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baril de poudre

Publié le 03 octobre 2011 par Hoplite

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"Les États-Unis sont traditionnellement un pays très raciste, avec de nombreuses catégories de personnes dont on ne voudrait pas qu'elles épousent sa fille ou sa sœur, qui que l'on se trouve être. Il a été fondé sur l'exploitation des esclaves africains et sur l'extermination des autochtones. Au cours de ses années de formation, il n'y a pas eu de mariage formel entre des Européens et des Africains, ou entre des Européens et des Indiens. Cela contraste violemment avec d'autres pays du continent américain tels que le Brésil. Jusqu'à ce jour, aux États-Unis, il reste une attitude dédaigneuse envers n'importe quelle tribu autre que les Anglo-Saxon. Vernis d'une couche de correction politique, au moins en courtoise compagnie, cela ressort quand on observe avec qui ces Anglo-Saxons choisissent effectivement de se marier, ou d'avoir une relation.

La Russie est un pays dont le profil ethnique glisse graduellement de principalement européen à l'ouest vers asiatique à l'est. La colonisation par la Russie de son vaste territoire s'est accompagnée de mariages avec chaque tribu que les Russes rencontraient dans leur poussée vers l'est. L'un des épisodes formateurs de l'histoire russe fut l'invasion mongole, qui a résulté en une large injection de sang asiatique dans la généalogie russe. D'un autre côté, la Russie a reçu un bon nombre d'immigrants d'Europe occidentale. En ce moment, les difficultés ethniques de la Russie sont limitées à combattre les mafias ethniques, et aux nombreux petits mais humiliants épisodes d'antisémitisme, ce qui est une caractéristique de la société russe depuis des siècles, et malgré laquelle les Juifs, ma famille incluse, se sont très bien portés là-bas. Les Juifs ont été exclus de certains des instituts et des universités les plus prestigieux, et ont été bridés d'autres manières.

Les États-Unis demeurent un baril de poudre de tension ethnique, où les citadins Noirs se sentent opprimés par les banlieusards Blancs (19), qui à leur tour craignent de s'aventurer dans des portions majeures des grandes villes. En un temps de crise permanente, les citadins Noirs pourraient se soulever en émeute et piller les villes, parce qu'ils ne les possèdent pas, et les banlieusards Blancs seront probablement dépossédés de leurs petites cabanes dans les bois, comme James Kunstler (20) les a joliment appelées, et décamperont vers un parc de caravanes. Ajoutez à ce mélange déjà volatil le fait que les armes à feu soient largement disponibles, et le fait que la violence imprègne la société américaine, particulièrement le sud, l'ouest et les villes industrielles mortes comme Detroit.

Bref, l'atmosphère sociale de l'Amérique post-effondrement sera peu probablement aussi placide et amicale que celle de la Russie post-effondrement. Au moins en partie, elle ressemblera plus probablement à d'autres parties de l'ex-Union soviétique, plus mélangées ethniquement, et par conséquent moins chanceuses, telles que la vallée de Ferghana (21) et, bien sûr, ce phare de la liberté dans le Caucase, la Géorgie (ou du moins c'est ce que dit le président des États-Unis).

Aucune partie des États-Unis n'est un choix évident pour qui est préoccupé de survie, mais certaines sont à l'évidence plus risquées que d'autres. N'importe quel lieu avec un passé de tension raciale ou ethnique est probablement dangereux. Cela exclut le sud, le sud-ouest, et de nombreuses grandes villes ailleurs. Certaines personnes pourraient trouver un havre sûr dans une enclave ethniquement homogène de leur propre genre, tandis que le reste serait bien avisé de chercher les quelques communautés où les relations inter-ethniques ont été cimentées par un mode de vie intégré et le mariage mixte, et où l'étrange et fragile entité qu'est une société multi-ethnique pourrait avoir une chance de résister."

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19. Les Américains ont une perception du centre-ville et de la banlieue à l'inverse de celle des Français : la banlieue (suburb) est l'habitat des classes moyennes, tandis que le centre-ville (inner city), hormis les quartiers d'affaire, est celui des pauvres.

20. James Howard Kunstler est un auteur préoccupé par le pic pétrolier et l'expansion démesurée des banlieues américaines, dont il a traité dans un livre intitulé : La géographie de nulle part : l'ascension et le déclin du paysage manufacturé de l'Amérique (The Geography of Nowhere: The Rise and Decline of America's Man-Made Landscape).

21. Une région de l'Ouzbékistan.

(photo dorotea lange)


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