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L'erreur économique mondiale

Publié le 18 octobre 2011 par Espritvagabond
Intro
Je disais dans un billet précédent - qui me sert d'introduction à cette chronique sur les politiques de droite en occident - que les règles imposées par le FMI et le néolibéralisme, et l'observation de ses effets néfastes dans les pays où il a été impliqué, représentent un beau laboratoire de politiques économiques... Je posais la question: En tire-t-on des leçons?
Il semble bien que non.
L’idéologie dominante des ajustements structurels repose sur le principe de l’efficience du marché libre et de l’intervention gouvernementale réduite au minimum. La conditionnalité telle que pratiquée par le FMI est donc soutenue par le néolibéralisme. Ce sont les mêmes principes qui gouvernent les États-Unis depuis Reagan et qui gouvernent actuellement le Canada et le Québec depuis près d'une décennie.
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Le jeu des sept erreurs
Pour vous faire comprendre à quel point cette idéologie est devenue dominante, voici quelques affirmations que vous ne mettez même plus en doute tellement on vous les a martelées pendant des années, alors que si vous prenez la peine d'y réfléchir, aucune n'est sensée. Elles sont suivies de quelques notes personnelles.
Les salaires de 5-8 millions sont normaux pour un poste de PDG.
Nous parlons de la rémunération d'une seule personne, pour une seule année. Quand on sait qu'une part de cette rémunération comporte des avantages fiscaux en plus, je me demande à partir de quel montant on va commencer à réaliser que c'est un chiffre répugnant. Le président de Bombardier(*) - pour prendre un de nos fleurons québécois - offre un bon exemple. En 2009, le pauvre bougre faisait que 3,89 millions alors qu'en 2008, il avait fait 7,83 millions. Malgré cette baisse incroyable, il a fait en deux ans 11,72 millions de dollars à lui seul. Dans un pays où le salaire moyen est d'environ 40 000$, à partir de combien de dizaines de millions trouvera-t-on qu'un salaire devient simplement indécent? Pourtant, ce qu'on lit dans les médias, ce sont des commentaires comme: « Ça peut sembler élevé, mais si on compare ce salaire avec les autres entreprises de cette catégorie, c'est très raisonnable » par un analyste financier qui dit ça le plus sérieusement du monde. La meilleure manière de vous faire accepter l'inacceptable, c'est de vous faire croire que c'est normal.
Il est normal de rémunérer un PDG des millions même si son entreprise doit être subventionnée.
Celle-là est superbe. Reprenez l'exemple de Bombardier ci-haut, et gardez en tête qu'il s'agit d'une entreprise qui reçoit des subventions des gouvernements. Oui. Et mieux encore, comme parfois, ces subventions sont contestées auprès de l'Organisation mondiale du commerce, il faut également que notre gouvernement se défende devant l'OMC, ceci aux frais de l'état. Ailleurs, quand les banques américaines et européennes - qui versent également des salaires "raisonnables" de plusieurs millions à leur dirigeant  - se sont retrouvés ruinées, c'est évidemment l'état qui a payé pour les sauver. Elles continuent de rémunérer leurs dirigeants de la même manière depuis. Ces entreprises continuent - totalement incohérentes - à prôner la non-intervention de l'état.
Comme les pays sont endettées, ils doivent couper dans les dépenses.
C'est un mantra qu'on entend depuis des décennies. S'il y a du vrai dans la saine gestion budgétaire de l'état, le fait demeure que l'état qui veut équilibrer un budget en difficulté peut aussi jouer sur ses revenus. Au Canada, en baissant les impôts des plus riches et des grandes entreprises, et en baissant le taux de la TPS de 7% à 5%, le gouvernement actuel a réduit sérieusement les revenus de l'état canadien. Il est donc maintenant aux prises avec des déficits et des problèmes budgétaires à cause de ses propres actions. Plutôt que de revenir sur ses positions déficientes et corriger le tir, il veut maintenant couper les services aux citoyens. Ils accepteront sans broncher puisqu'ils sont habitués à ce mantra.
Monter les impôts des entreprise nous rendrait non concurrentiel face aux autres pays.
