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Mes grands classiques de la BD (5) : Tif et Tondu

Publié le 19 août 2011 par Litterature_blog
Mes grands classiques de la BD (5) : Tif et TonduTif et Tondu sont nés avec le magazine Spirou. Ces personnages créés par Fernand Dineur figuraient en effet au sommaire du premier numéro du 21 avril 1938. Dineur, ancien commissaire de police au Congo belge, s’est lancé dans la BD en rentrant au pays. Problème, si son dessin proche de l’amateurisme et ses scénarios indigents pouvaient passer dans les débuts du journal, au fil des ans et avec la montée en puissance de Franquin, Morris ou Charlier, la médiocrité de son travail est apparue trop criante. Mais l’éditeur Charles Dupuis, tenant coute que coute à maintenir au sommaire cette série historique, propose au jeune Willy Maltaite d’en reprendre le graphisme. Dans un premier temps, Dineur continue d’assurer le scénario mais après cinq tomes il est définitivement débarqué en 1952.
Le vrai décollage de la série se fera avec l’arrivée de Maurice Rosy. Celui-ci, dès son premier album, Tif et Tondu contre la Main Blanche (1955), imagine la figure du méchant qui deviendra l’éternel ennemi des deux héros : Monsieur Choc. Jusqu’alors, la série se contentait de narrer les aventures rocambolesques de Tif (le chauve) et Tondu (le barbu) à travers le monde. Des intrigues décousues dont le seul but était d’offrir au lecteur son lot de péripéties, de facéties et de rebondissements. Avec Monsieur Choc, Rosy crée un personnage fascinant. S’inspirant du Fantomas de Pierre Souvestre et Marcel Allain qui a marqué sa jeunesse, il fait de Choc la vraie vedette de la série qui éclipsera les deux héros. Choc est un génie du mal. Impeccable dans son habit de soirée, coiffé du heaume médiéval qui dissimule son visage, il fait preuve d’une intelligence brillante et parvient toujours à s’échapper avant d’être démasqué. Loin des truands à la petite semaine, ce malfaiteur œuvrant pour diverses organisations criminelles aime mettre en scène ses forfaits de façon spectaculaire et multiplier les apparitions théâtrales. Les lecteurs adorent ce personnage insaisissable et mystérieux qui contribuera grandement au succès de Tif et Tondu.
En 1958, débauché par le journal de Tintin, grand rival de Spirou, Will abandonne la série. Marcel Denis assure l’intérim sans convaincre le temps de deux aventures avant que Will, revenu chez l’éditeur de ses débuts, renoue avec ses personnages fétiches. Nous sommes en 1964 et la série repart sur les chapeaux de roue avec des titres comme Choc au Louvre ou la matière Verte. 1968 voit l’arrivée de Maurice Tillieux au scénario. Le papa de Gil Jourdan réoriente les intrigues vers le récit policier et donne un nouveau souffle à Tif et Tondu. Excellant dans les dialogues à la Audiard, Tillieux signera en tout dix albums somptueux, parmi lesquels Le Roc Maudit (1970) ou Le retour de la bête (1976). A la mort de Tillieux dans un accident de la route en 1978, c’est son assistant Stephen Desberg qui reprend le flambeau. Il imaginera en tout onze nouvelles aventures jusqu’au début des années 90. De 1990 à 1997, c’est le duo Lapière (scénario) / Sikorski (dessin) qui prend en main le destin des personnages créé par Fernand Dineur. Après la parution du « Mystère de la chambre 43 », et devant la baisse constante des ventes, Dupuis décide de mettre définitivement un terme à l’une des séries majeures de la BD franco-belge.
Tif et Tondu, ont connu une longévité historique (1938-1997). Ces deux héros inséparables auront, en près de 60 ans, élucidé de nombreux mystères au cours d’innombrables aventures à mi-chemin entre enquêtes policières et récits fantastiques. Une série incontournable à redécouvrir dans de somptueuses intégrales publiées depuis 2007 aux éditions Dupuis (16 volumes sont prévus en tout, 10 sont déjà disponibles).
Plus grandes forces de cette série :
  • Le dessin de Will. On ne pense pas forcément à lui lorsque l’on parle de l’âge d’or de la BD franco-belge et pour tant son nom mériterait d’être cité au coté du quatuor magique Peyo-Roba-Franquin-Morris.
  • Le personnage de Choc : ce génie du mal, mélange de Fantomas, Arsène Lupin et Moriarty était d’une folle modernité à une époque où la plupart des méchants en BD restaient toujours très lisses. Nombre de lecteurs de Spirou l’ayant découvert dans les pages du journal se souviennent encore de la fascination et de la peur que ce personnage leur a inspiré.
  • Les albums scénarisés par Tillieux. Avec sa gouaille, il a redonné un nouveau souffle à Tif et Tondu en modernisant sacrément ces héros qui avait dangereusement tendance à se ringardiser avant qu’il ne reprenne leur destin en main.
  • Les derniers tomes de la série pilotés par le duo Sikorski / Lapière. C’est assez rare pour être souligné mais la reprise de Tif et Tondu par ces deux auteurs, purement orientée vers des intrigues policières, tenait franchement bien la route. En général, lorsque des grandes séries sont reprises, cela tourne 9 fois sur 10 au fiasco. Pour Tif et Tondu ce n’a pas été le cas. Une exception qui confirme la règle.
Ce qui m’a le plus agacé :
  • Les deux aventures réalisées par Marcel Denis. Très très moyennes, elles font tâches par rapport au reste de la série. Dupuis ne les a jamais édités en album mais j’ai pu les découvrir grâce à la Vache qui médite, une structure de micro édition qui les a publiés il y a quelques années.
  • La fin de la série : la rentabilité étant aujourd’hui devenue le maître mot chez les grands éditeurs, Dupuis a supprimé cette série historique non pas à cause d’une baisse de qualité mais tout simplement parce que les ventes ne suivaient plus. Compréhensible mais toujours difficile à accepter pour les amoureux de cette série mythique.

Mes grands classiques de la BD (5) : Tif et Tondu

Carte d’identité de la série :
Auteurs : Dineur, Will, Rosy, Denis, Tillieux, Desberg, Lapière, Sikorski
Date de création : 1938
Nombre d'albums : 45 (série terminée)
Éditeur : Dupuis


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