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Amette fait son Paris 13e

Publié le 26 février 2008 par Philippe Di Folco
Amette fait son Paris 13e Le Lac d’or  Jacques-Pierre Amette (Éditions Albin Michel)   « Le soir, pour décompresser, Ferragus et moi nous avions l’habitude de dîner au Lac d’or, un modeste restaurant chinois (…). Sous les lumières tamisées et dans les chuchotis des rares couples d’habitués, on commentait nos enquêtes. » Ainsi parle Barbey, commissaire en charge des affaires criminelles du 13e arrdt. de Paris, un flic qui totalise pas mal de casseroles à son tableau de chasse : ex-amoureux contrarié de la belle Chloé (une prostituée en appartement), obsédé par une hypothétique filière de terroristes Birmans, et enfin, une propension à aimer les cafés et à trop parler au « peuple ». D’ailleurs, précise-t-il lui-même au début de cette histoire qu’il nous raconte, alors qu’il vient de passer une nuit en observation, planquée dans sa vieille Volvo : le temps des Maigret est révolu depuis longtemps. Voici donc un faux-vrai polar à la Simenon ou plutôt une véritable introspection dans les soubassements d’un Chinatown très terrain, voire terroir, loin des clichés et des bonnes petites remarques politiquement correctes. Très mal aimé, solitaire, replié sur lui-même, Barbey, cinquantenaire fatigué, débordé par les nouvelles méthodes d’investigation qui, à coup d’ADN et d’analyse biométriques, condamnent à court terme ses propres méthodes (grâce auxquelles l’instinct, l’intuition, l’audace et la ruse confinent parfois à la vérité), se voit rattrapé par son amour estival, la surprenante et insaisissable Chloë, retrouvée morte sur les rails d’Austerlitz. L’immeuble où logeait la fille, délabré, remplis de locataires, véritable source d’énigmes croisées, donne lieu à de cocasses interrogatoires et à des face-à-face avec un couple d’Helvètes sentant le vieux fromage. Barbey sera-t-il bientôt mis au placard, ringardisé ou trahi par Ferragus lui-même ? Ferragus, voilà un drôle de nom, n’est-ce pas chez Balzac, dans l’Histoire des Treize, qu’il est question de ce fourbe et rusé personnage ? Et ce Lac d’or, s’il existe réellement un restaurant à ce nom, avenue des Gobelins, pourquoi celui-ci provoque-t-il en Barbey quiétude, calme et paix de l’âme ? On pourrait s’amuser à revenir sur tous les lieux, les rues, les échoppes mentionnés dans ce roman, antiguide inspiré du 13e, révélateur assurément d’une magie contemporaine souvent à peine esquissée par les nouveaux auteurs de polar, comme le rappelait Franck Evrard (Le Treizième au noir, E/dito, 2005). Tout au long de son texte, Amette, qui semble définitivement « remis » du syndrome Goncourt (2003), prête à Barbey de merveilleuses saillies dont celle-ci, qui boucle l’épopée d’un flic ordinaire malade de son époque : « Je quittai le bureau, je quittai le commissariat en laissant les clés de la voiture, mes affaires en pensant que je ne reviendrais jamais dans cet endroit. Je pensais aux rues qui mènent à la mer, aux aérodromes, aux femmes si nombreuses et si belles qui sont partout, à tous ces espaces désolés, aux avenues désertes, à tous ces endroits où on ne juge personne, aux murailles de Rome, roses, aux voitures qui vont et viennent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de pétrole, un jour. Je pensais aux chemins pleins d’insectes, en Italie ou en Grèce, et je me laissai gagner par la fatigue dans un bar-tabac de la rue Monge. » Si Barbey n’as rien d’un décadent ou d’un réac, il possède l’élégance d’une époque qui n’est plus, une époque où l’on savait tirer sa révérence, s’en aller à pas menus, redevenir piéton de Paris pour en extirper la poésie première.

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