Voici la justification des gens de droite la plus stupide que j'ai entendu. On l'utilise pour convaincre les gens que la seule issue aux problèmes budgétaires de l'état est de couper les dépenses. Or regardez dans tous les pays occidentaux qui pratiquent cette idéologie: aucun n'arrive à s'en sortir. Tous sont incroyablement endettés, tous ont à affronter des déficit gigantesques, et chacun continue de dire qu'ils ne peuvent pas augmenter les impôts des riches et des entreprises, pour demeurer concurrentiels. Mais eux comme leurs concurrents sont ruinés... faute de revenus! La première composante d'un budget est le revenu. Il est ardu, sans revenu, d'équilibrer un budget. Or le plus grand succès du néolibéralisme est de rendre normale l'idée que les états ne doivent pas imposer la grande entreprise, se privant ainsi de revenus majeurs.Monter les impôts des riches n'est pas souhaitable; ils payent déjà plus que les pauvres.Il est vrai qu'un PDG qui gagne près de 12 millions en deux ans paye plus d'impôt que le type qui nettoie son bureau. Combien d'impôts? Au Québec, même si ce PDG était salarié à 100% de sa rémunération et vivait seul, sans aucune déduction ou abri fiscal (ce qui est virtuellement impossible), il ne payerait pas plus de 6 millions sur ces deux ans. Doit-on trouver horrible qu'il ne lui reste alors que 6 millions sur deux ans pour subvenir à ses besoins? Une fois encore, à partir de quel genre de besoins et de salaire net d'impôts doit-on considérer que ce contribuable est rémunéré de manière indécente et doit donc contribuer plus?
On doit réduire les interventions de l'état, réduire la taille de l'état. La bureaucratie coûte cher et est inefficace.
Une autre parmi les préférées des néolibéraux. Il n'y a pas à regarder bien loin pour voir les effets pervers d'une telle pensée. Le Québec a effectué son virage privatisation et sa cure d'amincissement de l'état au ministère des transports, et le coût de nos infrastructure à grimpé en flèche. Belle efficacité. On assiste ici à un très beau coup d'état, au sens où un petit groupe a maintenant le pouvoir, conserve son pion sur la pointe visible de ce pouvoir et utilise ce pouvoir pour s'approprier indûment les fonds publics. Les américains, en vagues successives depuis les années 80, ont aussi aminci l'état, notamment au niveau des organismes de surveillance des marchés financiers et de la réglementation de ceux-ci. La crise financière mondiale qui découle directement de ces marchés est un exemple flagrant d'effet pervers de l'absence de l'état pour encadrer l'économie de marché. (Notez que le Canada ayant résisté à ce genre de libéralisation des marchés financier a été un des pays qui a le mieux résisté à cette crise financière - une autre leçon que personne ne semble vouloir comprendre).
Votre priorité est l'économie.
Si vous avez suivi la dernière campagne fédérale, ou une des nombreuses campagnes provinciales... ou même simplement l'actualité québécoise et les commentaires de notre PM sur les demandes répétées de commission d'enquête, vous noterez que les gens de la droite économique vous disent sans cesse que votre priorité est l'économie. Ils répètent ce messages à la moindre occasion. Les médias relaient l'information... au point où chacun en vient à penser que c'est vrai. Or si vous questionnez les gens, ils pensent plus à la justice sociale, à l'environnement, à leur santé, à leur éducation et celle de leurs enfants, à leurs loisirs. Certes, ils veulent également un emploi qui les satisfait et leur permet de gagner leur vie, mais ceci ne relève pas de l'économie. Il ne faut pas confondre finances personnelles et économie.
Les tenants de la droite adoptent alors un discours incohérent: Ils cherchent d'abord à tout prix à stimuler l'économie, en voulant stimuler la demande, donc la consommation, ce qui a un effet négatif sur les finances personnelles. Et comme ils prônent la non-intervention de l'état, ils se coupent du potentiel de redistribution de richesse, donc de la possibilité d'aider réellement les citoyens à occuper un bon emploi ou avoir de meilleure finances personnelles. Les politiques qu'ils défendent sont excellentes pour l'économie des riches; le seul groupe de citoyens dont la priorité est effectivement l'économie.
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De l'actualités économique et financière occidentale
Je poursuis mon exploration des politiques de droite en observant plusieurs manifestations (au Québec et ailleurs dans le monde), ainsi que les actualités récentes sur l'état des finances de la plupart des pays industrialisés. J'ai déjà donné mon opinion sur la cause principale de la collusion et corruption au Québec; il semble bien que l'obstination du gouvernement actuel force les gens à manifester dans les rues pour réclamer une enquête. Plus au sud, chez nos voisins américains spécialistes de la finance et de l'économie, d'autres manifestations durent maintenant depuis plus d'un mois, à Wall Street et ailleurs dans New York et leur mouvement s'est récemment amené chez nous. Les protestations publiques ne s'arrêtent pas ici; au contraire, puisque l'on voit depuis des mois, des manifestations monstres avoir lieu en Grèce, en Espagne et au Portugal, pour prendre trois exemples outre-Atlantique.
