avait de plus en plus de disciples, et un jour le poissonnier du village et sa femme sont venus, furieux contre lui. Et il leur demande ce qui se passe, le poissonnier lui dit : « tu sais très bien, espèce d'imbécile »; et il répond : « non, je ne sais pas ». « C'est toi qui as fait un enfant à notre fille de 16 ans. Et maintenant tu vas voir, quand elle va accoucher, c'est toi qui vas devoir t'occuper de l'enfant, et tu vas prendre tes responsabilités ». Alors, Hakuin a juste dit : « Ah oui ».et puis il s'est occupé de l'enfant comme un père; il a pris une nourrice parce que les parents ne voulaient plus qu'ils se revoient, jusqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge de 2 ans. Et alors il a vu les parents revenir, la queue entre les jambes, et ils ont dit : « Excuse nous, au bout de 2 ans la fille s'est repentie, car elle voulait revoir son enfant et a dit que c'est le fils du boulanger qui avait fait l'enfant." Très confus les parents sont donc venus en s'excusant et en lui demandant de rendre l'enfant et Hakuin a juste dit : « Ah oui », et il a rendu l'enfant. C'est une histoire typique, être au-delà des contraires, inutile de dire qu'après ce scandale tous les disciples l'avaient laissé tomber, mais Hakuin ne s'était pas défendu, il avait juste dit : « Ah oui.. Ah oui .. Ah oui .. » et puis il a rendu l'enfant. C'est bien l'idée de l'Inde et ensuite ça s'est exporté avec le Zen au Japon, d'être au-delà des contraires. Il ne cherchait pas spécialement la famille, mais quand la famille lui est tombée dessus, il n'a pas cherché à s'en tirer et ensuite il a été très honoré comme maître Zen et il n'a pas cherché non plus à s'en tirer, il était juste au-delà de tout ça. Toujours la même chose, parce que quand on cherche une polarité, on vit en permanence dans la peur que l'autre polarité vous tombe dessus. Je me souviens d'un ambassadeur de l'Inde, comme je ne dis pas son nom, c'est pas grave; je le connaissais et on avait un peu parlé, et visiblement sa terreur était d'avoir un entrefilet fielleux dans « Le Monde », et une fois c'était arrivé et il était fou furieux, très perturbé, parce qu'il y avait eu trois lignes où on se moquait un peu de lui dans le journal « Le Monde ». Chacun a ses trucs, comme en tant qu'ambassadeur il voulait une reconnaissance sociale, s'il y avait la moindre petite chose qui faisait une égratignure à la reconnaissance sociale, il était complètement perdu. Ça, c'est être dans les contraires. La première vérité du Bouddha, donc, c'est la souffrance. On peut dire que c'est un truisme. Il suffit de regarder les actualités pour être sûr qu'il y a la souffrance. Mais au fait c'est plus compliqué que ça. On a beaucoup de souffrance en nous qu'on ne veut pas reconnaître. Et pour ça les psy insistent là-dessus. Par exemple il y a des gens qui ont des problèmes psychiques, la plupart du temps, ils ne veulent pas le reconnaître et ça complique, c'est à dire qu'ils ne peuvent pas trouver la voie hors de leurs problèmes psychiques, parce que tout simplement ils ne veulent pas voir où est le problème...

(à suivre)

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Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

Source image originale : http://sangharime.com/ed/index.php?title=Fichier:Roue_du_samsara.jpg


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