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Avenir de la guerre (IRSEM)

Publié le 28 septembre 2011 par Egea

Je vous l'avais annoncé : voici quelques notes prises au colloque de l'IRSEM ce lundi 26 septembre.

Avenir de la guerre (IRSEM)
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La matinée a débuté par un débat de haute tenue entre l’Amiral Dufourcq et le colonel Durieux sur la nature de la guerre à venir,

Une grande table ronde a ensuite vu se succéder des intervenants de niveaux différents : tout d’abord d’excellents jeunes chercheurs qui nous ont parlé de démographie (Gaylor Raibu), de maîtrise des ressources (David Mascré) ou de conflictualité en Afrique (Amandine Gnanguenon, passionnant).

François Géré, récemment titulaire d’une chaire à l’IHEDN sur le cyber (ce qui surprend, sachant qu'il n'est pas réputé sur le sujet), nous a ensuite prodigué un exposé confondant sécurité et défense, et pour tout dire décevant. A sa décharge, il remplaçait au pied levé l'ami Charles qui n'a pas pu venir : dommage !

Enfin, Michel Goya a décrit les conflictualités actuelles, évoquant une géopolitique du XVI° siècle et appelant à des capacités expéditionnaires adaptées, selon lui, au monde nouveau.

Les notes ci-dessous ne sont que des notes, et ne valent pas verbatim....

O. Kempf

Avenir de la guerre

Dufourcq

Fin de l’ordre westphalien : avec la fin de la grande guerre, vient la fin de la vraie paix (Beauffre)

  • I Fin de la guerre dans ses formes classiques.

Hors jeu et inutilisable, du moins entre Etat et nations pour la conquête d’espace/ressources ou des raisons technologiques. Encadrement juridique et régulation cf. Charte San Francisco Non seulement guerre illégale, mais aussi impossible à cause arme atomique. D’où régulation, désarmement... Elle n’existe plus qu’hors Occident, et encore dans des versions dégradées. Le grand art de la guerre a cessé. Ni victoires ni défaites. Nous ne pouvons plus utiliser la guerre pour planifier des gains stratégiques.

  • II Multiplication des crises.

Mais cela n’a pas éradiqué la violence. La conflictualité demeure, car demeure la réalité belligène de la nature humaine. Les crises et désordres se multiplient. Cela soulève plein de questions : désignation adversaire, éthique militaire, action et prévention et préemption, responsabilité…. C’est inextricable. Mais caractérisation de l’urgence, exigence humanitaire, devoir de protéger. Et simultanément, sorte de privatisation des conflits. Ce qui fragilise la légitimité générale. Question de l’arrivée du terrorisme. Si la guerre interétatique n‘est plus un moyen, une autre forme de guerre, plus sauvage, est apparue. Passage de la Bellum à la guerra, de la guerre maîtrisée à la violence déchainée.

Les forces s’exerçant doivent s’abriter derrière la nécessité immédiate, qui procure une vraie légitimité. La solution militaire peut laisser place à un chaos civil. Justice et réconciliation, ordre et paix : des objectifs qu’il faut savoir unir. Enfin, ces crises n’ont pas été des guerres, ce qui explique qu’elles aient prospéré.

  • III La conflictualité s’est déplacée dans d’autres espaces, non administrés et non militaires.

S’il y a eu des combats sans guerre, il y a eu des guerres sans combat. Infra étatique, très active, dans des espaces de prédations libres. Hors de l’ONU et de toute la régulation internationale. Espaces non-administrés : océanique, cyberespace, sidéral, espace des idées et des concepts (normalisation).

  • Conclusion : Q : mutation irréversible, ou prépare-telle le retour à la guerre brutale ? Ce qui met en mouvement les peuples sont les besoins vitaux, matériels et immatériels. Question de la sécurité humaine préalable à la sécurité durable.

Durieux

Il y a cent ans, on se serait posé la question de « quelle bataille devons nous mener ? », dans des approches très opératives voire tactiques. Aujourd’hui, quelle nature de la guerre, quelle place a-t-elle ? IM : la guerre est intime aux sociétés, elle nous est peut-être imposée, et dit ce que nous sommes.

  • I De quelle guerre parler ?

Quelle guerre voulons-nous vraiment : fin de la guerre classique ? Interprétation optimiste (les guerres majeures sont devenues impossibles). Mais les sociétés sont fragiles, cf. le diagnostic manifeste du parti communiste qui décrit la distorsion actuelle. Ou pessimiste.

