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Joséphin Soulary, un poète lyonnais (2)

Par Jean-Jacques Nuel

Je reproduis ici, après le rappel du texte de quatrième de couverture, l'introduction de cet ouvrage publié en 1997 aux Editions lyonnaises d'art et d'histoire, et aujourd'hui « définitivement indisponible ». J'en publierai bientôt d'autres extraits, ainsi qu'une sélection de poèmes de Soulary, et mettrai en ligne une émission de radio consacrée à ce livre, enregistrée avec Louis Muron sur RCF.

Lorsqu’on évoque la littérature à Lyon, on pense immanquablement à l’époque de la Renaissance, où la ville d’entre Rhône et Saône fut un temps la capitale poétique de la France. Louise Labé, la belle cordière, qui nous a laissé d’impérissables sonnets de passion violente, tenait salon dans sa somptueuse demeure près de l’Hôtel-Dieu. Elle y reçut Marot et les plus grands poètes de son temps. Maurice Scève, auteur de La Délie, fut le Mallarmé de son siècle ; Pernette du Guillet, son inspiratrice, eut le temps, avant sa mort prématurée à l’âge de vingt-cinq ans, de composer des vers douloureux et fragiles, dans un Lyon où les imprimeurs, Jean de Tournes ou Sébastien Gryphe entre autres, attiraient les plus beaux esprits. Le magnifique musée de l’imprimerie (l’un des trois seuls en Europe) que l’on visite dans cette ville témoigne de la formidable vitalité de cette période. En 1532, Rabelais, qui exerçait la médecine à l’Hôtel-Dieu, fit imprimer chez le libraire lyonnais Claude Nourry, dit « Le Prince », son fameux Pantagruel, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du Grand Géant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofribas Nasier. Deux ans plus tard, il publie dans la même ville La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel.

Cette période faste, d’une densité extraordinaire, a éclipsé tous les autres moments de l’histoire littéraire de Lyon. Ainsi, de la poésie lyonnaise du siècle passé, peu de noms sont aujourd’hui connus du public, si ce n’est celui de Pierre Dupont, resté dans la mémoire populaire pour ses chansons et ses sympathies révolutionnaires. La ville de la soie connut pourtant une vie littéraire active au dix-neuvième siècle. Deux poètes, Victor de Laprade, titulaire d’une chaire à la Faculté des Lettres, et Jean-Jacques Ampère (le fils du physicien), professeur au Collège de France, entrèrent à l’Académie française. Louisa Siéfert, Paul Marieton, les trois frères Tisseur, Barthélémy, Jean et Clair (ce dernier encore localement célèbre pour ses livres d’histoires lyonnaises parus sous le pseudonyme de Nizier du Puitspelu) laissèrent des oeuvres poétiques de grande qualité. Mais la figure dominante de cette période fut sans conteste celle de Joséphin Soulary, apprécié alors par Sainte-Beuve, Baudelaire et Barbey d’Aurevilly, et aujourd’hui assez injustement oublié.

Que reste-t-il en effet de Soulary dans sa ville ? Le nom d’une rue dans le quartier de la Croix-Rousse, un buste de bronze jadis édifié place Saint-Clair et qui se retrouva, suite au percement d’un tunnel routier, sur sa tombe au cimetière de la Croix-Rousse. 1991 a vu le centenaire de sa mort, mais nul n’a songé à le célébrer. Et cependant, cent ans plus tôt, ses funérailles furent officielles et grandioses !

Les oeuvres de Soulary, jamais rééditées depuis le siècle passé, sont malheureusement aujourd’hui introuvables ; il ne reste qu’à les consulter au fonds ancien des bibliothèques. Aucun éditeur local n’a eu l’idée de republier quelques-uns de ses sonnets, alors que Pierre Dupont est fréquemment cité, réédité ou chanté. Seuls, de-ci, de-là, paraissent quelques articles rédigés par des chroniqueurs en mal du passé, qui exhument parmi d’autres personnages trop morts pour se plaindre la figure de Soulary, recopiant les mêmes anecdotes, les mêmes historiettes, et taxant au passage de mineure ou démodée une oeuvre qu’ils n’ont probablement jamais lue !

Cette lecture vaut cependant le détour. Certes, comme chez tout auteur, de nombreuses pièces ont mal vieilli. C’étaient souvent les préférées de son époque, et elles apparaissent les plus datées. Mais au fil des pages, on rencontre de purs chefs-d’oeuvre, qui nous parlent encore et ne méritent pas d’être oubliés.

Cet ouvrage comprend une anthologie qui donne à lire une cinquantaine de pages de Soulary. Sous le classicisme impeccable de la forme, le lecteur aimera à découvrir l’humour si particulier, amer et désabusé, du poète croix-roussien. Une première partie aborde la vie de Soulary, presque entièrement passée à Lyon et dans le Bugey, puis tente d’analyser et de situer son oeuvre parmi celles de son siècle.

Que ce livre puisse remettre en circulation une oeuvre ensevelie sous le temps, et rendre à la mémoire un auteur important du patrimoine culturel lyonnais - telle aura été mon ambition, modeste mais têtue.

Voir aussi :

Joséphin Soulary (1)

Joséphin Soulary (3)

Joséphin Soulary (4)


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