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Que reste-t-il du processus de réformes ?

Publié le 03 octobre 2011 par Amroune Layachi

23 ans après les émeutes d’Octobre 1988 Que reste-t-il du processus de réformes ?

Que reste-t- il du train de réformes lancées en réaction au soulèvement du 5 Octobre 1988 ? Très peu, sinon rien, de ce que les Algériens étaient en droit d’attendre en termes de rupture avec le système du parti unique, l’économie dirigée, les entreprises sous tutelle, le monopole syndical et la mainmise du pouvoir sur des médias exclusivement publics.

Que reste-t-il du train de réformes lancées en réaction au soulèvement du 5 Octobre 1988 ? Très peu, sinon rien, de ce que les Algériens étaient en droit d’attendre en termes de rupture avec le système du parti unique, l’économie dirigée, les entreprises sous tutelle, le monopole syndical et la mainmise du pouvoir sur des médias exclusivement publics.
Arrachées au forceps par une équipe restreinte d’hommes politiques et commis de l’Etat qui souhaitaient arrimer le pays sur la vague de démocratisation qui avait déjà atteint de nombreux pays du monde, les réformes de 1988 n’ont malheureusement pas tardé à se heurter à de fortes résistances de la part de certains cercles influents du pouvoir qui voyaient d’un mauvais œil les ouvertures concédées hormis, bien entendu, celle du commerce extérieur qui fera de bon nombre d’entre eux de puissants barons de l’import-export.

Les tirs croisés sur les réformateurs ont, en réalité, commencé dès la mise en œuvre des lois visant l’instauration d’une économie de marché au lieu et place du système rentier et bureaucratique qui avait longtemps prévalu dans l’Algérie socialiste.
La fin des entreprises monopolistes d’Etat, l’autonomie de gestion accordée aux banques et aux entreprises publiques ligotées par leurs tutelles ministérielles, l’octroi de la gestion financière et monétaire du pays à une Banque centrale autonome, la liberté de créer de nouveaux syndicats et partis politiques, le libre exercice du droit syndical et du devoir d’informer n’avaient, à l’évidence, pas de quoi réjouir les tenants du pacte social des années 1970 qui tiraient du système pseudo socialiste en place de nombreux privilèges.

Chasse aux réformateurs

Jamais écartés du pouvoir et, aujourd’hui encore, présents aux plus hauts sommets de l’Etat, de l’armée et de l’administration, ces acteurs ne cesseront de porter des coups de boutoir au processus de réformes qu’ils finiront par torpiller, au point où il n’en reste pratiquement plus rien aujourd’hui. Chacun des chefs de gouvernement désignés après le limogeage des initiateurs des réformes de 1988, Kasdi Merbah et Mouloud Hamrouche , semblait avoir pour mission de lézarder, si ce n’est carrément, remettre en cause les réformes qui dérangeaient le plus. S’ils avaient moins de latitude à le faire durant l’intermède des ajustements structurels où le FMI veillait au bon déroulement des réformes, ceux qui seront placés à la tête du gouvernement à la fin de cette période n’iront pas de main morte pour bloquer toute velléité de réformes, notamment celles allant à l’encontre du système rentier et bureaucratique sur lequel était assis leurs exorbitants pouvoirs et privilèges.

C’est ainsi que dès 1996 furent abrogées les lois sur l’autonomie des entreprises publiques économiques, les Fonds de participations furent dissous, tandis que la loi sur la monnaie et le crédit fut modifiée pour restituer les pouvoirs financiers et monétaires à l’Exécutif gouvernemental aujourd’hui maître de la rente pétrolière.

Des holdings publics avaient été créés à l’effet de privatiser sous l’autorité d’un Conseil autonome les entreprises publiques, mais ce dernier s’étant avéré trop indépendant et rétif à la cession des actifs publics juteux aux seuls pontes du régime, ces derniers seront rapidement dissous pour laisser place à des Sociétés de gestion de participation chargées d’effectuer ce sale boulot sur injonctions à peine voilées des autorités politiques en place. Le résultat des privatisations sera décevant et les conditions, pour le moins contestables dans lesquelles ont été effectuées certaines d’entre elles, rompront le consensus sur la vente des actifs publics qu’il a fallu interrompre pour ne pas exacerber les tensions entre les puissants prétendants à leur acquisition.

Bouteflika met fin aux acquis

L’arrivée de Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en 1999 sonnera le glas des réformes de 1988 qu’il a toujours considérées, en tant que membre de la veille garde du FLN et nostalgique du contrat social des années Boumediene, comme la cause du malheur du pays et des désordres multiformes qui l’affectent. Le soulèvement d’Octobre 1988 n’étant pas à ses yeux un mouvement populaire, mais un événement provoqué par quelques cercles du pouvoir de l’époque, toutes les réformes qui en sont issues seraient, de son point de vue, suspectes et inappropriées aux réelles aspirations du peuple algérien.

A commencer par toutes ces «lois scélérates»  qui ont accordé le droit de créer de nouveaux partis, des syndicats autonomes et des journaux indépendants. Il tentera de torpiller ces organisations en discréditant les partis politiques existants et en refusant d’agréer les nouveaux partis et associations qui en avaient exprimé la demande. Les syndicats autonomes ne seront pas reconnus officiellement et pour ceux qui l’avaient déjà été, les portes de la tripartite sont toujours fermées malgré leur grande capacité de mobilisation. La presse écrite, seule parmi les médias à avoir réussi à s’autonomiser du pouvoir, sera également sa cible.

Il utilisera, entre autres moyens, les tribunaux et la discrimination de l’accès à la manne publicitaire réservée, comme on le sait, aux seuls journaux gouvernementaux et à certains titres privés proches du pouvoir.
Ajouter à ce sombre tableau, le sort réservé aux entreprises privées qui avaient commencé à émerger à la faveur du processus d’ouverture d’octobre 1988. Abdelaziz Bouteflika les privera d’un avantage essentiel que les réformes de 1988 leur avaient accordé. Il s’agit de leur autonomie vis-à-vis du champ politique et de leur libre choix partisan aujourd’hui contraint à la clandestinité.

«Ce n’est aujourd’hui pas bon pour les affaires d’afficher un attachement partisan pour un autre parti que celui de l’Alliance présidentielle», nous affirme un chef d’entreprise privée sous le couvert de l’anonymat. Les patrons sont, en effet, désormais tenus de soutenir les candidatures de Bouteflika à de nouveaux postes présidentiels au risque de redressements fiscaux et autres ennuis judiciaires qu’il est, à l’évidence, facile de leur créer.

Leurs organisations, à l’instar du Forum des chefs d’entreprises et autres associations patronales joueront, on s’en souvient, magnifiquement ce rôle de soutien lorsque Bouteflika avait postulé pour un troisième mandat présidentiel.
Les révolutions, qui secouent le monde arabe et certaines contrées voisines du pays, auront-elles un effet sur ce processus de démantèlement des acquis d’octobre 1988, notamment sur ceux ayant trait à certaines libertés fondamentales, à l’instar de celle d’exercer des activités politiques, syndicales, entrepreneuriales et médiatiques autonomes ?

Si les textes législatifs en préparation (lois électorales, sur les partis, les médias et autres) indiquent bien que le pouvoir est inquiet des mouvements insurrectionnels qui affectent les dictatures arabes, il est, par contre, moins sûr qu’il légiférera sans arrière-pensée pour l’instauration d’une véritable démocratie. L’avènement d’un authentique modèle démocratique sonnerait en effet le glas du système en place et c’est précisément pour cela que l’Exécutif en place fera, à l’évidence, tout pour le retarder.

Nordine Grim

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