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La fille de son père, de Anne Bérest

Par Litterature_et_chocolat @HeleneChoco

 Un roman éphémère, fugace…

La fille de son père, de Anne BérestVoilà un petit livre court et efficace, un premier roman réussi quoique pas complètement convaincant : un sujet troublant qui aurait mérité un traitement plus en profondeur, des personnages à la psychologie trop élémentaire… Malgré quelques incomplétudes, c’est un premier essai transformé pour Anne Berest.

RÉSUMÉ :

Trois sœurs adultes, une mère décédée il y a déjà longtemps, un père remarié : une famille recomposée comme il en existe tant. Lors d’un dîner d’anniversaire, excédée, à bout, la belle-mère lâche une bombe : les trois sœurs ne seraient pas toutes la fille de leur père. Oui… mais laquelle?

MON AVIS : des défauts compensés par le talent narratif de l’auteur

Quel étonnant petit roman! Anne Berest possède une plume affûtée, agréable à lire, un style concis qui rythme avec bonheur ce récit dont l’intrigue n’est pourtant pas d’une grande originalité. L’écriture de la romancière est aussi dure et froide que le sont ses protagonistes, sans chaleur ni empathie : voilà un style tout entier au service du récit.

L’auteur prend le parti de questionner des thèmes maintes fois traités en littérature, à savoir la filiation, les secrets de famille, les relations distantes entre un père et ses enfants. La saveur de ce petit roman réside dans l’habileté de l’auteur qui embarque le lecteur dans un voyage hasardeux. Imaginez-vous partir à l’aventure, sans carnet de route, sans guide : Anne Berest décrit, relate, expose des faits, une histoire, des ressentis et semble être portée par un récit qui lui échappe. Ses personnages évoluent à leur guise, quoique prisonniers de traits de caractère façonnés par le carcan familial; le lien qui unit les membres névrosés de cette famille banale et bancale est ténu. Les relations sont entravées par une froideur et une distance inconfortables, des non-dits prégnants, des colères rentrées, des conflits larvés et de sourdes rancœurs.

Bien sûr, la fin est perceptible rapidement, car l’enjeu de ce livre, qu’on dévore pourtant comme un roman policier dont on aimerait connaître le meurtrier, ne réside pas dans l’aboutissement mais dans le cheminement. Il manque certainement à ce roman une énergie qui métamorphoserait ce roman en un récit poignant et profond. On ressort de ce livre habité par un sentiment diffus, un halo de sensations impermanentes, des questionnements fugaces, et le roman se laisse oublier doucement.

JE VOUS LE CONSEILLE SI…

… vous aimez découvrir de jeunes romanciers : Anne Berest est un écrivain prometteur, dont on attend de lire le deuxième opus.
… les livres courts et percutants vous ravissent : revenez me dire ce que vous avez pensé de ce livre qui m’a laissée un peu circonspecte!

EXTRAITS :

Anne Berest est une fine observatrice du genre humain, dont elle retranscrit merveilleusement bien certaines caractéristiques:

Je ne sais pas très bien comment nous sommes passés de la photographie aux Chinois, mais soudain papa a dit :
« Heureusement que la Chine est une dictature avec huit cent millions de paysans qui ne savent ni lire ni écrire! »
[...] Notre père a une vision du monde assez inédite, qui n’appartient qu’à lui. Sans diplôme, il s’est construit un monde mental détaché de toute forme d’académisme, guidé par le hasard des rencontres et des livres qui lui tombaient sous la main. Son crâne est un champ peuplé d’une flore désorganisée, de jardins luxuriants et d’autres désertiques, où rien ne prendra jamais.

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