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Les rois du pétrole

Publié le 15 novembre 2011 par Toulouseweb
Les rois du pétroleLes compagnies du Proche-Orient maîtres chez elles.
Dubaï est devenu un grand salon international de l’aéronautique et de l’espace. Mais il est envahi par l’information «locale» à un point tel que le reste du monde éprouve beaucoup de difficultés à faire entendre sa voix. D’autant plus que l’actualité y est largement aussi riche que les uns et les autres l’avaient prédit.
Boeing, qui en avait bien besoin, a joué les vedettes, en compagnie de l’un de ses deux partenaires habituels, en annonçant une commande supplémentaire de cinquante 777-300ER (Extended Range) et en prenant option sur vingt exemplaires supplémentaires, le tout d’une valeur de 26 milliards de dollars. Du coup, tout le monde s’agite à nouveau, dans un beau désordre, et avec un risque de sérieuses dérives dans l’analyse de ce contrat spectaculaire.
Le «triple 7» est probablement le meilleur avion civil conçu par Boeing depuis 30 ans et il mérite amplement son succès, prolongé par la mise au point de versions nouvelles dont, précisément, la 300ER. C’est un programme certainement très rentable (le millième exemplaire est actuellement en construction) et, à ce titre, conjointement avec la grande famille 737, de nature à compenser les déboires financiers du 787 et, accessoirement, du 747-8. En revanche, certains commentateurs vont un peu vite en besogne en enterrant prématurément l’Airbus A330, qui connaît lui aussi le succès. Souvent, ces Messieurs les analystes et quelques confrères un peu légers confondent tout : 777 et A330-200 sont en concurrence frontale comme le sont les 787 et A350XWB. En d’autres termes, l’A350 ne vient pas de subir une défaite, si ce n’est qu’il prend du retard. Mais tous les programmes en prennent.
Cette grosse commande a une autre signification : Emirates bâtit son avenir sur deux types d’avions, 777 et A380, parce qu’ils sont complémentaires en même temps qu’ils permettent à la compagnie de Dubaï d’entretenir une saine émulation entre les deux rivaux. Enfin, et c’est là l’essentiel, Emirates voit loin, vise une première place mondiale, sans marché national, sur la seule base de sa capacité novatrice à tirer le meilleur parti de la «6e liberté» de l’air, celle qui ne figure pas dans la Convention de Chicago et, grâce à la déréglementation des voies aériennes, permet de tout faire. Le mystère n’en est pas un : Emirates est menée de main de maître mais personne, hors région du Golfe, ne semble en mesure de reproduire son modèle économique.
Parallèlement, le loueur Alafco a annoncé au salon de Dubaï l’achat de cinquante A320 NEO et a confirmé trente autres exemplaires signés en juin. L’Aviation Capital Group américain a pour sa part décidé de commander trente NEO. On finit par ne plus compter, de peur de s’y perdre, et surtout, on se demande comment Airbus va pouvoir monter en cadence avec toute la célérité voulue. Oman Air, pour sa part, va acquérir six 787. Enfin, un point d’interrogation intrigue : que vient-il de se passer chez Qatar Airways ? Chacun attendait l’annonce d’une commande très importante, les paris étaient ouverts mais la conférence de presse a été annulée au dernier moment.
Par moments, le tapage des avionneurs est tel qu’on finit par oublier que ces commandes entraînent les grands motoristes dans une course parallèle, tout aussi folle. CFM International le rappelle en annonçant que le nouveau Leap-X a d’ores et déjà engrangé des contrats d’un montant total de 32 milliards de dollars. Le motoriste franco-américain nous apprend au passage que le C919 chinois fait à présent l’objet de 165 commandes dont 45 avions pour le loueur ICBC et 20 autres pour Sichuan Airlines.
L’actualité de la semaine ne se limite pas pour autant à ces événements qui, tout bien réfléchi, n’ont rien d’inattendu. En revanche, on s’interroge à nouveau sur les chances de succès du Rafale aux Emirats, sachant qu’une contre-attaque du consortium Eurofighter vient bousculer l’ordre établi. Aucune information crédible n’est disponible, si ce n’est qu’il est évidemment beaucoup trop tard pour dénoncer les dégâts de cette guerre fratricide entre Européens.
Pierre Sparaco - AeroMorning

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