

... C'est une nouvelle Venise qui m'apparaissait en sa différente beauté. L'hiver était presque venu ou du moins ce qu'en laisse prévoir l'extrême automne en son air refroidi, en ses soleils plus brefs, en ses ciels plus instables, tantôt d'une limpidité comme cassante, tantôt voilés de brume. La molle Venise de septembre prend, à ces fins de novembre, une figure plus sévère et plus grave. Elle ne cache plus ses mélancolies sous les fards favorables de sa magique lumière. Elle se laisse voir telle qu'elle est et comme nue. Parfois les longues larmes de la pluie ruissellent sur le marbre vieilli de ses façades, mais elle ne perd rien de sa fierté. Elle se retrouve plus elle-même qu'aux jours où elle s'offre à la curiosité des touristes et aux regards indiscrets de ceux qui ne cherchent en elle qu'un décor .... Comme je l'ai aimée en ces jours plus intime, cette Venise redevenue vraiment vénitienne ! Henri de Régnier, L'Altana ou la vie vénitienne
