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Le Club des Incorrigibles Optimistes, de Jean-Michel Guenassia

Par Litterature_et_chocolat @HeleneChoco

Une époque riche et passionnante.

Le Club des Incorrigibles Optimistes, de Jean-Michel Guenassia Le Club des Incorrigibles Optimistes nous ramène à une époque où les hommes et les femmes se battaient pour défendre leurs valeurs, des vies humaines, une idéologie. Sans parti-pris, Jean-Michel Guenassia offre un très beau témoignage d’une époque révolue et foisonnante.

RÉSUMÉ :

Le jeune Michel découvre par hasard que le bar qu’il fréquente assidûment héberge un club de joueurs d’échecs essentiellement composé d’émigrés des pays communistes. Entraîné par la curiosité, il se lie d’amitié avec ses hommes qui ont tout quitté et ont fui un régime qu’ils abhorraient ou au contraire qu’ils soutenaient. Le héros y apprend à réfléchir, à ne pas s’attacher aux apparences pour jauger un homme et surtout l’amour et l’amitié.

MON AVIS : un superbe roman!

En Europe, l’horreur ne s’est pas arrêtée en 1945. Ont succédé à la seconde guerre mondiale les ravages du communisme, qui, sans même parler des goulags, a transformé la vie de millions d’individus en prison et a causé  de milliers d’hommes et de femmes à cause de leurs idéaux, voire sans réelle justification… simplement victimes d’un système dictatorial. A-t-on également oublié le désastre de la décolonisation, et cette guerre d’Algérie qui a marqué toute une génération et transformé radicalement la France?

Il est tentant de céder à la facilité et de juger des comportements à la lumière de plusieurs décennies de recul. Le Club des Incorrigibles Optimistes évite cet écueil et se fait le témoin d’une époque trouble et néanmoins heureuse. Au cœur des évènements, rien n’est blanc ou noir, tout n’est que nuances de gris : les idéologies de tout bord sont malmenées et, confrontées à la réalité, ne pèsent finalement pas bien lourd.

Jean-Michel Guenassia nous fait revivre cet univers chaotique et tellement captivant de la France des Trente Glorieuses. Par la voix d’émigrés des pays de l’Est et de la jeunesse française, il raconte sans pathos, avec beaucoup de justesse et de légèreté, la guerre des anonymes qui ont vécu l’horreur et la désillusion, et qui ne sont là que pour mieux rappeler à la bourgeoisie que « tant qu’on est vivant, tout va bien ». Un incorrigible optimiste, en somme…

JE VOUS LE CONSEILLE SI…

… vous avez envie d’une piqûre d’optimisme. Si Igor, Léonid, Sacha et les autres sont capables d’être heureux, le bonheur est à la portée de tous. Il est peut-être temps d’éteindre sa télévision et de renouer avec les veillées et les jeux de société au bar du coin?

… la vie dans les pays de l’Est des années 50 et 60 ne vous est pas familière : qui étaient ces hommes qui ont fui leur pays? Pourquoi ont-ils tout laissé derrière eux? Quelles horreurs ont-ils vécu, dont ils ne veulent pas parler?

EXTRAITS :

Entre oubli et témoignage, les réchappés du communisme se disputent:

- Tu ne vas pas continuer à nous casser les couilles, Léonid. Tu as gagné. Tu as eu un paquet de médailles. Staline t’a embrassé et t’a décoré. Iliouchine dit que tu étais le meilleur pilote du monde et Tupolev te considérait comme son fils. On a donné ton nom à des rues et à des écoles. Tu as été un héros de l’Union Soviétique. Bravo, camarade, mais aujourd’hui, tu n’es qu’un trou-du-cul de taxi parisien. Arrête de nous emmerder avec cette putain de guerre. On ne veut plus en entendre parler!
Léonid encaissait les rebuffades sans s’énerver et recommençait aussitôt.
- Si je n’en parle pas, Vladimir, si je ne dis pas ce qu’on a vécu, qui le saura?

Une petite leçon d’optimisme à la russe :

- Je ne suis pas donneur de conseils, Michel. Mais question emmerdements, je suis un expert, vous pouvez me croire. Pour éliminer le chagrin, il y a trois remèdes. Il faut manger. Un bon repas, des gâteaux, du chocolat. Ensuite, écouter de la musique. On se fait toujours avoir. On oublie. Il y a peu de chagrins qu’un moment avec Chostakovitch n’ait pas effacés, même quelques minutes. Il faut éviter la musique en mangeant.
- Le troisième remède, c’est de prendre une bonne cuite?
- Grosse erreur. L’alcool ne fait pas oublier. Au contraire. Moi, la méthode que je préfère, c’est le cinéma. Une journée complète. Trois ou quatre films d’affilée. Là, on oublie tout.

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 Un inestimable témoignage  Pour poursuivre la fresque jusqu’aux années 2000

Le Club des Incorrigibles Optimistes, de Jean-Michel GuenassiaUn grand merci à Babelio pour m’avoir fait gagner ce livre, et au Livre de poche pour me l’avoir envoyé.


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