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Pourquoi les affirmations de Dimitri Casali concernant l'enseignement de l'Histoire ne sont pas sérieuses

Publié le 02 septembre 2011 par Jcgrellety

Des maisons d'édition publient à des milliers d'exemplaires des ouvrages dont le thème, l'Education, en France, son Histoire, ses évolutions, sont "populistes", adressés à des baby-boomers devenus papy-boomers, pour lesquels "c'était mieux avant, "etc. Dans un entretien diffusé par 20 Minutes, reproduit ci-dessous, Dimitri Casali a enchaîné les affirmations infondées, les mensonges, les analyses superficielles. Pour ce genre d'affirmations, il faut bien reconnaître que ce genre de presse met les moyens.Il faut donc REPONDRE.

"Qu’est-ce qui a disparu des programmes d’histoire ces dernières années?

Beaucoup de grands personnages ont été mis à l’écart. Louis XIV a été relégué à la fin du programme de 5ème, classe dans laquelle le nombre de sujets à traiter en histoire est colossal et où il est rare que les professeurs en arrivent au bout. Je pense également à Napoléon, dont on étudie le Code civil mais surtout pas les guerres qu’il a menées. D’autres, comme Clovis, Charles Martel, ou encore Saint-Louis, ont tout bonnement disparu. C’est ridicule parce que ce qui fait l’histoire, ce sont d’abord les hommes."

Les "grands personnages" sont-ils à l'écart ? Celui ou celle qui soutient cela, connait-il les programmes, y compris dès la primaire ? Il est facile d'avoir sous les yeux des textes remis aux jeunes enfants dans lesquels le professeur d'Histoire est contraint de faire un éloge disproportionné de Napoléon (qui aurait accompli la Révolution !). Le cas Louis XIV défendu par le réactionnaire médiatique Brunet est comico-tragique. Là encore, Casali regrette que le roi-Soleil fasse l'objet d'un droit d'inventaire républicain dans lequel chacun est bien obligé de constater qu'il fut un mauvais roi, notamment par son Code noir, mais également pour toute la noblesse, par le choix de construire Versailles, qui a éloigné loin des yeux et loin du coeur du peuple le roi, avec les conséquences que l'on connait pour la royauté en 1789. Charles Martel n'a jamais fait l'objet de grands développements dans les cours d'Histoire pour les jeunes citoyens. Quant à Saint-Louis, il était souvent réduit à sa "légende", mais il y eut tant de rois et de reines, certains trop connus malgré la maigreur de leur "bilan", et d'autres méconnus alors qu'ils ont pu faire évoluer le territoire, prendre des décisions durables. Mais comment raconter sérieusement 1000 ans d'Histoire ? L'immense majorité des jeunes ne sait pas que la langue française a été officiellement adoptée par François 1er.

Pourquoi ces personnages plus que d’autres?

Parce qu’en France, il est de bon ton de raboter ce qui est trop grand, d’être politiquement correct. Louis XIV était trop puissant, Versailles était trop riche. Ajoutez à cela que certains lobbies, Antillais, entre autres, ont fait l’amalgame entre le code noir, l’esclavagisme et ce roi. Alors que c’est totalement anachronique, qu’il faut remettre les choses dans leur contexte. Pour ce qui est du cas de Clovis, qui a quand même donné son nom à la France, il y a deux grandes raisons. D’abord, il fait partie de l’histoire lointaine et puis il est le fondateur de la chrétienté. Dans le contexte politique et sociétal actuel, c’est très mal vu.

Faut-il rappeler à M. Casali que chaque professeur d'Histoire est professeur d'Histoire, de et par la République Française, en tant que citoyen de ? Pourquoi faudrait-il enjoliver les personnalités, les actes et leurs conséquences, de ces rois, comme Louis XIV, en allant à l'encontre même des faits historiques ? Oui, Louis XIV est responsable du Code Noir, comme la révocation de l'édit de Nantes. Lire que l'établissement par l'autorité suprême du droit et du devoir d'esclavage par et pour les riches aristocrates colons est anachronique est une faute d'expression, puisque c'est un fait propre à l'Histoire du pouvoir de Louis XIV, mais aussi une relativisation inacceptable, tant cette décision a été tragique, répétée d'ailleurs par le rétablissement de l'esclavage par ce fameux Napoléon dont Casali veut nous obliger à la connaissance-adulation. Quant au cas Clovis, il faut l'apprendre à M. Casali : il n'a pas fondé "la" France, mais seulement le tout petit royaume d'Ile de France, et entre cette fondation de la France par un Germain, et la France d'aujourd'hui, il y a eu en effet une construction, des sauts quantitatifs et qualitatifs.

