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Psychiatrie : quelle vie après une hospitalisation ? Un Palois témoigne

Publié le 28 novembre 2011 par Lana

Par Marie-Pierre Courtois

 

Psychiatrie : quelle vie après une hospitalisation ? Un Palois témoigne

Nicolas a été admis à l’âge de 17 ans au Centre hospitalier des Pyrénées, à Pau, où il a été diagnostiqué schizophrène. © archives nicolas sabathier

La réinsertion dans la société après avoir été hospitalisé en psychiatrie est pour certains un parcours semé d’embûches. Exemple d’un jeune Palois qui a passé plus d’un an au CHP.

«J’ai souvent pensé au suicide, mais les médecins et les infirmiers m’ont aidé à revenir dans le réel. » Admis à 17 ans au Centre hospitalier des Pyrénées (CHP), Nicolas (1) en a aujourd’hui 22 et vit en appartement associatif.

Avant, il voulait travailler dans le social. « Je trouve la société injuste d’accepter que certains dorment et vivent à la rue quand d’autres ont tout. » Sur ce constat, Nicolas bascule et fugue. « C’était injuste d’être dans une maison et je voulais me battre pour survivre. Des voix m’ont dit de partir, je l’ai fait. »

Ramené chez lui par la police, il entre peu après au CHP à la demande d’un membre de sa famille. Diagnostiqué schizophrène, il y reste plus d’un an. « Au CHP, on est écarté de la société et un peu perdu de devoir vivre en collectivité avec les autres patients. Mais les infirmiers te parlent comme à une vraie personne et proposent des activités, et tu te sens retrouver une vie humaine, avec l’envie d’avoir une place, de recréer une famille. » Stabilisé, Nicolas adhère aux soins qui lui sont proposés.

Il renoue avec l’extérieur lors de sorties d’essai de plus en plus longues. « J’ai toujours décidé de suivre l’avis de mon médecin. » Il intègre l’unité d’hospitalisation de nuit du foyer Bernadotte, qui accueille ceux qui ne reviennent pas chez leur famille et les guide dans la réinsertion. Son aptitude à gérer le quotidien est évaluée par l’équipe médicale. Admis à l’hôpital de jour Mermoz, Nicolas loue un appartement associatif en 2008.

Sa vie est rythmée de rendez-vous médicaux. Une fois par mois il voit son psychiatre. Il reçoit la visite d’une infirmière une fois par semaine. Il passe quotidiennement quatre heures à l’hôpital de jour où il reçoit un traitement par injection tous les quinze jours. Sa réinsertion sociale est « balisée ». Le jeudi, un animateur vient voir l’état de son logement. Un autre l’accompagne faire ses courses une fois par semaine. « Il m’aide à faire la queue à la caisse. Sinon, on me passe devant, je n’ose rien dire. Et je regarde tous les produits et leurs composants sans pouvoir choisir, c’est un tic. »

Les aléas de la colocation

D’abord seul, il partage son logement fin 2008 avec un autre ex-patient du CHP. Peu soucieux de tâches ménagères, l’homme le perturbe. « Il arrivait bourré, m’empêchait de dormir la nuit et me laissait faire tout. » Au bout de même pas un mois de vie commune, Nicolas se sent si mal qu’il se rend au CHP. Il y reste deux jours – sa dernière hospitalisation complète -, puis regagne son logement. Son colocataire est réhospitalisé. Revient. Repart.

Plus tard, Nicolas vit avec un autre colocataire, âgé de 47 ans. Une épreuve. « Quand je cuisinais, il me regardait les bras croisés en poussant de gros soupirs et m’imitait. C’était dur, dans ma maladie, on a peur d’être observé. Quand je lui disais « J’en ai marre que tu me regardes ! » il me répondait : « Et toi, tu ne me parles jamais ! » Mais vivre à deux, c’est stimulant. Tu fais des efforts, ça m’a redonné confiance en moi puisque j’étais capable de vivre cette contrainte. »

Ateliers d’insertion

Aspirant au calme, il demande en 2011 un logement seul à l’Organisme de gestion des foyers Amitié (OGFA) qui gère des appartements associatifs. « J’ai déménagé un mois après. Moins d’angoisse et de vaisselle ! »

