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Poezibao a reçu n° 184, dimanche 11 septembre 2011

Par Florence Trocmé

Cette rubrique suit l'actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao. Il ne s'agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel aux informations fournies par les éditeurs.
Devant l'afflux de livres, Poezibao n'est plus en mesure de présenter chaque livre reçu de façon détaillée. Tous les livres reçus seront donc cités mais une partie seulement d'entre eux fait l'objet d'une présentation plus complète, accessible en cliquant sur " lire la suite de... "
L'évènement :
*Marina Tsvetaeva, le Cahier Rouge, Éditions des Syrtes
*Thomas Traherne, Les Centuries, Arfuyen
*Christophe Manon, Testament (d'après François Villonà, Laureli Leo Scheer
*Hubert Haddad, Errabunda, éolienne
*Françoise Hàn, Le double remonte du puits, précédé de Lettre à Brigitte Gyr, Jacques Brémond
*Guilhem Fabre, L'Empire de l'invisible
*Marc Dugardin et Alexandre Valassidis, D'écluse en écorce, L'Herbe qui tremble
*Françoise Ascal, Un rêve de verticalité, Apogée
Sur ces huit livres, plus de détails en cliquant sur " lire la suite... "

et aussi :
*Philippe Mathy, Barque à Rome, L'Herbe qui tremble (sur le site de l'éditeur)
*Yves Jouan, Dieu existe, Ficelle
*Adonis Brunet et Fabien Tellier, Conversation poétique, Médiathèque de Romorantin
*Eric Dubois, Mais qui lira le dernier poème, Publie.net, 52 p., 2,99 € ( sur le site de l'éditeur)
et les revues :
* Europe, n° 988/989 (Marx, André Benedetto), le sommaire
* Décharge n° 151, site de la revue
* Cahiers de l'association des Amis de Milosz n° 50 ( site de l'éditeur)

