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Vomit

Publié le 16 août 2011 par Bertrand Gillet

Girls band, sans femme mais avec flamme.

Vomit
Si l’album représente le graal absolu pour tout rock critique, comme ce fut le cas pour Blonde on Blonde, Sgt Pepper’s ou Electric Ladyland, le single n’en constitue pas moins un objet des plus fascinants, une première approche aussi passionnante que frustrante. Lorsqu’une chanson s’immisce dans les recoins obscurs de votre mémoire, ne la quittant plus quelle que soit l’heure de la journée y compris dans les instants les plus reculés du sommeil, on peut largement présumer des qualités futures de l’album qui abritera le joyau en question. L’attente sera alors insupportable, on guettera ainsi les moindres signaux du web, les liens possibles qui vous ouvrent les portes d’un disque bien avant qu’il n’arrive dans les bacs ou les rédactions. Alors que la torpeur du mois d’août s’était emparée de Paris, impression tenant plus à la platitude de l’actualité rock qu’aux températures en dessous de tout, un curieux titre arriva un jour à mes oreilles. Je dis curieux car à la première lecture, on aurait pu songer à l’une de ces chansons à boire que l’on entonne les soirs de bacchanales entre amis. Vomit. Un nom bien disgracieux. Grumeleux même. Un mot sentant le bitume des petits matins ivres. Un mot de teenagers inconscients. Un mot pas vraiment beau mais une sacrée putain de chanson signée Girls. Ce duo de San Francisco s’apprête à livrer son deuxième opus, Father, Son, Holy Ghost. Il nous faudra patienter un bon mois avant de l’écouter dans son ensemble. Mais avant cela, le premier single. Etincelant. Brut. Comme un diamant à peine taillé par les riffs de guitare fuzz et les bourdons d’orgue hammond. Dès les premières secondes, un son ample, presque live. La voix chevrotante de Christopher Owens perçant les canevas électriques d’un timbre aussi mélancolique qu’un cowboy seul devant l’immensité du désert rougeoyant dans les feux du crépuscule. Plaisir de ressentir au plus profond cet étonnant contraste entre la délicatesse du chant et la puissante déflagration de la guitare. Les paroles se répètent comme autant de mantras obsédants : « Looking for you baby ». Le single long de 6 minutes et 24 secondes sied à merveille au propos et le groupe fait preuve en la matière d’un réel savoir-faire.
Vomit
Car c’est cette tension rock que l’on sent monter, un peu à la façon d’un autre groupe situé plus haut, au Canada, je veux parler des lysergiques Besnard Lakes. Et là, ô joie, à la quatrième minute et la neuvième seconde, un pont dont la mélodie sonne pop, vous libère de cette dramaturgie branchée sur amplis, un pont trop loin, non, un pont qui illumine la chanson par un subtil retour à l’acoustique auréolé d’orgue chatoyant et de chœurs nimbés comme la brume accrochée au Golden Gate et qui, sur la fin, virent carrément au gospel mirifique. La grosse claque émotionnelle qui n’est pas sans rappeler le final magistral de Great Gig In The Sky des Pink Floyd extrait du parfait Dark Side Of The Moon. C’est ce savant mélange des genres qui confère aux deux chansons, à quelques trente neuf ans d’intervalle, cet écho ( ?), cette autorité qui s’imposera tant sur le net que dans les salons précieux et les chambres hirsutes du monde entier. On l’espère en tout cas. Great Gig nous avait impressionné par son habileté à fondre les influences afro américaines dans un rock blanc et planant (et surtout brit’). D’autant plus que Clare Torry, la choriste, n’était pas vraiment noire. Sentiment identique en écoutant Vomit. Ok, nos rockeurs sont des amérloques pur jus. Et pourtant. On se sent glisser comme lors de ce grand concert dans le ciel où la clarté du son bâtit tout autour de notre corps chutant dans l’espace, une cathédrale de verre, un satellite de l’amour. Chez Girls, après les tourments des premières minutes, le glissement se fait salvateur, limpide ; logique, on y parle d’amour. L’amour c’est toujours beau, ça sauve tout. Le problème du single au regard de l’album c’est qu’on l’écoute en boucle en attendant la future sortie. Father, Son, Holy Ghost est prévu pour le 12 septembre. Le temps va être aussi long que ce foutu single béni des dieux du rock. Allez, je m’y recolle ! Salut. 

Vomit, le clip ici :

http://www.youtube.com/watch?v=ze6rg4ixjOI&ob=av2n

Great Gig In The Sky de Pink Floyd, là :

http://www.youtube.com/watch?v=lBabMxnFQsQ



16-08-2011 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 1293 fois | Public
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