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L'humanité de Vincent Lindon

Par Tred @limpossibleblog
L'humanité de Vincent LindonVincent Lindon est un drôle d’acteur. En fait non, pas vraiment. Il fait partie de ces acteurs français, populaire sans être vraiment star, respecté sans être vraiment révéré, apprécié sans être vraiment encensé. C’est surtout un acteur que l’on prend pour acquis dans le cinéma français parce qu’il n’est pas de ceux qui se mettent en danger à chaque film. Il n’a jamais reçu de César et vois rarement ses films concourir pour la Palme d’Or à Cannes. Non, Vincent Lindon n’est pas un acteur qui fait vibrer la fibre cinéphile. Trop confortable, trop conforté, trop souvent dans la peau de personnages dans lesquels on devine qu’il pourrait se reconnaître, une vision de la vie retrouvée chez eux.
Et pourtant. Pourtant il y a quelque chose chez Vincent Lindon. Une certaine incarnation de l’humanité peut-être. Je l’ai vu il y a quelques jours dans Toutes nos envies de Philippe Lioret, avec lequel il avait déjà tourné Welcome. On y retrouve le Vincent Lindon que l’on connaît et que l’on se prend à aimer, à la fois incarnation parfaite de l’homme, le vrai, et d’une certaine fragilité, cette douce humanité toute féminine. Il y a chez l’acteur ce conflit masculin/féminin que l’on retrouve chez très peu de ses collègues avec un naturel si fort, un choc constant entre sa virilité et sa douceur. C’est parfait pour Toutes nos envies, qui fait affleurer l’émotion parce qu’il accepte le mélo qu’il est et parvient à le dépasser (quand La couleur des sentiments, dans le genre mélo, s’étalait trop dans l’exploration de chaque recoin des clichés émotionnels), faisant jaillir l’étincelle grâce à la retenue et la suggestion.
Lioret n’évite pas les défauts, comme lorsqu’il esquisse la préparation de l’après (à la Ma vie sans moi d’Isabel Coixet), trop succinctement pour être véritablement essentiel, mais il parvient à trouver une autre nécessité à son film, autre que l’émotion pure. Un portrait d’homme et de femme, et à travers eux un regard sur la place de l’humain au sein d’une société où la consommation, le capital, la loi du marché priment trop souvent sur l’individu. Toutes nos envies cherche l’humanité... d’où Vincent Lindon.
L'humanité de Vincent LindonIl y a quelque chose de bouleversant chez Lindon, d’évident. J’aimerais tant le voir sortir de sa zone de confort, de ces rôles d’homme luttant envers et contre tout, contre l’injustice, contre le système, contre la maladie. Mais contre quoi n’a-t-il jamais lutté ou couru, Lindon ? Le comédien nous a tout de même pris de court au printemps dernier grâce à Pater d’Alain Cavalier, un des films les plus audacieux de l’année, et une sortie flamboyante de ses rôles de briseur d’injustices, qui lui a valu de monter les marches à Cannes où le film fut un cruel oublié du palmarès. Une performance entre la fiction et le documentaire où l'acteur se mélangeait avec son double cinématographique, où la limite entre l'homme et le comédien était floue.
Il y a quelques jours, le quotidien Le Parisien réclamait un César pour Vincent Lindon, et semblait croire que cette année serait peut-être, sûrement, la bonne. J’espère que le journaliste qui y croit ne sera pas trop déçu, car il ne fait aucun doute qu’il sera une fois de plus absent des récompensés. Lindon aura peut-être un jour un César, mais pas cette année. Peut-être serai-je un peu déçu moi aussi parce que même s’il se limite lui-même, même s’il va trop souvent là où on l’attend, même si ses performances ne sont pas forcément électrisantes, Vincent Lindon m’émeut.  Il est là, l’humanité faite homme, fort, naïf, hésitant, bouleversant. Et cela me suffit à le trouver indispensable au cinéma français.

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