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un Maupassant, revu par Balthazar

Publié le 08 août 2011 par Dubruel

CRI D’ALARME

Je lui avais fait la cour

Suffisamment

Pour posséder son amour.

Et j’imaginais naïvement

Que c’était la première fois

Qu’elle avait abusé

Le gros bourgeois

Qu’elle avait épousé.

Or voici ce qui s’est réalisé

La semaine passée.

Elle voulut diner chez moi.

Mais n’être servie que par moi,

Sans aucun valet,

Sans gênant témoin

Car elle voulait se saouler.

Sans jamais aller trop loin,

Elle s’était déjà offert

Quelques petits verres.

Elle avait obtenu un début de gaité.

Mais s’était à temps arrêtée.

Une femme ne doit se griser

Qu’avec du champagne rosé.

Or, dans mon salon,

Avant les huitres de Belon,

Le vent en poupe,

Elle but à jeun trois coupes.

Pour lui offrir les friandises

Disposées devant nous,

Je dû plier souvent les genoux.

Mais quoiqu’elle dise,

Je l’écoutais et l’observais.

Coup sur coup, elle buvait.

Commencèrent les confidences

Sur son adolescence.

Le regard un peu voilé,

La langue déliée 

Ses idées se dévidaient

Interminablement.

Elle me demandait

Avec papelardise

De temps en temps :

-« Suis-je grise ? »

-« Non, tu n’as pas l’air. »

Elle buvait un autre verre.

Après sa vie de jeune fille,

Succéda celle de sa famille

Elle me répéta cent fois :

«Je peux te dire tout, à toi…»

Je sus donc les manies, goûts,

Défauts et secrets de son époux.

« Ah, il m’a rasée, celui-ci !

Mais quand je t’ai vu, je me suis dit,

Celui-là, il est plaisant.

Je le prendrai bien comme amant. 

C’est alors que tu m’as courtisée.

Ah ! En as-tu pris des soins, insensé !

Mais quand on nous fait la cour,

C’est que nous le voulons, mon nounours !

Et alors, faut pas musarder,

Grand dadais !

Sans quoi, on se décourage, grand dieu !

Faut-il être bête pour ne pas comprendre

Cela, simplement à nos yeux.

Tu ne savais pas t’y prendre

Pourtant, je te disais « oui » !

Ah ! Je t’ai attendu, Louis !

J’étais pressée et même sacrément !

Et toi : des fleurs, des vers, des compliments,

Tu fus très long à te prononcer.

J’ai failli renoncer.

Les hommes, pour moitié

Sont comme toi

Tandis que l’autre moitié

Va vite, trop vite, quoi !…

Ces derniers ont souvent raison

Car bien des fois ça rapporte.

Mais Il y a aussi des occasions

Ratées où se ferment les portes. »

Quelques jours plus tard,

Je pensais aux aveux de ma maîtresse.

A l’issue d’une soirée, je me trouvai par hasard

Seul avec Marie Varèce.

Habitant le même quartier qu’elle,

Je lui proposai de la reconduire à son hôtel.

Dès que nous fûmes dans mon phaéton

Je me dis : « Tentons !

Je vais expérimenter. »

Mais je ne savais comment attaquer.

-« Comme vous étiez jolie, ce soir.»

-« C’était donc une exception, ce soir ! 

-« Non, mais je n’osai

Jamais vous en parler…»

-«C’est malaisé ?

Est-ce si difficile, allez,

De dire à une femme qu’elle est jolie ? 

Seriez-vous un lâche impoli ?

On doit toujours le dire

Même si on ne le pense pas…

Parce que ça

Fait toujours plaisir. »

Je me sentis animé tout à coup

D’une audace insensée.

La saisissant par le cou

Je cherchai à lui donner un baiser

Mais je dus fort mal combiner

Mon mouvement, car elle a tourné

La tête pour éviter mon contact

En disant « Oh ! Vous manquez de tact.

C’est trop !

Vous allez trop vite !

Prenez garde à mon chapeau.»

J’avais vite

Repris ma place, désolé.

Devant sa porte s’arrêta le cabriolet.

Elle descendit,

Me tendit

Ses doigts

Et de sa gracieuse voix :

«Merci de m’avoir ramenée, cher monsieur.»

Et je m’en allais, honteux


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