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Retour vers le futur

Publié le 16 août 2011 par Legraoully @legraoully
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Retour vers le futur

Par certains aspects, la deuxième décennie du XXIème siècle a un arrière-goût des pires ingrédients des années 80. L’éclatante vulgarité des porteurs de Rolex, mêlée au cynisme en béton armé des marchands de télé-réalité, rappelle au triste souvenir des synthétiseurs kitsch , du cheveu laqué et péroxydé, quand Bernard Tapie était le maître-étalon de la réussite sociale et Patrick Sabatier le gendre idéal. Mais à y regarder de plus près, c’est bel et bien avec les années 30 que le mimétisme commence à être le plus frappant, et en moins de temps qu’il n’en faut à Standard & Poor’s pour dégrader tout ce qui reste à dégrader en Grèce, des rémanences bien plus tristes que le brushing de George Michael risquent de remonter à la surface.

En France, on n’a pas eu à attendre que les agences de notation lancent leur offensive contre tout ce qui échappe à la sphère financière: le petit avatar de Napoléon a retenu les leçons de la campagne de Russie et pratique la politique de la terre brûlée, en vidant de leur substance les services publics de l’Education, de l’Emploi et de la Santé, en criminalisant la pauvreté et en stigmatisant des pans entiers de la population. Le travail étant ainsi prémâché, notre valeureux stratège détourne l’attention des rapaces de la spéculation et prémunit le pays contre l’humiliation d’être réduit à la mendicité comme ces pays méditerranéens et miséreux qui n’ont pas la chance d’avoir un Président qui a lu Jean Jaurès et Guy Moquet.

Cependant, la perfide Albion risque encore de nous damer le pion dans la course à la modernité. Dans les années 70 et 80, Margaret Thatcher avait déjà tenté de mettre le Royaume-Uni à l’abri des convoitises en sabordant à la tronçonneuse le droit social du pays qui a inventé le Habeas Corpus, le luddisme, et le Factory Act qui le premier a reglementé le travail. En pensant qu’un travailleur pauvre est moins occupé à réfléchir à sa condition qu’un pauvre désoeuvré, elle croyait gagner la paix sociale. Seulement depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le Tower Bridge.

A la faveur d’une émeute partie de Tottenham, plusieurs quartiers des grandes villes anglaises se sont embrasés, et ont décidé d’appliquer la méthode de Miss Maggie aux vitrines des magasins alentour. Jaloux de cette atteinte à la propriété intellectuelle, et un peu géné de ne plus pouvoir cacher ses pauvres sous le tapis, le Prime Minister David Cameron décide donc de sortir l’artillerie lourde: déploiement policier massif, appel à la délation, fichage et fermeture des réseaux sociaux, durcissement des critères d’attribution d’aides sociales aux familles de délinquants même en l’absence de condamnation, « guerre totale » contre les gangs, et « lutte contre l’effondrement moral » qui frappe le Royaume, tant il est vrai qu’à force d’être assistés, les pauvres perdent toute dignité et rechignent à gagner leur pain à la sueur de leur front, à plus forte raison quand ils viennent de pays moins civilisés que la glorieuse Brittania.

Avant que ces nauséabonds relents des années 30 ne traversent la Manche et ne trouvent une oreille attentive à la Cour de Notre Majesté, nous enjoignons donc tous les nostalgiques des années 80 à retrouver Marty Mc Fly afin qu’à l’aide de sa DeLorean, il ramène manu militari Sir David Cameron au XXIème siècle.


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