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L’angoisse psychotique

Publié le 28 novembre 2011 par Lana

Qu’est-ce que la souffrance psychotique a de particulier par rapport à la souffrance inhérente à la condition de chaque être humain?

Je ne prétends pas répondre ici à cette question, c’est impossible, mais essayer de faire comprendre un tout petit peu cette souffrance. J’ai participé à un forum de psychiatrie ce week-end et c’est la réflexion de la mère d’un schizophrène qui m’a fait réfléchir à cela. On parlait des équipes mobiles, qui pourraient se rendre à domicile quand quelqu’un est en crise. Elle disait qu’il fallait qu’ils s’occupent aussi des proches, qui souffrent beaucoup. Je lui ai répondu que l’urgence était pour le patient, sachant que ces équipes seront peut-être très sollicitées et que les proches pouvaient attendre un rendez-vous avec un psy. Elle n’était pas d’accord.

L’angoisse psychotique
 

Je ne nie pas la souffrance des proches, qui est souvent très grande. Je le sais pour l’avoir vécu lors de l’hospitalisation d’un ami proche. Mais, à moins que la personne en soit à tenter de se suicider, je pense qu’elle ne relève pas de la même urgence que la crise psychotique. Voir quelqu’un qu’on aime souffrir est terrible, mais cette souffrance reste la plupart du temps de l’ordre de la souffrance commune à toute l’humanité. La souffrance psychotique n’est pas seulement cette douleur, ce poids, ces larmes, c’est aussi un effondrement total de l’être et du monde. On n’a souvent plus rien à quoi se raccrocher dans la souffrance psychotique. L’angoisse coupe les jambes, envahit tout le corps, anéantit notre psychisme, qui est totalement soumis à cette angoisse. Nous n’avons plus aucune défense, plus de corps sur lequel s’appuyer, le monde se fond en nous, les autres nous envahissent, il n’y a plus de barrières. Les hallucinations ne nous laissent pas de répit et le délire nous empêche d’avoir la moindre tranquillité d’esprit. Il n’y a pas une seconde de répit. Notre corps et notre esprit se désintègrent littéralement dans l’angoisse, au milieu d’un monde mouvant. Cette souffrance est insupportable et on ne peut la partager avec personne. Voilà pourquoi elle relève de l’urgence et est incomparable avec la souffrance humaine « normale », qui aussi dure soit-elle, n’envoie pas tout notre être se fondre dans le néant.


Filed under: Réflexions personnelles

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