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Tristan Tzara [anthologie permanente]

Par Florence Trocmé

Les Éditions Flammarion viennent de publier, en collection « Mille et une pages », l’œuvre poétique complète de Tristan Tzara. Présentation de ce livre ici 
 
 

 
dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang 
hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles 
tombé à l’intérieur de soi-même retrouvé 
les cloches sonnent sans raison et nous aussi 
sonnez cloches sans raison et nous aussi 
nous nous réjouirons au bruit des chaînes 
que nous ferons sonner en nous avec les cloches 

quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière 
nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps 
et le doute vient avec une seule aile incolore 
se vissant se comprimant s’écrasant en nous 
comme le papier froissé de l’emballage défait 
cadeau d’un autre âge aux glissements des poissons d’amertume 
 
Tristan Tzara, « L’homme approximatif », in Poésies complètes, coll. Mille et une pages, Flammarion, 2011, p. 423  
 
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III 
 
c’est de l’immense solitude du brin de paille 
abandonné aux lèvres voraces des champs 
que je déduirai le feu à couture de nacre 
les ancres de nuit aux ailes agricoles aux tresses de sarment 
les aloès rouillés les murs mis à vif des défilés d’hommes et de grêlons 
fours branlants où le pain est de pierre et la paix des fougères s’émiette 
ce sont les grillons d’anis et d’ombre 
d’une certaine transparence à voix étroite 
du toucher des objets blafards 
d’une peau douce à la longue haleine 
d’une envolée de bijoux sans lendemain ni plumes 
d’un jour foncé d’un bois de pigeons 
d’une fenêtre froide comme d’une chevelure sans feuilles 
on guette la poutre de soleil 
 
le silence n’a pas encore atteint la structure intime de l’ombre de cristal 
les pans de rocher aux crinières d’eau pâle 
le sommeil sectionne les êtres vivants par coupes verticales les unes sont noires les autres de mer 
le roi des vagues n’a pas encore séché sa dernière larme 
 
 
Tristan Tzara, « Midis gagnés », in Poésies complètes, coll. Mille et une pages, Flammarion, 2011, p. 972  
 
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IV 
 
la nuit gratte à la porte 
ronge l’impossible songe 
et l’éclat de l’oranger 
sous la lampe tu déchiffres 
les déchirements anciens 
les blessures parallèles 
tu échappes à la mémoire 
des bras souples de marée 
à l’orée de la peur bleue 
les sentiers mouvants des pieuvres 
 
or la nuit amie fidèle 
dans le même sac pour rire 
plie les choses et le temps 
toute la terre 
à ton sein 

 

 
ni les yeux ne savent que dire 
ni les pas mener à bien  
l’aventure de poussière 
le soleil fou dans les vignes 
 
si de toutes les démarches 
tu choisis la plus fragile 
dégrafée au col neigeux 
l’aube noire aux chevilles 
 
c’est sous d’anciennes herbes 
que par des chemins de chèvres 
perce une voie imaginaire 
où la mer au feu se mêle 
 


VI 
 
Mers – aux portes de vos battements 
j’ai saisi le flux des ailes 
à l’instant de transparence 
 
craintes – enchaîné aux pattes molles 
le rocher au flanc vidé 
j’ai suivi vos lisses pentes 
 
mais les valses de nos temps 
résolus au fort des choses 
retentissent par le monde 
tissent au moulin des larmes 
la voie libre 
 
plénitude des foules amples 
pour avoir bu à vos sources 
j’ai cru voir aller ensemble 
le soleil et l’avenir 
 
Tristan Tzara, « Phases », in Poésies complètes, coll. Mille et une pages, Flammarion, 2011, p. 1254 à 1256  
 
 
Tristan Tzara dans Poezibao : 
bio-bibliographie, extraits 1, extrait 2, 


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