Magazine Culture

Edito 3 : Explorer l’invisible (sept. 2011)

Publié le 21 septembre 2011 par Libalel
Beyrouth, 20 juillet 2011 – 23 août 2011
Explorer l’invisible
Cinq semaines à Beyrouth. Nos valises sont pleines d’images, d’écrits, de sons… La matière brute d’un mois de rencontres, d’observations, de recherches et de découvertes. Une matière qui questionne.
La production artistique est à l’image du Liban, extrêmement centralisée. Le milieu artistique se développe à Beyrouth via un réseau dense de galeries et de salles de spectacles, presque inexistant dans le reste du pays. Face au caractère élitiste et métropolitain de ce milieu artistique, nous avons été touchés par de jeunes initiatives qui œuvrent à créer un lien entre les villes et les villages et entre les communautés. Quelques collectifs d’artistes choisissent de traverser le pays, d’ouvrir les espaces et de se confronter à un autre public.
Les artistes que nous avons rencontrés travaillent la réalité et l’histoire de manière singulière : nous retrouvons souvent la présence d’histoires intimes et d’expériences vécues. Le geste autobiographique est mis en question : Comment (re)investir son propre passé ? De quelle manière parler de ce qui n’est plus ? De quelle manière écrire « son » histoire ?
« How to make a self-portrait without giving in to the clichés of the historical
archives? One should not worry about taking pictures or making tape
recordings.  Those are superfluities of sedate lives. One should worry about
the spirit, which is always receding. We are a nuclear power. One should
make a map not a tracing. All method is fiction. He then became aware the
two methods necessary for fabricating his images.
»
extrait du synopsis de la vidéo “Please rewind me later” de Roy Samaha
Les narrations se construisent et se déconstruisent à travers un aller-retour incessant entre des éléments fictionnels et des documents d’archives… Il y a une nécessité à témoigner, à apporter une parole sur une réalité qui change et qui échappe. Peut-être poser à nouveau des repères.
Face à un système qui nourrit et se nourrit des carcans communautaires, l’individu est replacé au centre. Nous percevons une volonté d’inventer d’autres repères, de proposer d’autres références et de retravailler sa manière d’appartenir.
«  À l’image des autres pays arabes, leur conflit menace notre existence
jusque dans ses besoins les plus viscéraux et pousse dès lors nos corps
dans leur dernier retranchement. (…) Le corps sur lequel je travaille
est un corps en perpétuel devenir. Un corps anonyme, pris dans le dilemme
de la résistance et de la résignation »
Danya Hammoud
Nous sommes face à des individualités qui s’affirment à travers des œuvres nourries d’un contexte en tension qui crève à travers l’écran/la toile/la musique… Nourries aussi par une volonté d’écrire autrement une Histoire qui n’est pas écrite, par un besoin de se confronter et de questionner cette « énigme ».
« Nous sommes au quotidien confrontés à cohabiter avec l’image des
absents.Photographies de portraits affichées dans les rues représentants
les disparus, ceux qui ne sont plus parmi nous, ou encore les victimes de la
guerre. Comment construire l’avenir avec la présence des absents dont on
n’a pas réussis à faire le deuil ? Quelle est la place des absents dans
notre quotidien? » Rima Maroun
Ce voyage a fait émerger de nombreuses questions qui guident notre recherche : Comment questionner à un niveau personnel une histoire qui est collectivement toujours en contentieux ? Comment parler de ces tensions, si complexes et encore si présentes au quotidien ? Comment les travailler via le medium artistique ? Que perd-on / que gagne-t-on / que reste-t-il après les avoir transposé dans l’univers de la représentation ?
Barbara Coffy et Maël Le Tolguenec
Note _______________
Nous pensons ce projet comme une expérience : notre expérience personnelle et sensible de la jeune scène artistique libanaise. Nous ne cherchons ni l’objectivité ni la représentativité et notre réflexion est guidée par des choix et des envies qui nous sont propres. Il s’agit de tracer notre itinéraire au sein de cette scène artistique. Au fil de nos rencontres. Et des hasards. Notre moteur a quelque chose à voir avec l’instinctif. Ce projet prend tout son sens dans le processus de sa construction : en contact avec le terrain, il se développe et se réoriente au fil de nos questionnements. Nous repartons à Beyrouth mi-décembre pour un autre mois de réalisation avant d’entamer la post-production.  
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Beirut 20 July – 23 August 2011
Exploring the Invisible
Five weeks in Beirut. Our suitcases are overflowing with images, notes and sounds: the gross of matter of a month of encounters, observations, research and discoveries, a questioning matter.
The artistic production is in the image of Lebanon i.e. extremely centralised. The artistic scene in Lebanon is developing in Beirut through a dense network of galleries and venues which exist almost nowhere else in the country. Faced with this metropolitan and elite artistic scene, we have been moved by new initiatives which strive to create a relation between cities and villages and between the communites. Some collectives of artists have chosen to cross the country, to widen their horizons and to be confronted to a different public.
The artists we have met work on reality and history in a particular fashion. Intimate stories and lived experiences are often found. The autobiographical enterprise is questioned: How can I (re)invest my own past? How can I discuss what is lost? How can I write my « own » history?
« How to make a self-portrait  without giving  in to the clichés
of the historical archives?   One should not worry about taking
pictures or making tape recordings.  Those are superfluities of
sedate lives. One  should  worry about the  spirit,  which  is
always receding.  We  are a  nuclear power. One should make
a map not a tracing. All method is  fiction.  He  then  became
aware  the  two  methods necessary for fabricating his images.
extract from the synopsis of the video «
extract of the synopsis « Please rewind me later » by Roy Samaha
Narratives are built and are deconstructed through a continuous back and forth between fictional elements and archives. There is a need to testify of and to convey a changing and elusive reality and perhaps lay down new markers.
Faced with a system which fuels and feeds upon community sectarianism, the individual is brought back to the centre. We have observed the impulse to come up with new markers, to offer other references and reconsider one’s sense of belonging.
« Similarly to other Arab countries, their conflict is a threat to
our existence down to its most visceral needs and pushes our
bodies to their limit. [...] The body I am working on is a body
which is permanently in progress. An anonymous body caught
in a dilemma between resistance and resignation »
Dany Hammoud
We are faced with individuals who express themselves through works based on a tense context and this tension is reflected in their movies, websites or music. Their works are also fueled by the desire to rewrite a History which has not been written and the desire to face and question this mystery.
« Everyday we are forced to brush shoulders with the image
of the missing. Portraits on the walls of missing people, of
those who are no longer here or of war casulaties. How can
we build the future when the dead are present and still being
mourned? What is their place in our daily lives? »
Rima Maroun
 This trip has raised many questions which defines our research:  How can we question on a personal level a history which is still at loggerheads? How can we discuss these tensions which are extremely complex and still very much existent in everyday life? How can they be treated artistically? What is there to lose/win and what is there left once they have been transformed into representational art?
 Barbara Coffy et Maël Le Tolguenec

______________Note
This project has been conceived as an experiment i.e. our personal and sensory experience of the fledging Lebanese artistic scene. Neither objectivity nor representativity is our goal and our reflection is steered by our own choices and desires. The aim is to make our own way in this artistic scene through encounters and chance. We are driven by instinct. This project finds meaning in its development process.  Working with the ground, it develops and takes on a new direction as we question things. We will be returning to Beirut in mid-December for another month of shooting before we start post production.

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