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Le Salmigondis nouveau est arrivé

Par Jean-Jacques Nuel
medium_salmi21.gif18 mois pour sortir une publication trimestrielle, voici une sorte de record à l’envers, un "éloge de la lenteur", pour parler comme certains poètes ; mais plus sérieusement, ce retard est révélateur des difficultés que connaissent les responsables de revues. Pour concurrencer les webzines, il faut faire de gros, de beaux numéros, mariant richesse du contenu et élégance du contenant, donc, engager des fonds. Investir en temps, en argent, en énergie – ressources loin d'être inépuisables.
On n’est pas déçu d’une si longue attente, car la table est bien garnie. Textes et nouvelles, dossiers, interviews nous plongent au cœur d’une création intéressante et souvent peu visible ailleurs. Avec aussi la présence de quelques « poids lourds », dont Abdelkader Djemaï, qui nous régale de son texte « Le tueur », nouvelle d’une écriture économe et rigoureuse, que j’ai eu le plaisir d’entendre lire par son auteur au festival de Saint-Claude.
Salmigondis confirme son statut de découvreur, en nous donnant à lire des auteurs prometteurs : Isabelle Sojfer, ses histoires brèves et cruelles, et Nicolas Puzenat, qui signe une nouvelle magnifique, d’un absurde consommé, « Grandeur des corpuscules ».
Originalité de Salmigondis, le dessin et la BD sont bien représentés. Didier Millotte, qui livre de nombreuses illustrations de ce numéro, répond aux questions de Fuentès : « Par un rejet des produits Disney, entre autres, certains produisent de la boue, sans se rendre compte que ce n’est pas mieux d’un poil. Pour vraiment faire de bons livres pour enfants, il faut avant d’avoir le désir de faire des albums, aimer les enfants. » Ce même jeune dessinateur, qui ne lit « pratiquement plus que la Bible », « le texte le plus fascinant et le plus enthousiasmant de l’humanité », nous sert quelques déclarations réjouissantes et roboratives, à contre-courant, à mille lieues de la vague du « politiquement correct », vague sur laquelle a su surfer Franck Pavloff (également présent dans ce numéro), avec l’invraisemblable succès de Matin brun.
La rubrique Passeurs présente Philippe Gindre, traducteur, rédacteur en chef de la revue Le Codex Atlanticus, responsable des éditions La Clef d’Argent et surtout, passionné de littérature fantastique - et Georges Païta. Ce dernier a fondé la maison d’édition qui répond au beau nom de La Tour d’Oysel. Nouvelliste lui-même, il publie des recueils de nouvelles de belle facture et, n’ayant pas trouvé un accueil très favorable chez les libraires, a privilégié un mode original de diffusion : « Les recueils ont dès le début rencontré le meilleur accueil auprès des documentalistes et des professeurs de lettres des lycées et collèges, pourtant réputé lectorat difficile. A la suite d’une série d’articles parus dans la revue INTERCDI, l’officiel des documentalistes, conseillant la lecture de mes textes aux élèves du secondaire, de nombreuses commandes émanant d’établissements scolaires se sont bousculées sur mon fax… Interventions et rencontres avec les élèves ont suivi à cadence soutenue, générant de nouvelles commandes. Au point que j’ai dû entreprendre par trois fois la réédition de Piégés (4 000 exemplaires vendus à ce jour) et que le premier tirage de De plein fouet (3 000 exemplaires) est quasiment épuisé. »
Calou, responsable du site internet « Calou, l’ivre de lecture », dans son article en forme de confession « Lire est un métier difficile », fait part de son expérience de lectrice passionnée. Elle se heurte à deux types de fâcheux : les critiques professionnels qui méprisent les critiques amateurs (« Personne dans le monde littéraire actuel ne leur accorde un crédit authentique, leur autorise une ouverture, hormis celle parcimonieusement offerte à une poignée de chanceux : les jurés de prix littéraires populaires, libres de toute influence ») et les auteurs à l’ego démesuré, dont on ne dira jamais assez de bien dans les articles qui leur sont consacrés : « Je ne suis plus étonnée ni surprise aujourd’hui, simplement lasse devant les lettres prétentieuses et pédantes que je reçois. Ne perdons pas de vue que nous sommes tous absurdement humains, ce qui sous-entend lumières et paradoxes, tendresse et surprises – les bonnes comme les mauvaises -, et donc les « je sais écrire mais vous ne savez pas me lire ». Heureusement, Calou continue malgré tout, une critique de coup de cœur, indépendante et éclairée.
Un ensemble riche et cohérent, placé sous le signe de l’ouverture, de la curiosité, de la rencontre, complété par de nombreuses chroniques sur les livres et les revues. Espérons que Salmigondis ne cherchera pas à battre une nouvelle fois son record de non-parution !
Salmigondis n° 21, 10 €. Abonnement 4 n°s 35 €.
452 route d’Attignat, 01310 Polliat. Site www.salmigondis.com

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