Par quoi les a-t-on remplacés?

La place a été faite pour introduire l’étude d’autres civilisations, comme la celle de l’Afrique ou de l’Asie. On enseigne d’autres cultures à des enfants de 10/11 ans, qui n’ont souvent jamais fait d’histoire au primaire et qui savent à peine situer la France sur une carte. Le but du gouvernement est de montrer qu’il fait un effort d’intégration. Pour moi, c’est faire fausse route. La France a toujours été un pays qui a intégré dans son histoire des populations étrangères. Cette discipline est dorénavant racontée par thématiques, ce qui crée une répulsion chez les jeunes. Hérodote écrivait que l’histoire, c’est avant tout raconter des histoires. Au lieu de raconter les combats pendant une guerre, maintenant on enseigne le rôle des femmes pendant cette même guerre, par exemple.

Ah, les Autres - l'enfer ! Vous vous rendez compte : sur cette planète, il n'y a que 65 millions de Français et des milliards d'étrangers, pour reprendre la célèbre formule de Coluche. M. Casali défend une Histoire NATIONALISTE. La France d'abord, la France surtout, la France seulement. Vous vous rendez compte : passer du temps à découvrir les civilisations d'Afrique et d'Asie ! Et quant aux guerres, il faut apprendre le rôle des femmes alors que nous pourrions nous extasier sur la geste héroïque ! Mais oui M. Casali, les hommes ont fait et se sont fait assez de mal pendant les guerres et les batailles pour qu'un professeur d'Histoire ait l'ambition d'être complet sur un sujet, en parlant de "l'économie de guerre".

Quelle image de l’histoire française cherche-t-on à transmettre?

En France, on enseigne une histoire culpabilisante. On doit se repentir. Par exemple, pour ce qui est du traitement de la Seconde Guerre mondiale, les manuels sont composés de pages et de pages entières sur Vichy, Pétain et la collaboration. Evidement qu’il faut enseigner ce volet aux jeunes. Mais quand on voit que le débarquement des Alliés est traité en un seul paragraphe, alors que c’est quand même ce qui nous a libérés, je trouve ça ahurissant.

M. Casali confirme : il veut une Histoire NATIONALISTE. Apprendre aux jeunes citoyens que "la France" en tant qu'entité totale unifiée n'a jamais existé, qu'il y a eu de prétendus patriotes qui ont travaillé à la trahir notamment au cours de la Seconde Guerre Mondiale (en leur rappelant que ces traîtres ont soutenu à travers le nazisme un projet de destruction de la France, en cas de victoire nazie, et que les Français auraient pris la direction des camps d'extermination après les Juifs, les Tziganes, les homosexuels, les handicapés mentaux) n'est pas une option idéologique, mais un devoir DE VERITE. Il y a les manuels, il y a les cours : un professeur peut compléter ce que propose un manuel par des connaissances sur ce débarquement si important. Ce n'est sans doute pas un hasard si M. Casali cite le débarquement. Car ce débarquement réussi le 6 juin 1944 n'aurait pu l'être sans la victoire soviétique à Stalingrad et les succès de l'armée rouge (avec ses terribles pertes). Et Stalingrad M. Casali ? !

Est-ce la même chose dans les autres pays européens?

Pas du tout! En Espagne, en Allemagne et en Italie, le nombre d’heures consacrées à l’étude de l’histoire est beaucoup plus important. Ce qui est amusant, c’est que l’histoire de France fascine ces pays. Par exemple, il n’y a pas eu en France d’exposition sur Napoléon depuis 1969, alors qu’il y en a régulièrement dans les autres pays. En Allemagne, l’an dernier, il y en a eu une à Bonn qui a attiré près  de 150.000 visiteurs. Seuls les étrangers semblent pouvoir avoir un regard apaisé sur notre histoire.

En effet, les autres portent un regard différent sur nous que nous-même, c'est inévitable ! Pour bien des Européens, Napoléon a exporté le droit français, en brisant, même provisoirement, l'esclavagisme aristocratique. Mais pour nous, il a été le fossoyeur de la Révolution, et a conduit la France à une catastrophe : des milliers de morts de la Grande Armée, et surtout la Restauration, c'est-à-dire la négation de la Révolution ! Une chose est certaine : des regards croisés permettent d'élaborer une conscience de ce qui fut et de ce qui nous constitue d'une manière plus précise et nuancée. Mais ce n'est pas ce que propose M. Casali.


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