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“Paris” : un hymne à la vie signé Klapisch

Par Buzzline
“Paris” hymne signé Klapisch

Le pitch : Pierre (Romain Duris, convaincant) est un danseur qui ne peut plus danser. Son coeur est gravement malade, il n'a que peu de chances de s'en sortir. Sa soeur Elise, (Juliette Binoche, époustouflante) va, elle aussi, redécouvrir la vie en se rapprochant de son frère. Se superposent à cette histoire une multitude d'intrigues, loin d'être secondaires : un prof de fac (Fabrice Luchini, égal à lui-même) renaît grâce à l'argent et à l'amour ; des maraîchers draguent tout ce qui bouge ; un Africain clandestin débarque en France... Tous ces destins s'entrecroisent avec un point commun, une toile de fond : un Paris qui ne fait l'impasse ni sur le Moulin Rouge, ni sur la Sorbonne, ni sur le marché de Rungis...

note sur 10 :09Notre avis : On ne va pas s'embarrasser de détour pour vous annoncer qu'avec Paris, Klapisch signe un film incontournable, d'une richesse (émotionnelle, surtout) extraordinaire. Tout y est pour passer un bon moment de cinéma : le scénario, le casting, les dialogues, la fin qui tue, la musique parfaitement choisie, les scènes cultes, les dérapages délirants contrôlés...
“Paris” hymne signé Klapisch
On va même dire mieux, qu'avec ce film, Klapisch, avec une relative discrétion médiatique et sans chapelet de récompenses convenues, entre dans la cour des très grands cinéastes, ceux qui marqueront défintivement le cinéma français, en intégrant aussi bien Truffaut ou Allen que l'actuelle créativité américaine (les séries, Scorsese), quelque part aussi entre Lelouch, Leconte ou Resnais - on en prend ici les “paris”.

C'est une synthèse mûre alliant le plaisir (de tourner, pour eux et de regarder, pour nous) et la reflexion, pertinente, parlante et pas ennuyeuse sur l'opposition entre le jeune et le vieux. Sur les jeunes à qui l'on vole la vieillesse. Sur un vieux qui ne demande qu'à redevenir jeune. Sur les jeunes qui aiment les vieux. Sur les jeunes qui se croient vieux... Sur une ville, Paris, qui a aussi construit son dynamisme autour de cette dualité jeune/vieux... On imagine (espère ?) aussi qu'avec ce thème Klapisch va élargir son public.
Le cinéaste a clairement fait du chemin. Il nous a amusé, ado, avec Le Péril jeune. Il nous a fait un Chacun cherche son chat pas si anodin ou anecdotique plus on y repense. Il a achevé de se poser en catalyseur d'une époque, en étant capable de la représenter autant que de l'entraîner (les fameux échanges Erasmus en Espagne ont connu un succès décuplé après L'Auberge espagnole) - on n'hérite pas du statut de réalisateur culte sans cela. On retrouve ici un peu tout ce qui faisait la force de ces films : c'est diverstissant et profond, taquinant le culte et offrant, en guise de friandises, de nombreux moments jubilatoires (dialogues, situations). C'est là tout le charme de l'univers Klapisch.
Mais on a le sentiment que c'est plus adulte ; que  Klapisch a encore plus intégré la fragilité de la vie dans ce film, qui devient d'un coup plus mature que les précédents. Preuve que ce terme n'est pas ici galvaudé :  la séance sur le divan, la menace, ici récurrente, de la disparition irréversible, la présence -jusqu'alors inédite chez Klapisch- des enfants.... En tout cas, après trois ans d'absence, ces 2h10 sont peut être les plus abouties de sa carrière.

“Paris” hymne signé Klapisch

Côté casting, c'est sûr, on retrouve une sacrée équipe, que l'on connaît bien.

