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Les Lyonnais

Par Gjouin @GilbertJouin
Les Lyonnais
Un film d’Olivier Marchal
Ecrit par Olivier Marchal d’après le livre d’Edmond Vidal
Avec Gérard Lanvin (Edmond Vidal), Dimitri Storoge (Edmond Vidal années 70), Tchéky Karyo (Serge Suttel), Olivier Chantreau (Serge Suttel années 70), Valeria Cavalli (Janou), Daniel Duval (Christo), Lionel Astier (Dany), Francis Renaud (Brandon), Patrick Catalifo (Max Brauner), Estelle Skornik (Lilou Suttel), Pierre-André Gilard (Diégo), François Levantal (Joan Chavez), Etienne Chicot (Le Grec)
Sortie le 30 novembre 2011
Synopsis : De sa jeunesse passée dans la misère d’un camp de gitans, Edmond Vidal, dit »Momon », a retenu le sens de la famille, une loyauté sans faille, et la fierté de ses origines. Il a surtout conservé l’amitié de Serge Suttel, l’ami d’enfance avec qui il a découvert la prison suite à un stupide vol de cerises. Avec lui, inexorablement, il a plongé dans le grand banditisme et connu l’apogée du Gang des Lyonnais, l’équipe qu’ils ont formée ensemble et qui a fait d’eux les plus célèbres braqueurs du début des années 70. Leur irrésistible ascension prend fin en 1974, lors d’une arrestation spectaculaire… Aujourd’hui, à l’approche de la soixantaine, Momon tente d’oublier cette période de sa vie. Sa rédemption, il l’a trouvée en se retirant des « affaires », en prenant soin de Janou, son épouse, qui a tant souffert à l’époque, et des ses enfants et petits-enfants…
Mon avis : Olivier Marchal a encore frappé ! Décidément, en matière de polar, il y a une patte, un ton, une signature « Marchal ». C’est le quatrième qu’il réalise et, à chaque fois, il nous propose un nouveau film tout aussi efficace et prenant. Dans 36, quai des Orfèvres et MR 73, il s’était appuyé sur son propre vécu, évoquant des personnes qu’il avait croisées durant ses dix années passées dans la police. Cette fois, il s’est inspiré de Pour une poignée de cerises, le livre de souvenirs écrit par Momon Vidal, un des caïds du gang des Lyonnais qui a sévi au début des années 70. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, il a tiré un polar nerveux et haletant. Et formidablement humain.
Olivier Marchal a réalisé un film qui serait quelque part la synthèse entre Le Clan des Siciliens et Le Cercle rouge, mais avec une facture 2011. C’est d’autant plus troublant que les méfaits des Lyonnais ont eu lieu entre 1970 et 1974, et que le film de Verneuil et celui de Melville datent eux aussi de cette époque, 1969 pour le premier, 1970 pour le second (avec la DS 19 pour symbole commun)… Lorsque je parle de « facture 2011, c’est essentiellement au niveau du rythme et de la qualité de la photographie que je fais référence. Le film dure 1 h 40 et on ne le voit pas passer tant les actions s’enchaînent sans nous laisser à peine le temps de respirer.
Le générique lui-même est une sorte de mise en bouche du menu qui nous attend. Sur les notes d’un rock’n’roll rageur, se succèdent des images en noir et blanc et sépia. Procédé habile qui va nous faciliter la compréhension tout au long du film. Tout ce qui déroule entre les années 50 et 70 est traité dans ces trois tons. Et toutes les scènes du présent sont en couleurs. Il vaut mieux car le film effectue sans cesse des allers et retours dans les trois époques (l’enfance de Momon et Serge, leurs débuts dans le grand banditisme, et le présent).
En plus de Verneuil et Melville, Olivier Marchal est allé chercher une troisième référence outre-Atlantique du côté de Coppola. En effet, la scène de baptême qui ouvre le film fait inévitablement penser à celle du mariage du Parrain. A part qu’ici, les Gitans remplacent les Ritals. Sinon, c’est exactement la même ambiance avec une action qui se déroule en parallèle avec la fête… Mais passé ce clin d’œil, Olivier hausse le ton, change de braquet (de braquo ?) et refait du Marchal. Et c’est parti pour une succession de scènes spectaculaires, haletantes, brutales, éprouvantes qui tombent comme des couperets. Il ne s’embarrasse pas de fioritures, il ne va plus qu’à l’essentiel. Les images sont réalistes, sans concession; mais jamais gratuitement gore. Elles sont même volontairement moins violentes que dans les précédents films. Mais le résultat est le même : on subit une impérieuse et incontrôlable montée d’adrénaline.
Ce film est construit comme un western (Le Marshall n’est-il pas un shérif ?…). Il en a la dramaturgie, la dimension tragique. C’est tout simplement une histoire d’amour et d’amitié. D’amitié virile avec code de l’honneur à la clé. Hélas, pas pour tous. Alors les colts aboient… Avec le personnage de Momon Vidal, Gérard Lanvin décroche un de ses plus beaux rôles au cinéma. Il est géant. Quelle gueule, quel charisme ! Quand je pense que c’était Alain Delon qui avait été pressenti. Heureusement que Le Fils à Jo est passé par là !
Et quand on parle de « gueules », un autre des grands talents d’Olivier Marchal c’est de faire appel à d’excellents comédiens dotés de véritables tronches : Daniel Duval, Lionel Astier, Francis Renaud, François Levantal… Ils font tous plus vrais que nature. Face à ces visages taillés à coups de cutter, il y a peu de place pour la grâce et la douceur féminine. C’est très difficile pour elles d’exister dans ce monde où la testostérone est reine. Et pourtant, les trois personnages féminins du film tirent remarquablement leur épingle du jeu, que ce soit la fraîche et frémissante Stéphane Caillard (dans le rôle de Janou jeune), Estelle Skornik, aussi belle que déterminée dans le rôle de Lilou, la fille de Serge Suttel, et Valeria Cavelli, magnifique et touchante en Pénélope moderne.
Tchéky Karyo crée là une de ses plus fortes compositions, à la fois hiératique et ambiguë. Révélation du film, Dimitri Storoge apporte au personnage d’Edmond Vidal jeune toute sa fougue et sa complexité. Dans le moindre de ses gestes, le moindre de ses regards, se dessine le caractère qu’il va se forger pour devenir Momon, caïd respecté et (presque) respectable. C’est un truand à l’ancienne pour qui la parole donnée est sacrée et intangible. Comme c’est également un homme amoureux (et aimé), il prend une dimension quasiment romantique… Et comment ne pas mentionner Etienne Chicot ? Il n’a qu’une scène, mais il nous offre un numéro de haute voltige particulièrement impressionnant.
En conclusion, on ne peut qu’accorder un énorme crédit aux Lyonnais. Olivier Marchal signe ici un film totalement abouti, sans aucun temps mort, tout en réussissant à distiller les grands sentiments qui l’habitent. Moins âpre, moins noir, moins désespéré que 36, quai des Orfèvres et MR 73, il est vraiment tous publics. Du bon, du grand cinéma. Efficace, quoi…

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