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Banques : votre santé nous intéresse… toujours

Publié le 29 août 2011 par Jblully

Banques : votre santé nous intéresse… toujours - © DX - Fotolia.comLes fortes turbulences qui agitent ces derniers temps le secteur bancaire européen sont un nouvel épisode d’une série de crises dont la gravité semble aller crescendo depuis une vingtaine d’années. S’agit-il d’un simple accès de fièvre conjoncturelle ou le mal est-il plus profond ? Petite rétrospective.

Au début des années 1990, l’éclatement de la bulle immobilière inflige au secteur bancaire français la crise la plus grave depuis la Seconde guerre mondiale, se traduisant par une chute de la rentabilité et du produit net bancaire. Dans un rapport de 1996, intitulé « Banques : votre santé nous intéresse », la commission des finances du Sénat avait pointé les erreurs commises par les banques françaises lesquelles, obnubilées par la recherche de la rentabilité la plus élevée, avaient sous-estimé les risques. L’aveuglement collectif des banques sur le marché du crédit immobilier les avait conduites à se lancer dans une guerre des prix, débouchant dans certains cas sur des ventes à perte.

De même, dans les pays scandinaves, les effets de la crise immobilière sur le secteur bancaire ont été dévastateurs : le montant total des pertes des banques finlandaises, norvégiennes et suédoises en 1991 et 1992, avait atteint entre 4,2 % et 6,7 % du PIB national selon les estimations et le sauvetage du système avait lourdement grevé les finances publiques de ces pays.

En 2007-2008, la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers font gravir un nouveau palier sur l’échelle de Richter des séismes financiers et l’onde de choc systémique manquera d’emporter l’ensemble du système financier international. Pour éviter l’arrêt cardiaque du système, les pouvoirs publics et les banques centrales y ont massivement injecté des liquidités et, la reprise économique aidant, les banques commençaient à retrouver des couleurs.

Aujourd’hui, la crise des dettes souveraines plonge à nouveau le secteur bancaire européen dans la tourmente. Déjà en avril dernier, le rapport semestriel du FMI sur la stabilité financière mondiale avait dressé un bilan de santé des banques européennes particulièrement alarmant : insuffisance des fonds propres, effet de levier encore trop élevé… Malgré les stress tests menés ces derniers mois, la confiance des investisseurs dans les valeurs bancaires est loin d’être regagnée. L’indice du secteur bancaire européen Stoxx 600 a ainsi perdu 32 % depuis le début de l’année. Les rumeurs persistantes sur la fragilité des grandes banques européennes se nourrissent entre autres des inquiétudes sur leur exposition au risque souverain. Selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux (BRI), les établissements européens sont exposés à hauteur de 459 milliards de dollars aux dettes souveraines grecque, italienne et espagnole. C’est dire si la perspective d’un défaut d’un État membre de l’Union européenne assombrit le ciel des banques européennes !

Autre signe de la nervosité bancaire, la défiance qui règne sur le marché interbancaire où les établissements rechignent à se prêter entre eux et préfèrent placer leurs liquidités à la Banque centrale européenne (BCE) même à un taux peu rémunérateur (0,5 %). Les dépôts effectués par les banques de la zone euro auprès de la BCE ont ainsi atteint plus de 145 milliards d’euros le 8 août dernier, soit leur plus haut niveau depuis un an.

Devant tant de signes de fébrilité (chute boursière des valeurs bancaires, défiance interbancaire…) qui se manifestent depuis quelques semaines, doit-on réellement s’inquiéter de l’état de santé des banques européennes et, a fortiori, des banques françaises ? Ces dernières semblent être en meilleure posture si l’on en juge par leurs résultats au 1er semestre 2011 (4,7 Md€ pour BNP Paribas et 1,6 Md€ pour la Société générale). Les banques françaises ont également réussi les stress tests menés récemment par l’Autorité bancaire européenne, ce qui tend à confirmer leur solidité. Néanmoins, ces éléments rassurants ne doivent pas occulter les risques liés à l’exposition des banques françaises à la dette souveraine européenne (140 Md€ pour BNP Paribas et 75 Md€ pour la Société générale). Tant que la crise des dettes souveraines ne trouvera pas d’issue pérenne, les banques européennes et notamment françaises seront sous la menace de cette épée de Damoclès.

Sans vouloir jouer les Cassandre, la survenance d’une nouvelle crise bancaire pourrait être d’une gravité sans commune mesure avec les précédentes car les États n’auront plus les moyens de jouer les secouristes et de recapitaliser les banques souffrantes, vu la situation des finances publiques dans la plupart des pays européens. Prévenir valant toujours mieux que guérir, il est important que les acteurs publics (États, banques centrales, autorités de régulation…) et privés (banques, investisseurs, agences de notation…) ne perdent pas de vue les enjeux de cette crise des dettes souveraines.


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