Magazine Beaux Arts

« L’Avare » et le grand capital à la Fabrique du Vélodrome (3/3)

Publié le 29 novembre 2011 par Sheumas

 

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   Toute une humanité en souffrance se tord en effet dans cette boite close qui casse et désarticule. Maître Simon, fakir noir karatéka, gesticulant dans une ruelle mal éclairée, Frosine boule rose de cabaret, à mi chemin entre le Crazy Horse et les Barbapapa et dont le déhanché et le mouvement d’épaule redessinent, sous le papier crépon de la perruque fluo, la sensualité gommée, Maitre Jacques cuisinier, bibendum sautillant, derviche tourneur aux yeux bridés, Maitre Jacques cocher, vague maraud calotté à la Tarass Boulba, Valère côté intendant, face rayonnante et tête à claque, Valère côté amant rebelle, hidalgo toréador, brandissant avec grâce un vieil outil pour terrasser la Bête immonde.

   La Bête immonde, c’est le Temps. Pas besoin de regarder l’horloge où les minutes passent à toute allure au centre de la scène. Derrière, le téléphone sonne. Les sirènes et les hauts parleurs envahissent l’espace des coulisses. Déjà Nicole a décidé de renoncer. Nicole, c’est l’ouvrière qui jouait notamment le rôle d’Elise. Elle fait son paquet, range sa belle panoplie de marquise. Les deux autres récitent encore obstinément. Mais trop tard... la pièce n’ira pas à son terme... Pas de Deus ex macchina et pas de « happy end ». Le texte accélère, le débit haletant, la voix essoufflée. Ca y est ! Harpagon va retrouver sa cassette ! Inévitablement monte sur le paquet de frusques, au milieu des cartons, jubile et augmente son capital... La voix de Molière fait entendre une fois de plus la petite musique humaine du plaisir égoïste et de l’Injustice. L’atelier est plongé dans le noir. Plus de mots. Piétinements dans les coulisses.


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