Voie alternative : la guerre (C. Schmit, Girard, F Gouraud) exprime des choses, la guerre est un conflit, une mise en relation quand aucune autre n’est possible. La guerre est un conflit armé, public et juste. Armé (donc risque la vie) donc les raisons sont plus importantes que la vie. Combattant/non combattant. Conflit public, pas seulement étatique, mais représentation (ceux qui la font, ceux qui la regardent). Il n’y a pas de guerre totale, il ya toujours des espaces de paix qui observent la guerre par contraste. Conflit juste car pas de guerre sans idée de la justice de la guerre. La guerre est toujours juste subjectivement. Cette vision n’est-elle que mythique ? En Afghanistan, une micro-guerre dans chaque vallée. Plein de zones de spectateurs en Afgha, plein de zones « paisibles ».

  • II Sens de notre réflexion : comment influer l’avenir ?

La guerre de demain sera ce que nous en ferons. Se méfier des interprétations matérialistes ou déterministes, la guerre reflet des contradictions des sociétés, … La guerre est un phénomène historique. La guerre se traduit par une émotion, une image collective, mélangeant souvenir, tendances sociales, fantasmes technologiques : on n’y peut rien, on ne peut affecter cette image. Mais elle va influencer un discours rationnel. Guerre indissociable de la théorie de la guerre, mais elle est fondamentalement antinomique à la théorie : La théorie de la guerre veut éviter ou raccourcir cette guerre.

  • III Est-ce la bonne question à se poser ?

La guerre n’est pas subie, elle est choisie. Lien avec la paix qu’on vit et qu’on veut. Mais la paix, ce n’est pas simplement l’absence de guerre. Plus que réfléchir à l’avenir de la guerre, quel avenir de la paix ? Paix durable. Guerre comme canalisation de la violence. Cyber, guerre économique, guerre océanique ne sont pas des prolongations de la guerre : ça peut l’être si nous accréditions cette idée, mais alors nous répandons le germe de la guerre dans toutes les strates de la société. Cf. le débat entre Aron et Beauffre. Beauffre pour une stratégie totale, Aron répond qu’alors on répand le germe de la guerre dans tous les endroits de la société. Ne veut pas dire qu’il n’y a pas de compétition, mais dans une paix. La grande menace est la multiplication de micro guerres, extrêmement difficiles à maîtriser. Plus il ya de micro conflits, moins il y a de paix.

Gaylor Raibu

Démographie, meilleur instrument de prospective.

Aujourd’hui, 6,9 MdH. 2050, scénario médian, 9,1 MdH. Se méfier des scénarios médians. CDG asiatique, 60 % population planète, 57 % demain, car les transitions démographiques auront fait leur œuvre (d’une fécondité non maîtrisée à une fécondité maîtrisée par les couples). Passage d’une analyse de stock à une analyse de flux.

  • I Sud, terrain de conflit potentiel.

Transitions en cours : dans certains pays déjà achevée (Tunisie et Iran à 1,8, Maroc à 2,3) annonce une paix démographique. Permis surtout par le taux d’alphabétisation des femmes. Fécondité tombe dès qu’alphabétisation > 50 %. Cf. pas mal pays d’Afrique Noire peu alphabétisés, même si les jeunes générations le sont beaucoup plus, ce qui augure bien de l’avenir. Localement, transition démographique assez tardive (Afrique subsaharienne, péninsule arabique, Cambodge Laos). Certains pays connaissent un certain ralentissement, ou en décalage (entre Etats, ou au sein des Etats, cf. Inde).

Retour des discours néo-malthusiens (le nombre crée le risque) ; Mais depuis Malthus, l’Angleterre a vu sa population multipliée par 10, celle de la terre par 7, et l’on mange mieux qu’avant avec moins de famines (aide internationale et commerce international ; contre-exemple la Corée du Nord, refermée donc 2 M morts). La difficulté n’est pas le nombre mais la qualité : les modes de consommation. Ecoboom et choc de la modernité (cf. Todd et Courbage) : l’effondrement de la fécondité bouleverse les structures familiales et donc les modes de vie. Ressentie comme une menace, plus ressentie que réelle, avec des chocs négatifs (les idéologies islamistes) mais aussi positifs (le printemps arabe). Vieillissements tardifs, mais bcp plus violents.

  • II Nord, un vieillissement inquiétant

Post WWII, baby boom puis Papy boom et babydoom. L’espérance de vie à la naissance a reculé.

Mais l’âge moyen au nord de l’électeur médian sera en 2050 d’environ 57 58 ans : les arbitrages budgétaires, dans une Europe en paix et sans menace dure, se feront aux dépens du budget de la défense. Se posera alors la question des alliances choisies avec le sud.

David Mascré. Stratégie des ressources. (panne batterie, j’ai raté le début).

