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Relire un manuscrit.

Publié le 08 septembre 2011 par Orlandoderudder

On raconte -j'gnore si c'est vrai mais en tout cas c'est juste- qu'on a corrigé jadis la ponctuation de Proust.Avant de s'apercevoir de sa fonction rythmique qui, dit-on toujours, suivait le rythme de son souffle d'asthmatique et causait ainsi une poétique particulière. Ce qui m'évoque ma grand mère, Germaine Tailleferre, travaillant avec Paul Valéry et notant le rythme de sa voix pour mettre en musique la Cantate du Narcisse... Bien sûr l'ombre de Flaubert plane sur ce qui suit!

La plus mauvaise manière de relire un roman,un poème et, finalement, tout texte est la manière "pro": laissez le correcteur appliquer la loi. La rigueur des codes typographiques est du mécanique plaqué sur du vivant qui ne fait pas rire. Et c'est un travail de spécialiste.

Or, corriger un texte,le rendre beau, efficace, horrible, séduisant, effrayant, sublime, repoussant,parfumé, dégueulasse, amougneunant vrai, puant, sympa, gluant selon son désir et "l'horizon d'attente" du lecteur c'est bien autre chose. Pour le bien élaborer, il faut le lire intégralement à haute voix! Là, rien ne passe et les F.B.I (fausses bonnes idées) les joliesses cucul,les "petites musiques" gnagnan apparaissent crûment.

Fastidieux? Non: rigolo! Ca prend une après-midi ou deux si on veut ne pas trop se fatiguer, ce qui est nécessaire: on 'est pas des boeufs ni des sportifs! Ou une heure par jour pendant moins d'une semaine. On peut le faire seul! Voire s'enregistrer put écouter, comprendre, construire, bâtir le texte...

Mais le mieux, c'est à plusiseurs, deux, trois ou quatre, avec du thé, des petits gâteaux, de la bière ou un coup de rouge, selon les goûts de chacun. On se relaie pour lire, on reprend dès que le lecteur précédent s'essoufle. Ca va tout seul:on commente, on se marre. Du vrai labeur,pas du travail! De 'louvrage, pas du boulot!

Parfois, il reste des passages litigieux, avec des rythmes qu'on ne sait pas trop apprécier... Alors,on les répète en prenant des accents grotesques: si ça tient, c'est bon.

D'autres passages peuvent être lus comme on psalmodie la messe ou d'une façon très compassée. On peut imiter de Funès ou De Gaulle. Cette dérision devient humour, parfois mélancolique au sens costaud, donc efficace, pratique. Comme l'art lui-même, ce poing dans la gueule des moindres et groins! Cette lecture libidinale permet d'assurer la validité,la densité de l'écriture: Si ça ne passe pas, c'est mauvais.

Non et non! L'art n'est pas un travail,mais une besogne,un ouvrage,un labeur. LE travail détruit. Le labeur, la besogne, l'ouvrage, l'oeuvre fondent,bâtissent sont la vie. Ce sont des guerres à la mort. Il importe de se respecter et de montrer que l'on a choisi sa vie. ou un moment de sa vie. Ou qu'on a refusé une façon de vivre plus courante. Même si ça se paie cher. Ce qui est le propre de l'élite. De ceux qui refusent d'être agis. Et ce qui fait que les artistes,les intellos sont détestés des besogneux. Des soumis.

L'artiste est bien plus proche du cultivateur: il prend des risques... Poète et paysan, la soupe est bonne et vive la vie! ET Von Suppe nous l'a écrit!

La lecture, donc, la relecture d'un manuscrit se doit d'être aussi agréable qu'un divertissement, comme tout travail d'art. Ca peut fatiguer comme un sport,mais c'est plus noble,moins vil: Le désir de performance tue l'appel de la perfection, disait mon père.

l'art va au fond des choses ... C'est pour ça que le bourgeois l'achète: ça le dispense de s'y risquer. L'art se pratique parfois sans rigoler,mais en riant. En riant dur comme un vrai dieu! Sauf que dieu est perte de temps.

Rire... avec le drame sous-jacent, parfois, qui fait qu'on peut mourir d'écrire, de peindre, de composer comme on peut mourir d'amour! Ce rire est aussi celui du Grand Pan dans la forêt panique...

Ainsi la relecture,la correction deviennent-elles une création, une re-création, une récréation. Et c'est souvent pendant la récré qu'on se fait casser la gueule... On se marre.. et puis... Zutre et foutre,saperlotte de tsoin-tsoin: cette phrase claudique et balance mal, faudrait rapetasser,ou meux, refaire... Mais je fatigue, allez, un petit coup pour la route et on y va! Alors là, on s'escagasse le ciboulot! Faut assurer... S'acharner, corriger, couper, abattre; Y a de l'amour et du cerveau: la vie.

Ecrire est un acte d'amour, disait Cocteau! Une grâce déclara Mansfield! Un sacerdoce, parfois,un enfer, souvent. Une allégresse. Et c'est parole humaine! Topons-là, c'est dit! Ecrire est un engagement,un contrat, une vérité sérieuse comme un serment fatal: croix de bois, Croix de fer, si je mens je pisse par terre!

Lisez-donc à haute voix poèmes, romans, nouvelles, mordez les mots avant de les sucer comme des caramels vitaminés! Et là, terriblement présentes, surgissent les visions!

Youpi! Que ma joie demeure. En pleine gueule!


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