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Coupe du Monde : Bilan.

Publié le 24 octobre 2011 par Lben

Chronique du lundi 24 octobre 2011.

La Coupe du Monde 2011 s’est terminée sur la victoire des All Blacks, des favoris qui sont passés pas loin de la corectionnelle face à un adversaire qu’ils ont toujours autant de mal à battre dans l’épreuve, la France. En plus de la surprise Bleus, quels sont les enseignements à tirer de l’évènement. Analyse…

Fossé ou pas entre les 2 hémisphères ?

La Nouvelle-Zélande a remporté son 2ème titre de champion du monde, rejoignant l’Afrique du Sud ( 1995 -2007 ) et l’Australie ( 1991 – 1999 ). Face à cela, le seul titre Anglais ( 2003 ) ressemble à une anomalie et les nations de l’hémisphère nord sont, encore une fois, reparties bredouilles. Pourtant, l’Irlande a battu l’Australie en match de poule et la France semblait capable de remporter le trophée grâce à une formidable finale. Alors où est la vérité ? Fossé ou pas fossé entre les 2 hémisphères ? En termes de résultats et surtout de structures mises au service de leurs équipes nationales, les nations du sud possèdent un temps d’avance grâce à une organisation autour d’une unique structure, la fédération, et à des saisons, pour la partie Super15 – Tri-Nations, courtes, qui favorisent la performance de leurs joueurs. En France et en Angleterre, les 2 leaders Européens, les dissensions entre clubs et fédérations compliquent la stratégie autour de l’équipe nationale. La France est l’équipe qui s’entraîne le moins des nations majeures et ce n’est pas près de changer. Ce n’est pas pour autant que le modèle Européen doit être complètement revu. Non. Il serait surtout important que le nombre de matchs par joueur diminue ( les français sont les joueurs qui jouent le plus au monde ) et que, d’autre part, il existe une véritable stratégie au service de l’équipe de France, ce qui est loin d’être le cas. Est-ce que l’on arrivera rapidement à réduire le Top14 à 12 équipes pour faciliter une telle évolution ? Ca m’étonnerait que les clubs sacrifient 2 des leurs pour aider l’équipe nationale. Pourtant, c’est la seule voie possible pour réduire la longueur de la saison et mieux protéger les joueurs de l’équipe de France. Attention à ne rien faire, car, si la France se maintient dans les nations majeures, rien ne dit que, dans le futur, notre équipe nationale ne sera pas mise en péril par des nations qui se donneraient les moyens d’être performantes comme le Japon ( rappelez-vous le match de poule ), le Canada, l’Italie ou les Etats-Unis. Dans le haut-niveau, celui qui n’avance pas est vite rattrapé par ceux qui étaient derrière lui…

La montée en puissance physique des petites nations :

Les petites nations justement. Un des grands enseignements de cette Coupe du Monde vient des petites nations et de la capacité qu’elles ont eu à être prêt physiquement que ce soit le Japon, la Georgie ou même la Russie. Il est toujours possible d’avoir des scores élevés mais la manière de le faire, pour les grosses équipes, est beaucoup plus difficile maintenant que cela ne l’était sur les éditions précédentes. Les Georgiens ont livré de sacrés combats aux Anglais et aux Argentins, les Russes, pour leur 1ère participation, n’ont pas démérité, sans parler des Japonais qui montent en puissance en prévision du mondial 2019. C’est une excellente nouvelle pour la santé du rugby mondial, qui a besoin de nouveaux pays, et surtout de surprises dans les performances. La seule déception, à ce niveau-là, est venu des 3 équipes du Pacifique même si les Tonga ne sont pas passés loin, avec un calendrier équitable on peut même penser qu’ils auraient éliminé la… France, et les Samoa et les Fidji faisaient parti d’une même poule infernale ( Pays de Galles et Afrique du Sud ). Mais tant que ces équipes seront gérées par des fédérations tenues par quelques personnes privilégiant leurs propres intérêts et que l’IRB se contente de faire le minimum, il ne sera malheureusement pas possible d’espérer beaucoup plus d’équipes qui possèdent pourtant des viviers de joueurs aux qualités impressionnantes.

