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[Critique] Melancholia

Par Kub3

Charlotte Gainsbourg, Kirsten Dunst, la fin du monde, de la musique classique, un prix à Cannes et une petite polémique : il y a tout ce qu’il faut dans Melancholia pour attirer les foules. Heureusement, ce qui gravite autour du film n’est pas capable de nuire à la véritable expérience que Lars von Trier propose.

[Critique] Melancholia

Kirsten Dunst glisse sur l’eau, Charlotte Gainsbourg portant un enfant marche péniblement sur un green et la Terre est percutée par une planète géante nommée Melancholia. Voilà résumées les cinq premières minutes du film qui, portées par Wagner, mettent tout de suite dans le bain. On avait déjà vu dans Antichrist, le précédent film du réalisateur danois, cet esthétisme tout préparé qui cite ou rappelle (au choix) Tarkovski et Millais.

Le reste du film, les deux grosses heures suivantes, est finalement très classique en apparence malgré une photographie sensationnelle : Kirsten Dunst se marie et sa vie – ou plutôt la Vie – l’emmerde. Tout ce qui bouge autour d’elle, tous ces corps (célestes) qui gravitent, qui s’approchent ou qui s’éloignent, l’intéressent finalement assez peu. L’actrice est hallucinante, les yeux toujours ouverts mais vides. La seconde partie, plus centrée sur sa sœur jouée par une Charlotte Gainsbourg parfaite, nous la montrera les yeux clos et sans doute encore meilleure. Les autres acteurs, habitués de Von Trier (comme Udo Kier ou Stellan Skarsgård) ou les petits nouveaux (comme Brady Corbet déjà vu chez Araki) sont impeccables.

Il faut avouer que Lars von Trier n’a plus rien à prouver. Son cinéma est adoré ou détesté, sa mise en scène plaira ou ne plaira pas mais son propos, à chaque film renouvelé et enrichi, trouvera sans doute un écho chez le public. Après être passé pour un misogyne de première classe avec Antichrist (même si c’était tout le contraire qu’il fallait comprendre), il répète ici encore son amour pour les femmes et leur sensibilité, qu’elles soient à fleur de peau ou – en apparence – solides.

Les thèmes que le réalisateur brasse dans Melancholia sont nombreux : la bourgeoise qui s’effondre, la société qui s’effrite, les relations qui se brisent… Sa thématique de fin du monde est avant tout un moyen de décrire le malaise ressenti par les personnages. Au centre de tout : Kirsten Dunst. La planète Melancholia n’est qu’une vue de l’esprit, un fantasme et ce n’est pas réellement à ça que le titre fait allusion mais à la mélancolie destructrice qui habite le personnage. Destructrice car en plus de piétiner les rituels épuisants (mariage, travail, famille, etc.), elle va jusqu’à déformer la narration : le cœur même du film devient un trou noir où personnages, intrigues et objectifs disparaissent corps et âmes.

Il y a dans Melancholia bien plus que prévu : loin du film brûlot à la Festen (de son ami Thomas Vinterberg) ou critique d’une société en perte de repères, le nouveau Lars von Trier est une œuvre majeure sur ces humains égoïstes et sur ces planètes d’émotions qui nous percutent.

[Critique] Melancholia
Sortie le 10 août 2011

Photo : © Films du Losange


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