Après le peak oil, l’or gris (le gaz), sera indispensable. Le 21ème siècle sera le siècle du gaz. D’où question des canaux et voie d’acheminement de cette ressource : voie terrestre, maritime ou sous-marins. Au plan gazier, la France est fragile : flux des méthaniers dans la Méditerranée, résurgence de pirateries. Moins une fermeture des détroits qu’une fragilisation des flux, augmentation des prix et des assurances. Nbx sont les experts à penser que la Méditerranée est entrée dans une phase de grande instabilité. Surtout, les Etats-Unis jouent un rôle trouble. Risque donc sur nos approvisionnements en GNL.

Métaux précieux et plus particulièrement les « terres rares » (classification des lanthanides dans le tableau Mendeleïev). Ne sont pas « rares » en tant que telles. Leur extraction pose un pb écologique important : une des raisons qui explique pourquoi a été délégué à la Chine par les pays occidentaux. Chine 50 %, Russie 20% Etats-Unis 12 % Australie 5% des réserves. Auj, 95% de la production par la Chine (120.000 tonnes extraites). 2009, 35.000 tonnes exportées, en diminution (cf. suspension d’export en sept 2010 vers le Japon à la suite tension territoriale). Crée une réelle dépendance, et met la Chine elle-même dans une situation délicate. On envisage une réouverture de mines en occident à/c 2014.

Amandine Gnanguenon. Afrique et conflictualité

Afrique sub saharienne.

Pourquoi parler de guerres nouvelles en Afrique ? Lié à la perte de nos repères en Afrique. Se sont succédé : des guerre de décolonisation, puis les guerres par procuration de la guerre froide, les guerres prédatrices des années 1990, les guerres contre terrorisme/fondamentalisme. Bref, se méfier de nos concepts, mais aussi du temps des conflits.

En général, la guerre suit un processus continu qui part d’une situation d’insécurité, glisse à crise puis au conflit puis à la guerre : ce glissement continu articule de plus des facteurs récents à des antagonismes anciens.

  • Au départ, l’insécurité. Coutume locale versus fait étatique. Insécurité politique (zones de confins), économiques, sociales (soins, éducation), …
  • Dégénère en crise (fait déclencheur politique ou écologique ou naturel, …). Il faut prendre des « décisions », mais qui ? L’Etat ? Pas toujours possible, surtout quand l’Etat instrumentalise la crise à des fins politiques.
  • De là, glissement à conflit. Ex : RCI (ivoirité) Darfour (Arabe/ africain), RDC (bania-ruandas). Le plus souvent, repose sur trois composantes : Identitaire, foncières, juridique.
  • Puis on glisse à la guerre. Unité, politique, organisé : mais pas toujours aussi simple. Question de la légitimité par l’élection, ou par la communauté internationale, (cf. Sud soudan et Somalie).

Temporalité : il n’y a pas de guerres nouvelles en Afrique. Imbrications immédiates ou lentes. Des mesures compensatoires qui viennent brouiller les choses (cf. aide aux réfugiés). Ainsi, malgré l’imbroglio, la guerre est un instrument visant l’appropriation ou la conservation de puissance – pouvoirs - biens.

Disparition de la frontière entre sphère externe et sphère interne.

Défaut de légitimité politique de l’Etat, compensé par instrumentalisation du désordre. L’Etat, modèle importé. La construction de l’Etat au cœur de la problématique des conflits/guerres. Le désordre devient une opportunité pour l’Etat. Son rôle est ambigu. Nb d’Etats sont en situation de compensation de leur légitimité (faible à l’intérieur, recherchant donc une compensation extérieure).

Q de l’intervention internationale : nous croyons que la plupart des acteurs veulent la paix, ce qui n’est pas forcément le cas ; Surtout, c’est quoi la paix ? Au Kivu, cela fait des années que le conflit demeure. Pour des entrepreneurs de guerre, l’instabilité est un moyen d’avoir du pouvoir. Processus de paix n’est pas la paix sur le terrain, peut servir la perpétuation de rapports de forces. Il faut sortir de la question de l’Etat faible (même si Etat fragile). La guerre révèle la structuration du pouvoir politique.

F Géré, le cyberespace

Nous avons surtout perçu le cyber sous l’angle ludique, ce qui a favorisé une certaine indulgence, notamment envers les pirates. Défectueux, car c’est une vraie menace (sic !). Auj, on est au-delà de ce cadre tradi pour se hisser au niveau des activités d’Etat, depuis cinq six ans. Des Etats utilisent le cyber pour des actions destructrices (sic !) de grande ampleur. Estonie, Géorgie, Stuxnet.