La victoire de l’Irlande sur l’Australie a été une formidable bouffée d’air frais, changeant totalement un scénario écrit depuis le tirage au sort des poules. Mais c’est insuffisant. La victoire du Pays de Galles sur l’Afrique du Sud aurait pu, aussi, amener cette impression, mais le monde du rugby a, maintenant, surtout besoin que des équipes comme le Japon, les Etats-Unis, la Georgie ou le Canada soient capables d’un exploit qui laisse entrevoir une possible qualification pour les quarts de finale. Ce n’est pas encore le cas mais, dans un monde du rugby où tout phénomène de progrès est lent et laborieux, certains indices, lors de cette épreuve, laissent penser qu’une telle évolution est inévitable.

Où sont les 10 ?

Il est impressionnant de voir que la finale de la Coupe du Monde s’est disputée avec, d’un côté, le 3ème ouvreur du pays, et, de l’autre, un demi de mêlée repositionné en 10. Si l’on ajoute la blessure de Priestland pour Galles, de Cooper pour l’Australie à celle de Dan Carter, on se rend compte que se poste est de plus en plus exposé et devient de plus en plus difficile à occuper. En plus des blessures, il est même difficile de faire ressortir la performance des ouvreurs pendant une épreuve qui a été très physique au niveau de l’engagement.

Le positionnement des ouvreurs sur le terrain en fait le maillon faible du dispositif défensif. Il est situé dans la zone la plus proche de celle où se trouve les avants, tout en n’en étant pas un. Ce qui veut dire que c’est sur lui que convergent les 3ème lignes adverses pour charger, balle en main, et espérer casser la ligne de défense. Ceci est, en plus, renforcé par la prise de masse musculaire des trois-quarts centre qui, au niveau international, pèsent tous près de 100 kilos. Le demi d’ouverture, par les spécificités liées à son poste, reste un gabarit médian dont les qualités premières sont plutôt la bonne lecture stratégique du jeu, le jeu au pied et une certaine vivacité pour éviter les défenseurs et impulser l’attaque. Mais, au vu de cette Coupe du Monde, cela n’est plus suffisant pour rester physiquement intègre. Le demi d’ouverture  risque de devoir, lui-aussi, participer à la course à la dimension physique, quitte à y perdre en intelligence de jeu et en spontanéité. Ce serait dommage de tomber, là-aussi, dans le stéréotype physique mais la tendance parait difficilement réversible au vu des difficultés rencontrées par les ouvreurs actuels, sans parler des cervicales de Parra, sacrément mises à l’épreuve, sur les dernières rencontres.

Quel horizon pour l’arbitrage ?

Avant de parler de comportements arbitral et de règles, il est important de mesurer le résultat final : le spectacle offert tout au long de cette Coupe du Monde. Il est globalement bon et à donné une impression de tendance offensive plus marqué que lors de la dernière épreuve. Les règles et leur application à certainement à voir à ce niveau. Néanmoins, malgré un mot d’ordre donné avant le début de la compétition sur un arbitrage rigoureux des hors-jeu de ligne ( positionnement de la ligne de trois-quart en défense au moment du lancement de l’action ) il est à noter, la finale en est un excellent exemple, que cette prérogative est restée lettre morte. Il est pourtant essentiel que quelque chose soit fait à ce niveau. Si la ligne de trois-quart en défense est systématiquement hors-jeu, elle possède un avantage sur l’attaque qui est souvent rédibitoire. Si l’on ajoute à cela le principe de défense inversé, avec le 2ème centre qui monte en pointe histoire de couper les extérieurs, les ailiers ne risquent pas de toucher des ballons en bout de ligne. Il est indispensable pour le spectacle que le hors-jeu de ligne soit véritablement arbitré. Les arbitres de touche devraient être responsabilisé encore plus, à ce niveau-là, car c’est eux qui ont la capacité de contrôler les montées défensives. Ensuite, des améliorations sont toujours possibles. Celle qui consisterait à interdire la défense inversée, avec une ligne de hors jeu qui passe par les pieds du premier défenseur jusqu’à ce que le premier attaquant ait passé la balle, me paraitrait une évolution importante et intéressante. Malheureusement, elle est bien trop novatrice pour le conformisme de l’IRB.