Romain Duris est investi d'une mission délicate : réussir à faire oublier des rôles un peu trop collants (Tomasi du Péril jeune, ou Xavier de L'Auberge espagnole. Il s'y efforce. Et il y arrive même assez bien. Peut-être par ce que c'est un grand bosseur, contrairement à ce que l'on pourrait croire (c'est Audiard fils qui le dit, après l'avoir dirigé dans De battre mon coeur s'est arrêté, le premier pas de l'acteur vers la maîtrise de la diversité des rôles). Exemple, avec une anecdote rapportée du tournage, qui montre aussi comment Klapisch n'a pas volé sa réputation de “plus directif de tous les réalisateurs” : Duris a dû apprendre la danse pour le rôle alors que, dans le film, il ne peut justement plus danser... Parfait pour Klapisch, qui voulait justement que son danseur soit frustré de ne plus danser...

Quant à Juliette Binoche, on l'a un peu redécouverte dans ce film. Jouant à merveille cette mère célibataire, assistante sociale vampirisée par son altruisme, tour à tour lasse et ridée, ou resplendissante et coquine, elle incarne à merveille cette soeur en pleine rennaissance.
On retrouve avec un immense plaisir Karin Viard (tout simplement géniale et hilarante dans le petit rôle de la boulangère raciste qui s'émerveille des qualités de sa nouvelle employée beurette) et Mélanie Laurent (César du meilleur espoir féminin, pas volé) si salope qu'on espère juste que cette beauté pénétrante joue juste très bien son rôle... Quant à Dupontel il ne cesse de nous plaire en acteur...

“Paris” hymne signé Klapisch


Côté musique, on ne va pas non se priver  de souligner la qualité de la BO. C'est si bon, une bonne BO. On se souvient des morceaux habilement choisis pour illustrer les  moments-clés de ses autres films. Il y avait eu les titres cultes des  années 60-70 dans le Péril jeune, il y avait eu le génial Herbert dans Peut-être (autre excellente BO, très recommandable), les Daft Punk dans L'Auberge espagnole, et maintenant voilà que Klapisch nous dégaine un Wax Taylor... Merci ! Déjà que les titres en soi sont excellents, mais là ils valorisent des séquences déjà fortes, augmentant une émotion déjà palpable. Témoignant de goûts musicaux déjà respectables, ces choix de morceaux apportent tout simplement une énorme plus value au film.


On ne peut s'empêcher de finir cette enthousiaste critique en jouant un peu avec le titre Paris. Il faut dire que les titres de Klapisch nous ont toujours amusés tant ils étaient des sources d'ambiguïtés verbales assez géniales  : Le Péril jeune pour un film où tout le monde se retrouve devant son poste pour voir Mao mourir (fin du péril jaune ?) ; Peut-être qui racontait l'histoire d'un enfant qui “pouvait être” ; un Air de famille qui ne montrait finalement qu'un nerf de famille... Sans oublier L'Auberge espagnole, au sens propre comme au sens figuré... Alors ici, de quel(s) Paris s'agit-il  ? Celui d'une greffe  du coeur qui ne marchera pas, celui de la vie qui vaut la peine d'être vécue ou celui de la capitale  française ? Sûrement les trois à la fois, et bien plus encore...
Il y aura les critiques d'insensibles pour juger que ce film s'éparpille, que Klapisch n'est bon que lorsqu'il n'a pas de budget (peut-être pas faux... jusque celui-là), que Klapisch ne fait qu'adapter la créativité américaine dans des films pour bobos parisiens (pas faux non plus, mais cela n'empêche pas la pertinence, et puis ce film n'est pas taillé pour les bobos, au contraire), que cela ressemble trop à du Lelouch (oui, mais en plus actuel, plus juste et plus émouvant). Tant pis pour eux, s'ils boudent leur plaisir et qu'ils passent à côté du souffle vital, rare et enthousiasmant, de ce film. Qui se priverait d'un tel hymne à la vie ?

note sur 10 :09

Pourquoi y aller ?

Pour aimer la vie, ses bons côtés ET ses mauvais côtés. Pour vibrer, pour s'amuser, pour frissonner, pour s'émouvoir. Rien que ça ! Pour redécouvrir Juliette Binoche. Pour la BO. Pour voir un bon film français...

Ce qui peut freiner ?

C'est du cinéma français et -pire- cela peut faire penser à du Lelouch...


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