D'ailleurs, côté économie et finance, ce qui a retenu l'attention des derniers mois, c'est d'abord la crise de la dette américaine, puis l'incertitude face à celle-ci et à l'économie du pays. Les nouvelles d'outre-mer ne sont guère plus encourageante, puisque l'euro fait face à sa plus grande crise depuis sa création. L'économie de la plupart des pays de l'union est aussi incapable de se relever de la crise de 2008; au point où on parle même de l'Italie, troisième économie européenne, comme étant en difficulté.
L'aide viendra d'où? On parle déjà d'aide en provenance des pays émergents. Notez que des pays principaux du BRIC; le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, aucun n'a pratiqué des politiques néolibérales intensives dans la dernière décennie.
Pendant ce temps au Canada, l'annonce de la coupe de milliards accompagne toujours une absence totale d'incitatifs de relance économique, et la poursuite d'une politique fiscale aberrante favorisant les grandes entreprises au détriment des services aux citoyens et créant un déficit monstre qui augmente notre dette nationale. Où se dirige-t-on aussi bêtement malgré les signes?Les États-Unis ont appliqué ces politiques sous l'administration Bush: voilà où ils en sommes. Aveuglément, le gouvernement Harper applique les mêmes stratégies économiques que les républicains américains. Il est facile de comprendre où cela risque de mener le pays. Il se vante d'avoir traversé la crise mieux que d'autres, sans comprendre que c'est justement dû à des politiques différentes, appliquées par ses prédécesseurs, et que ce sont justement les surplus du Canada qui lui ont permis de traverser la (première) crise.
Un manque de vision équivalent fait aboutir le Québec à couper cette fois-ci dans la santé et l'éducation, après avoir dilapidé des fonds en réductions d'impôts pré-électorales en 2008 au moment où la crise mondiale se pointait et à lancer un plan de bradage de ressources naturelles sans redevances conséquentes pour l'état, une fois encore sous l'absurdité qu'il faut être concurrentiel, alors que d'autres pays demandent leurs dû et que ceux qui ne le font pas se font exploiter honteusement.
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Conclusion
Quel est le lien entre les dénonciations d'Hugo Chavez, le FMI, les actualités résumées ci-haut et la crise mondiale dont personne ne semble pouvoir sortir? Le lien est simple: ce sont les politiques économiques des gouvernements de droite. Un marché le plus libre possible et des états qui n'interviennent plus. Point. Pourtant, les expériences économiques du FMI dans plusieurs pays du monde nous montraient exactement ce qui allait arriver avec ces politiques.
En fait, c'est simple: les bases économiques même de l'idéologie néolibérale sont erronées (**).
Dès décembre 2009, Lionel Barber du Financial Times écrivait « The global financial crisis marked the collapse of the"efficient market hypothesis", which said economic actors behave rationally and markets efficiently. In fact,the world discovered (again) that economic actors can behave irrationally and markets can be anything butefficient » 
Là où nous en sommes aujourd'hui, c'est à déplorer l'incroyable accroissement de l'écart entre les riches et les pauvres partout sur la planète. Et même le FMI, dans un article publié dans sa revue Finances et Développement de septembre 2011, souligne que  « L’accroissement de l’inégalité des revenus dans les pays développés est lié à une hausse de la dette intérieure et extérieure ».
La conclusion qui s'impose est d'une évidence désarmante: Il est impossible que la situation s'améliore si ces politiques ne sont pas modifiées profondément. Et il est impossible de modifier ces politiques sans apporter un changement majeur de l'idéologie défendue par les gens qui dirigent les états.
Au Québec, on commence à peine à comprendre le lien entre ces marionnettes à la tête des états et les marionnettistes que sont les plus riches de ce monde.
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(*) Je prend Bombardier, mais n'importe quel PDG du groupe des 100 aurait fait l'affaire. Bombardier est un bon exemple, puisque c'est une compagnie dont les Québécois sont fiers et qui évoque la PME démarrée par J.A. Bombardier.
(**) Bien que l'économie soit présentée comme une "science" dans les université et par les économistes, toutes les théories économiques reposent sur des hypothèses qui ne se retrouvent jamais dans la réalité, leur application simpliste implique donc des résultats différents des théories.

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