Nicolas lit des essais sociologiques ou des romans fantastiques, mais les loisirs ont peu de place dans sa vie. « Mes démarches pour m’en sortir prennent toute mon énergie, je n’en ai plus pour penser à des choses qui me feraient plaisir. » L’une des infirmières du CHP qui l’a soigné lors de son hospitalisation estime « impressionnant et très encourageant le chemin qu’il a parcouru ». Mais pour Nicolas la voie de l’autonomie passe encore par les médicaments et les consultations… et un travail sur lui-même avec des ateliers d’insertion dans les structures externes au CHP. « Quand j’angoisse, je serre les dents. Parfois, je me dis que j’aimerais être dans une structure où me reposer… mais la vie, ce n’est pas se reposer. Je rêve d’un lieu calme dans un bel endroit, une sorte d’hôpital général où je me sentirais en sécurité et où je ferais des activités avec les autres. »

(1) Le prénom a été changé.

===> En Béarn, 8 000 patients suivis

8 000 personnes souffrant de troubles psychiques sont suivies en Béarn. 75 % du corps médical exerce à l’intérieur du CHP et 75 % des patients sont suivis en ambulatoire. « Presque tous les patients sont suivis comme dans une autre spécialité médicale », précise Thierry Della, président de la Commission médicale du CHP. Le suivi est sectorisé : le patient dépend de la structure médicale la plus proche de son lieu de vie. Toute sortie est assortie d’un programme de soins personnalisé. Le Dr Jacques Garcia supervise le pôle de réadaptation rural, le Dr Pierre Godard celui de Pau. « Si un patient manque un rendez-vous ou démissionne de son programme de soins, son équipe médicale le contacte et en général arrive à le convaincre de revenir dans le dispositif », précise le Dr Garcia. Une ou deux fois par semaine en moyenne, un patient suivi en ambulatoire est réintégré en hospitalisation. « La loi du 1er août 2011 modifie le suivi en ambulatoire dans la forme plus que dans le fond. Avant, l’équipe médicale pouvait ajuster souplement un protocole de soins non suivi, maintenant il faut en référer à la justice », indique le Dr Godard, rappelant que le passage devant un juge des libertés et de la détention est une obligation légale pour tout patient hospitalisé sous contrainte depuis 15 jours.

===> Une future maison relais à Oloron

Les vertus thérapeutiques du lien social sont reconnues par les psychiatres. « Le traitement chimique ne fait pas tout. Prendre soin de soi, c’est cultiver la relation aux autres », affirme Marie-Noëlle Besançon, fondatrice en 2000 à Besançon de La Maison des sources, une structure qui héberge des résidents et reçoit des personnes en souffrance psychique et sociale dans un but de réinsertion. « Elle évite 2 000 journées d’hospitalisation par an, soit une économie de 750 000 euros. »

Le concept de psychiatrie citoyenne se développe via le réseau les Invités au Festin (IAF) fondé par Marie-Noëlle et Jean Besançon. L’association oloronaise Psytoyens du coeur en fait partie. Elle tiendra son assemblée générale lundi 5 décembre. Intégré au Pôle d’excellence rurale du pays d’Oloron, son projet est de créer une maison relais. 425 personnes attendent une place dans un foyer de vie sur le bassin d’Oloron selon la famille (domiciliée à Herrère) d’un jeune de 19 ans hospitalisé au CHP.

===> Repères

l 110 personnes suivies en psychiatrie sont locataires à Pau d’habitats indépendants en appartement associatif ou maison relais.

l 2 600 personnes sont suivies en soins psychiatriques ambulatoires sur l’agglomération paloise et 5 000 sur le pôle rural (Béarn et Soule).

l 50 % des personnes hospitalisées au CHP retournent vivre à leur domicile familial une fois stabilisées.

l Une infirmière suit entre 60 et 70 patients à l’extérieur du CHP. Six infirmières travaillent au CMP de Billère.

  http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2011/11/28/psychiatrie-la-vie-apres-une-hospitalisation,219463.php
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