  • I Question de la définition.

On dit souvent que c’est virtuel car là où circule l’information, mais c’est ne pas voir la matérialité du cyber. Il existe une infrastructure bien matérielle (câbles, nœuds de transmission, centre de répartition, qui sont physiquement localisés) ; est de plus régi par une cyber-archi, structure financière et économique des opérateurs, investissements extrêmement lourds. Besoins de matériaux rares, d’énergie (cf. consommation de google qui est gigantesque). Voir la structure financière des acteurs. Les données véhiculées sont soumises à des contraintes physiques (« poids » et vitesse des données). Enfin, ces activités immatérielles ont des conséquences réelles. Enfin, nous nous rendons compte que le cyber est un théâtre d’affrontement ce qui est peu connu (sic !).

  • II Défis

Prise de conscience des enjeux. Respecter la liberté d’entreprise, la neutralité des Etats envers les entreprises, leur liberté d’agir, la liberté individuelle (sic pour l’ordre de présentation !). Mise en place d’un droit international, il n’existe pas. On ne sait pas ce qu’est une arme, une agression, un procédé hostile. D’où pas de légitime défense. Idée fausse : l’offensive l’emporte toujours sur la défensive. Avec des mesures individuelles, on pourrait inverser cette tendance (sic !)

Idée fausse : l’affrontement est présenté de manière univoque, n’est pas une simple situation de duel ; possibilité de hack-backing, la rétorsion.

Conclu, Nous sommes face à un domaine totalement nouveau, totalement humain ce qui est la nouveauté (sic). C’est une immense aventure ! (sic !)

Michel Goya Novation dans les conflits.

Le jeune Churchill, pensait qu’il allait vers une paix universelle, celle du XX° siècle avec la première mondialisation. Le nb de conflits majeurs à diminué de 40 % entre WWII et 2003. Bref, tendrait vers la paix. Mais depuis 90’, les dépenses mondiales augmentent et les conflits internes se multiplient.

Ainsi le monde n’est pas plat, des saillants sont apparus. Les zones de non-droit se sont multipliées, des banlieues ou bidonvilles ou zones tribales insurgées. Moins de guerre, bcp plus d’insécurité, car des Etats ne tiennent plus leur pays. La prolifération des armes légères a bénéficié à des org non étatiques, quand les chars fournis par les Sov ou les Américains rouillaient. Les poches de colère sont conservatrices.

Mais ces groupes bénéficient des flux de la mondialisation. Terroristes. Org armées non étatiques (talibans). La croissance économique est un facteur belligène (cf. prospérité du vice, Cohen), tout comme la proportion de jeunes hommes frustrés (économiquement et sexuellement).

Irak et Afgha, c’est un peu la rencontre de ces deux facteurs. En Irak aussi bien des rebelles sunnites à l’organisation invertébré, tout comme l’armée du Mahdi, très structurée à la chiite. Le Hezbollah tjs en place. Les Occidentaux n’ont vaincu aucune de ces orga armées. En Afrique, 87 % des guerres y ont eu lieu depuis 1987. Ttes ces orga ne veulent pas prendre le pouvoir, ni même rallier la population. St tous associés à des trafics. Parasitent les Etats au risque de les étouffer (Somalie, Congo). Am Latine où armées et cartels de la drogue au Mexique.

Structures hybrides adaptées à la mondialisation. Apparition d’acteurs régionaux : Iran. En interdisant des conflits conventionnels par leur suprématie technologique, les Américains ont forcé des alternative, soit irrégulières soit nucléaires. Retour d’une GP proche du XVI° siècle, avec Pers, Inde Chine.

Les émergents ne se contenteront pas d’un statut de nouveau riche, comme le Japon. Vont dvp d’une industrie de défense. Ainsi, le monopole technologique de l’occident est en train de s’effriter.

Bref, le paysage stratégique change et avec lui le temps des dividendes de la paix. France, moyenne, entre dans une vulnérabilité croissante. L’ennemi n’est plus aux frontières, mais il n’y a plus de frontières aux menaces. Zones de rivalité apparaissent. La France voit des rivaux, qu’elle affrontera de manière indirecte (cyber, nucléaire). Un nv grand jeu se met en place, où l’action militaire aura encore sa place. Notamment contre ces orga militaires incrustées. Certes se protéger de la menace terroriste (LB 2008), c’est fait, il faut regarder vers l’extérieur, et capa de projeter de la force au sens très large, et très loin, en assoc avec des acteurs locaux, face à adversaires incrustés. Plus d’intelligence et connaissance, car nous sommes toujours surpris par l’adversaire.


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