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Balte, Baltique, Scandinavie

Publié le 02 octobre 2011 par Egea

A la suite d'un échange de commentaires sur la notion de balte au regard de celle de scandinave, Pierre Ageron, fidèle lecteur, nous envoie ce texte : 33 fois 33 mercis à lui. Le billet est d'autant plus intéressant qu'il intervient au lendemain du sommet sur le Partenariat oriental, ce pendant de l'UPM, qui connaît lui aussi des ratés (Biélorussie et Ukraine, mais aussi question de l'appartenance européenne des pays du Caucase).

Balte, Baltique, Scandinavie
source

O. Kempf

Même si Pline l’Ancien désignait par « Baltica » l’actuelle Scandinavie, une triple distinction pourrait, de nos jours, s’imposer : balte, baltique, scandinave.

1/ Cette distinction, sujette à débat, s’appuie sur une analyse théorique des espaces d’entre-deux, développée pour l’Europe Centrale et Orientale par V. Rey (ENS Fontenay) puis par toute l’équipe de recherche Géophile (ENS LSH, dont H. Roth pour la République tchèque, E. Boulineau pour la Bulgarie, L. Coudroy pour la Pologne).

Ces espaces intermédiaires ne sont plus des marges (situation d’avant 1991) mais des « intersections de marges » (Géographie Universelle, volume Europes Orientales-Russie, p. 10, 1995) qui fondent leur centralité par les réseaux et tirent parti de leur intermédiarité, définie positivement comme capacité à agréger des influences diverses.

Les héritages du rideau de fer sont encore vifs dans la région. C’est pourquoi la distinction entre balte, baltique et scandinave s’explique par le gradient de proximité/éloignement avec feu l’URSS ou Russie.

  • Influence de L’URSS : balte (++), baltique (+), scandinave (-)
  • « Occidentalisation » : scandinave, (++) baltique (+), balte (tend vers +)

2/ Les pays baltes, ancien membres de l’URSS se définissent en opposition à leur voisin. C’est ce qui les réunit en plus d’une unité paysagère et climatique. La Baltique se présente le débouché « naturel » de l’URSS vers l’Ouest et des mers libres de glaces (cf. Pierre le grand : La Russie n’a que trop de terres, c’est de l’eau seulement qu’elle doit chercher). Toute la géographie économique de l’URSS était tournée vers ses ports baltes (Tallinn pour l’importation de céréales; Ventspils et Klaïpeda pour l’export d’hydrocarbures). Leningrad n’est alors que secondaire, trop pris par les glaces. (cf. P. Marchand, Atlas géopolitique de la Russie, 2008 pp. 52-53).

  • Ces frictions perdurent dans la question des non-citoyens des républiques baltes, les seuls citoyens étant ceux vivant dans le pays indépendant d’avant 1940 et leur descendants.
  • Comme les russophones peuvent former 45 % population du pays dont des « colons » russes d’après 1940, 463 000 h de Lettonie n’ont pas le droit de vote, considérés comme apatrides.

3/ L’espace baltique court de Kiel à St Petersburg. La Russie y est impliquée, centrale par les hydrocarbures, mais moins omnipotente au vu de la multiplicité des acteurs. Le souvenir de la Hanse joue ici un rôle géohistorique essentiel en tant que premier moment d’unité de la zone. Défini désormais comme espace de coopération/compétition né après 1991 (cf Nathalie Blanc Noel, Une nouvelle région en Europe, 2003), l’espace baltique voit une régionalisation progressive se mettre en place sur des thématiques spécifiques : transports (Via Baltica autoroute soutenue par l’UE entre Helsinki, Tallinn, Riga, Kaunas, et Varsovie) ou environnement et sécurité collective) avec des flux de capitaux importants (Finlande-Estonie ; Suède-Lettonie Ex. : SAS-Air Baltic). Cet espace a vu la création d’instances plus ou moins formelles de coopération dont le Conseil des Etats de la Baltique (1992, à Stockholm) (cf. P. Orcier. La Lettonie en Europe, 2005 p.159)

4/ La Scandinavie (Norvège, Danemark, Suède) est la région la moins influencé par la Russie, engagée dans l’OTAN ou d’une neutralité bienveillante (Suède). La Finlande est là encore en position intermédiaire. La finlandisation consistait en une neutralité de contrainte, maintenant l’équilibre diplomatique pour cause de déséquilibre flagrant avec son voisin. Ce qui explique en partie son tropisme baltique plus que scandinave. La Scandinavie se définit, elle, par son groupe linguistique issu du germanique et la place différenciée mais forte de l’Etat Providence (cf le taux élevé de prélèvements obligatoires).

Bien sur, ces trois ensembles interagissent et ne sont nullement exclusifs les uns des autres. Leurs interactions est favorisé par un acteur géopolitique liquide, désormais actif car ouvert : la Mer Baltique.

Pierre Ageron

NB : Je trouve un blog sur l'Estonie qui intéressera certains...


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