* Marina Tsvetaeva, le Cahier Rouge, traduit du russe et annoté par Caroline Bérenger et Véronique Lossky, 448 p., 23 €, Éditions des Syrtes, 2011.
Le Cahier rouge : un simple cahier d'écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris, en 1932-1933. Il aurait dû disparaître étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l'époque, mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. Un cahier inédit où l'on peut lire à livre ouvert le déroulement de sa création poétique. Où l'on observe le poète à sa table de travail écrivant, cherchant et trouvant, tantôt sous le coup de l'inspiration, tantôt dans une endurante patience, le verbe poétique ; où l'on découvre l'écriture en français d'un poète russe qui aurait pu devenir poète français. Un cahier célébrant deux géants de la poésie, Pasternak et Maïakovski, les amours féminines, les passions charnelles, le bonheur du conte et de l'enfance perdue, tous les démons et les délices de l'imagination. Une histoire de la création sur un fond idéologique et politique qui déchira le siècle. Une époque terrible, où il est question de survie, où le crime totalitaire est irrémédiable, qui voit la fin de toute espérance, la disparition de la génération des poètes de l'Âge d'argent, la mort de la poésie. Tout cela nous l'éprouvons en feuilletant le cahier, car ce livre comprend aussi l'intégralité du manuscrit autographe. Nous tournons chaque page une à une, suivons chaque phrase ligne à ligne, pour entrer dans le laboratoire de l'écrivain et dans la matière de son écriture. C'est ce Cahier rouge, braise incandescente, que nous offrons au lecteur, pour qu'il en saisisse la force inaltérable et qu'il se souvienne de cette merveilleuse énergie de création : celle d'un poète majeur de l'avant-garde russe du début du XXe siècle, Marina Tsvetaeva. ( site de l'éditeur)
* Thomas Traherne, Les Centuries, traduit de l'anglais et présenté par Magali Jullien. Préface de Jean Mambrino. Collection Ombre n°8, 276 pages, Arfuyen, 2011, 17 €
À la différence d'un John Donne, largement célébré de son vivant, l'œuvre de Thomas Traherne (1637 - 1674) est restée très longtemps inconnue.Pourtant il est peut-être le plus grand des poètes métaphysiques anglais.
Dans sa préface à l'Anthologie bilingue de la poésie anglaise de la Pléiade, Bernard Brugière présente ainsi ce mouvement : " Aux côtés de Donne, figure dominante du groupe, il faut citer les noms de quatre grands poètes religieux : George Herbert, Richard Crashaw, Henry Vaughan, Thomas Traherne [...] On trouve à la fois chez Traherne un mysticisme hédoniste et un panthéisme radieux [...] Dans l'illumination de l'Innocence (originelle ou retrouvée), l'antique lumière de l'Éden baigne le monde actuel et l'âme du poète. Le Paradis est ici et maintenant, nullement un rêve lointain. [...] Traherne rejoint Nicolas de Cuse lorsqu'il célèbre l'inclusion du macrocosme dans le microcosme (ou leur identité), mais il fait pressentir de même l'idéalisme magique, l'intériorité infinie de Novalis, l'''innocence'' de Blake, la gloire de l'enfance auréolée de la vie antérieure telle que nous la dépeint Wordsworth "
L'œuvre de Traherne est encore quasiment inconnue en France. Le seul volume traduit est dû au philosophe Jean Wahl. Il s'agit des Poems of Felicity traduits sous le titre Poèmes de la félicité, aux Éditions du Seuil (1951, 144 pages). Les Centuries of Meditation sont le chef d'œuvre de Traherne. Elles comprennent quatre Centuries de cent méditations plus la dernière qui n'en contient que dix. Traherne est mort à l'âge de trente-sept ans et il est vraisemblable que les Centuries aient été écrites entre à la toute fin de sa vie.
Dans les Centuries plus encore que dans ses textes précédents, Traherne vise avant tout la simplicité, une transparence et une immédiateté qui puisse s'approcher de la " Vérité Nue ". Son écriture rappelle Angelus Silesius par la fulgurance de l'aphorisme, Jean de Ruysbroeck par l'assurance tranquille de l'affirmation et Maître Eckhart par la profondeur de l'expérience et le style imagé.
Dès la première phrase est affirmée une autorité fondée sur une réelle et profonde humilité : " Un Livre Vierge est comme l'Âme d'un Nouveau-né dans laquelle on peut tout Écrire. Elle est Réceptive à tout mais ne contient Rien. J'ai un Esprit pour le remplir de Précieuses Merveilles. Et puisque l'Amour vous a conduit à me le mettre en Mains, je le remplirai de ces Vérités que vous Aimez sans les Connaître et de ces Choses qui, s'il est Possible, témoigneront de mon Amour " (I, 1).
Les passages les plus saisissants sont ceux où Traherne évoque la vision extatique de son enfance au beau milieu du pays de Galles verdoyant : " Tout apparaissait Neuf et Étrange au début, ineffablement rare, et Délicieux, et Beau. J'étais un petit Étranger et à mon Entrée dans le Monde j'étais Salué et Entouré de Joies innombrables. Ma Connaissance était Divine " (I, 5). ( sur le site de l'éditeur) où l'on peut lire aussi une note biographique sur Thomas Traherne)
* Christophe Manon, Testament (d'après François Villon), Laureli Leo Scheer, 2011, 16 €
Après François Villon, un poète trentenaire rédige son testament ; l'occasion de régler savoureusement ses comptes et de dresser le portrait d'une génération. François Villon est considéré par le Romantisme comme le précurseur des poètes maudits. Reprenant cette figure tutélaire, s'inscrivant dans ses pas, Christophe Manon créer un " memento mori " des temps modernes : Un poète se meurt. Il fait le bilan de sa vie de débauche (femmes, alcool...) et fait des legs à ses amis, d'objets emblématiques de son existence. L'occasion aussi de régler ses comptes avec ses faux amis...
Cela lui permet de constituer une sorte d'autofiction en portrait chinois : on ne sait plus vraiment ce qui appartient à la vie de Villon et à celle de Manon - une manière très subtile de réinventer le genre. La forme en vers libres est entêtante et permet d'outrer les postures. Christophe Manon crée une langue très simple à lire quoique versifiée.
Enfin, c'est également un portrait d'époque, un roman en vers générationnel, avec les doutes des trentenaires, leurs errances, leurs joies, et une caricature (pas méchante mais très bien tournée) des artistes de tous poils
* Hubert Haddad, Errabunda ou les Proses de la nuit, éolienne, 2011, 64 p. 13 €
Se souvient-on de Moesta et Errabunda, l'un des derniers poèmes de " Spleen et idéal " ? Triste et Vagabonde est l'âme, " plus loin que l'Inde et que la Chine ". Dans la mémoire de Baudelaire, Hubert Haddad a écrit ces proses de la nuit, nées d'états subliminaux, au cœur de l'insomnie. Autobiographie allégorique où sont invoquées les figures disparues d'une femme aimée, d'un frère, de l'ami toujours proche. Cet exercice de reviviscence suit le pas d'Errabunda, dans les territoires orphiques où se sont aventurés, en éclaireurs nocturnes, Gérard de Nerval ou René Daumal. Dans leurs brisées, Hubert Haddad tire de la nuit ces proses vagabondes.
* Françoise Hàn, Le double remonte du puits, précédé de Lettre à Brigitte Gyr, Jacques Brémond, 5 €
" Le double connaît notre passé véritable, pas celui scénarisé par la mémoire "
* Guilhem Fabre, L'Empire de l'invisible (pas de mention d'éditeur ni de prix)
Le poème était un long voyage tissé de rêve et de visions qui s'incarnaient dans la chair du partage. Les mots donnés à tous s'aimantaient, aspiraient la vérité des sens. L'Empire de l'invisible est né de ce parcours. Une fois achevé, la découverte du tarot de Marseille a suggéré un découpage du texte accordé à la symbolique des arcanes.
Les 22 cartes redessinées par Marc Tardy pourront se tirer dans l'ordre du poème original ou dans le désordre du hasard.
* Marc Dugardin et Alexandre Valassidis, D'écluse en écorce, L'Herbe qui tremble, 2011, 12 € ( sur le site de l'éditeur)
Quarante années "séparent" les deux poètes, deux générations dont la rencontre fait surgir des questions, à travers l'expérience, la notoriété, l'âge. Deux voix se répondent, deux écritures s'activent, pour offrir un seul poème.
* Françoise Ascal, Un rêve de verticalité, Apogée, 158 pages, 17 €
sur ce livre, disponible en librairie maintenant, lire cette présentation et cette note de lecture d'Antoine Emaz


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