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Métamorphose du commun de Lambert Barthélémy

Par Florence Trocmé

Barth Le livre de Lambert Barthélémy, dont on avait pu lire des extraits dans la revue Moriturus, inaugure la collection « Cendrier du voyage » des éditions Fissile, dirigées par Cédric Demangeot. Le nom de cette collection reprend le titre d’un texte de Jacques Dupin (1950), qui vient d’être réédité par ces mêmes éditions.
Métamorphose du commun fait entendre une voix sans complaisance, qui tranche et troue. Il est question, dans une page,
« rayer », de « scalper » la langue. Façon de tordre, une fois encore, le cou à l’éloquence, cette « éloquence de col fraisé » à laquelle, comme à un vieux démon familier, a toujours tendance à revenir la poésie. Lambert Barthélémy nous donne à explorer un univers fermé où l’inépuisable demeure des morts ne cesse de se rappeler aux vivants. Il y a des aubes, mais « les matins portent avec eux / les naufrages. » Ils s’ouvrent même comme de la terre où grouillent les habitants d’en bas.

le matin est une fosse
au fond gisent les morts
mais nous voyons leurs têtes
bien avant d’y descendre
leurs têtes sales
qui grandissent

Le poète ose aller là où les forces humaines semblent défaillir, « sous la vase / où boit la bête », « dans la mangeoire florale ». Il ose fendre sous nos yeux les surfaces trop lisses, trop uniformes. Là se découvrent le plus humble et le plus détesté, ce qui, dans sa cruauté biologique même, affirme la réalité vertigineusement nue.

l’eau de rivière charrie la bête
crevée la panse bombée
et son rictus de poils

plus bas les grumes
la jonche bâtarde de l’été
prises dans les cailloux

De fait, la métamorphose jamais n’a de cesse. « Il faut toujours descendre / marche à marche dans l’infini », écrivait Pierre Reverdy dans Le Chant des morts. Lambert Barthélémy poursuit cette quête, « descend / de silence en silence / vers les cruautés torves et bougées des index », selon des rythmes brefs où un cri, un bruit de verrou, un « aboiement d’aube »  éclatent tout à coup sur un fond de nuit ou de temps tombé au rebut, ce temps qui « laisse une odeur de matière / de paille usée, de fruits pourris.» L’ironie sombre, le sarcasme ne sont pas bien loin, sans souci d’une tenue ou d’une retenue qui ne seraient que masques, jeux stériles et ronronnements.

Lambert Barthélémy affirme sa fraternité profonde avec tous ces êtres qui marchent à cloche-pied, leur aile « sur le dos » Ne pas marcher droit, c’est être au plus près de la vérité des morts, c’est rejoindre les somnambules qui veillent pour eux et pour nous.

zigzaguant dans le jour je vous entends de loin
crieurs glacés des passages je vous sais de partout

Il faudra suivre attentivement les œuvres à venir de ce jeune poète.

Une contribution de Gérard Bocholier

Lambert Barthélémy
Métamorphose du commun
fissile, 2006
12 €


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