En ce qui concerne l’équité des matchs, puisque cela est un sujet qui revient, notamment au niveau de l’arbitrage de Mr Kaplan lors de la finale, il existe encore des abus de pouvoir qui auraient dû disparaitre depuis longtemps. Mais avant même de parler du directeur de jeu, il faut stigmatiser une organisation de l’épreuve déséquilibrée, qui oblige les petites nations à jouer tous les 4 jours, ce qui a peut-être sauvé la France de l’élimination par le Tonga. Ensuite, on peut mentionner quelques injustices liées à un arbitrage en sens unique. Et là je pense plus spécialement à l’arbitrage de Nigel Owens ( Galles ) lors de Afrique du Sud – Samoa où ses décisions ont été largement favorable aux Sud-Africains, pourtant en difficulté. Mais plus que l’arbitrage, c’est les choix d’arbitre qui posent de véritables problèmes. Comment un Gallois peut arbitrer un tel match, qui a des incidences sur la qualification ou non du Pays de Galles ? Comment aussi un arbitre à moitié français peut-il arbitrer la France ? C’est à ce niveau-là qu’un véritbale ménage doit être fait de manière à éviter toute suspicion ou risque d’abus.

En ce qui concerne la finale et la suspicion française au sujet de Mr Kaplan, je tiens à dire que j’ai trouvé ce dernier cohérent dans sa manière très laxiste d’arbitrer. Je dirai même que sur l’ensemble du match, ses décisions ( ou non décisions ) ont été plutôt favorable à l’équipe de France. Sur la fin de match, c’est vrai que la pression française pouvait espérer se nourrir d’une pénalité qui aurait fait basculer le match, mais comme MrKaplan a peu sifflé pendant toute la rencontre, il n’avait pas de raison de changer sa façon de faire juste à la fin. Donc, malheureusement, si on a perdu ce match, ce n’est pas la faute de l’arbitre mais plutôt à la capacité des néo-zélandais à bien gérer ce moment difficile, à la fois en adpatant leur façon de jouer, notamment pour ralentir les sorties de balle, à l’arbitrage et en ne cédant jamais complètement sous la pression française.

L’IRB est incapable d’avoir une stratégie de développement du rugby :

Pendant cette compétition, l’IRB n’a même pas été capable de procéder à l’élection de son président, ce qui était pourtant prévu de longue date. Face aux récriminations sur le format de la compétition et les déséquilibres selon le poids des nations, elle a décidé… de ne rien décider. Gageons que la Coupe du Monde 2015 passera de 7 à 6 semaines et que les effectifs des équipes seront portés à 32 joueurs. Quelle innovation et quel sens de l’à propos…

En ce qui concerne le développement du rugby, il faudra se contenter d’une seule compétition mondiale capable d’attirer le grand public une fois tous les 4 ans et tant pis pour le développement des petites nations ou des difficultés financières des la Nouvelle-Zélande ou de l’Afrique du Sud. L’IRB est une entreprise qui génère du revenu seulement 1 fois tous les 4 ans mais, apparemment, cela ne semble pas poser de problème à ses dirigeants. Je pense que tous ceux qui sont patrons, grands ou petits, comprendront ce que je veux dire. Bien sur, l’arrivée du rugby à 7 aux Jeux Olympiques de 2016 sera un plus, cela permettra à des nations comme le Kenya ou la Corée du Sud d’exister sportivement mais ce n’est pas suffisant. Quand on voit le niveau de performance de l’équipe de Georgie et que rien n’est fait, quasiment, pour aider au développement du rugby dans ce pays, c’est désolant. A part la Coupe du Monde, aucune compétition ne correspond à une véritable logique, soit purement sportive, soit de développement de ce sport et de visibilité auprès du grand public. Le rugby mondial est à un tournant mais personne à l’IRB ne semble s’en rendre compte. Les pays Anglo-saxons ne veulent pas partager une once du pouvoir qui leur permet de rester les maîtres, en apparence, d’un sport qui est pourtant devenu beaucoup plus grand qu’eux. Quel dommage…

Toujours pas de dopage dans le rugby :

Enfin, dernière leçon de cette Coupe du Monde, et ce même si aucun bilan n’a encore été fait officiellement, il n’y a toujours pas de dopage dans le rugby. Les joueurs sont de plus en plus gros et courent de plus en plus vite, mais c’est naturel. Ca me fait un peu penser au cyclisme du début des années 90 où les vitesses moyennes s’affolaient sans que personne ne s’inquiète. Il a fallu que certains meurent pendant les compétitions pour qu’un début de réaction s’organise et que les pouvoirs publics s’en mêlent, faisant des cyclistes de pseudo-criminels. Le spectacle est beau et c’est vrai qu’un tel engagemenet fait rêver, mais à quel prix ? Réponse dans quelques années…

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